La guerre olympique

On le sait, il faut vraiment être décérébré pour croire encore aux vertus désintéressées du sport lorsqu'il est organisé en compétition féroce entre nations, avec ses hordes de supporters vociférants et grimaçants, ses champions shootés aux hormones ou boostés avec des prothèses high-tech, ânonnant des phrases creuses en agitant des drapeaux lorsqu'ils ont remporté le pompon qui fait tant plaisir aux sponsors… L'esprit grégaire du sport, cette glorification du combat sur soi, et surtout contre les autres, pour grignoter quelques parcelles de temps ou d'espace en fait bien, comme la guerre, un des prolongements de la politique; pour reprendre la célèbre formule de Clausewitz… C'est exactement l'extrapolation qu'en fait Pierre Pelot en imaginant un futur (heureusement lointain ?) où l'humanité divisée en 2 blocs et résolue à ne plus faire la guerre, non pour des raisons philosophiques, mais par pragmatisme, surmonte ses antagonismes en organisant rituellement de sanglantes olympiades. Un peu à la manière des jeux du cirque chers aux Romains et des gladiateurs qui s'affrontaient sans merci; sauf que ce sont des condamnés de droits communs ou politiques qui jouent leur va-tout — et par là même celui d'une partie de leur camp : dans la foulée de leur victoire, une part non négligeable de citoyens devant être sacrifiés dans le camp adverse. Maudite soit la guerre et les Jeux olympiques…

Laurent Diouf
Digitalmcd.com, octobre 2012

Pierre Pelot, La guerre olympique (rééd. Folio SF).

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