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Addictive TV

ADDICTIVE TV
orchestra of samples

Depuis le début des années 90s, le duo Addictive TV est passé maître en matière de sampling vidéo. Les performances audio-visuelles de Graham Daniels et Mark Vidler, comme leurs remixes de bandes-annonces de films et autres mashups, sont de véritables petits bijoux de création. Ils nous reviennent avec un nouveau spectacle intitulé Orchestra Of Samples. Puisant dans une banque de données constituée au fil de rencontres avec des musiciens traditionnels du monde entier, ils jouent avec cet orchestre virtuel en synchronisant les prises de vues de ces enregistrements sonores avec d’autres éléments rythmiques et électroniques.

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Comment vous est venue l’idée de cet « orchestre de samples » ?
Mark : C’est venu du fait que nous voyageons beaucoup pour nos live-sets : cela semblait évident de voyager avec une caméra et un microphone, et de travailler avec des musiciens à travers le monde pour constituer notre propre base d’archive de samples… La technologie numérique rend cela possible, comme jamais auparavant.
Graham : Cela vient aussi en partie du fait que, souvent, le public ne réalise pas nécessairement tout le travail de création qu’il y a sur nos remixes et mashups. Souvent, les gens pensent que nous faisons juste un montage ou que nous jouons simplement les remixes des autres ! Nous voulions donc créer un projet à partir de zéro, en filmant et enregistrant nous même.

 
Comment avez-vous collecté ces nombreux samples où figurent aussi bien de la darbouka tunisienne, le guitarron mexicain, la kora africaine, les sculptures sonores des frères Baschet et même le premier batteur de Motörhead !?
Graham : Cela a pris beaucoup de temps, plus de trois ans maintenant. Comme nous n’avions pas fixé de calendrier, cela c’est fait au long cours, au gré des opportunités lors de nos tournées. Mais nous devons beaucoup à Françoise, notre manager, qui a géré tout cela avec une grande efficacité. Les musiciens qui figurent dans ce projet nous furent pour certains recommandés par des artistes que nous connaissons de par le monde ou bien des organisateurs de festival qui nous ont invités. Ces sessions d’enregistrement nous ont aussi permis de rencontrer des musiciens locaux. En France, nous avons pu filmer un grand nombre de musiciens grâce à plusieurs salles où nous avons été en résidence. La majorité des captations se sont faites juste avant nos spectacles, ou bien lorsque nous avions un ou deux jours de libre pendant nos tournées — nous n’avons jamais cessé de travailler !

 
Comme son nom l’indique, il s’agit bien d’un orchestre; avec des instruments acoustiques souvent très particuliers, attachés à une région et/ou peu connus… Comment expliquez-vous ce mariage réussi entre acoustique et numérique ?  
Mark : C’est un mariage très « naturel ». Nous laissons les instruments samplés dicter la structure de base du morceau. C’est très important, ainsi chaque morceau développe un espace dans lequel les sons électroniques vont pouvoir se déployer. Il est aussi important de préciser que nous n’avons pas recours au « time-stretch” ou “pitch-shift” sur nos samples, qui gardent une dimension organique. Mais la plupart des samples s’accordent naturellement dans un environnement électronique — par exemple les instruments inventés par les frères Baschet — car ils ont en faut des sonorités déjà très électroniques !
Graham : Nous voulons qu’Orchestra Of Samples soit un vrai brassage de styles et de cultures musicales, d’une manière inattendue pour le public; d’autant que l’idée est de pouvoir voir aussi les samples ! Ce projet nous a ouvert les yeux sur les musiques du monde et plein d’instruments que nous ne connaissions pas. Ce fut, par exemple, fascinant de filmer à Mexico le musicien Humberto Alvarez, un expert en musiques anciennes. Il a passé des années à chercher des pierres avec une tonalité naturelle particulière car il pense que frapper des cailloux pourrait être « le premier instrument créé par l’homme ». Il étale ces fragments de pierre selon une gamme musicale, un peu comme un « xylophone de pierre », et en joue tout simplement en les frappant avec une autre petite pierre — et cela a une très belle sonorité.

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Sur scène, comment gérez-vous à la fois cet « orchestre virtuel » dans lequel vous piochez et assemblez des samples, et les « vrais » musiciens qui vous accompagnent occasionnellement ?
Graham : Nous utilisons maintenant un nouveau programme customisé pour nos performances et nos deux MacBook Pro sont complètement inter-connectés. Ces outils ont été développés par les créateurs du logiciel Resolume en Hollande qui travaillent en étroite collaboration avec Native Instruments en Allemagne (pour lesquels nous sommes aussi bêta-testeurs sur les logiciels). C’est formidable qu’un logiciel audio puisse déclencher des séquences vidéo : nous pouvons jouer uniquement avec l’audio et déclencher les samples vidéos via nos contrôleurs. Notre guitariste (1) et les percussionnistes invités ont tous un nombre de morceaux qu’ils jouent avec nous et cela enrichit vraiment notre live. Bien sûr, comme tous les groupes, nous devons répéter avant.

 
Ce projet se prêterait bien à une version interactive (sur DVD ou en ligne), où le public pourrait, lui aussi, composer à partir de votre banque de données musicales…
Mark : Oui absolument, c’est quelque chose qui serait possible et nous avons déjà évoqué des idées dans ce sens où nous pourrions, par exemple, laisser d’autres artistes avoir accès aux archives d’Orchestra Of Samples. Donc oui, nous devons réfléchir à cela, ainsi qu’à d’autres options…

 
En parallèle, vous êtes également sollicités pour d’autres projets ou interventions : dans le genre, pouvez-vous nous parler de ce que vous avez réalisé en France pour La Souris Verte, nouvelle salle de musiques actuelles à Épinal…
Mark : C’est un beau projet, et l’initiative en revient au directeur de cette nouvelle salle en construction. Il nous a proposé de créer une pièce audio/visuelle à partir des images de la démolition du bâtiment combinées avec celles de musiciens filmés sur le chantier. Nous continuons de travailler sur ce projet et le morceau commence à prendre une bonne forme.
Graham : Nous avons eu récemment une grosse journée de tournage sur le chantier, dans un froid glacial, où nous avons filmé des guitaristes, des percussionnistes, un chanteur et des batteurs; dont certains « jouaient avec le bâtiment », à la manière du groupe Stomp, en tambourinant sur les tuyauteries, etc. Qui plus est, comme le morceau doit refléter la scène et les tendances musicales locales et de la scène locale, ce sera donc une fusion électronique, rock, hip-hop, world-music et de bruits industriels !

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Vous faites également toujours des « remixes » de films et bandes-annonces…
Mark : Oui, tout à fait. Nous avons récemment créé un remix pour la soirée du lancement européen de la nouvelle série américaine Vikings, pleine d’épées, de sang et de tripes ! L’année dernière, nous avons remixé le trailer du jeu vidéo Street Fighter x Tekken. Et nous constituons constamment de nouveaux bootlegs pour nos lives. Orchestra Of Samples est un projet spécifique qui nous prend énormément de temps, et après chaque morceau c’est bien de pouvoir switcher pour faire un bootleg. Parmi nos nouveaux remixes, il y a Stevie Wonder vs Red Hot Chili Peppers ou bien encore un mashup réunissant Tinie Tempah vs Razorlight vs Soul II Soul !

 
Depuis vos débuts, les technologies audio-vidéo ont considérablement évolué : au regard de ces progrès techniques et de ceux à venir, quels projets aimeriez vous développer, quels mixes et performances audio-visuelles restent encore à faire… ?
Graham : Oui, en effet, les technologies ont beaucoup évolué depuis nos débuts. C’est rarement mentionné, mais nous avons été les premiers artistes à utiliser les prototypes des platines-vidéo DVJ-X1 de Pioneer, en 2003, alors qu’il n’y en avait seulement que trois unités assemblées à la main dans le monde ! Maintenant, avec nos Macs et les logiciels de Resolume et Native Instruments, nous avons la chance d’utiliser encore une fois des technologies de pointe. Et il y a toujours des choses nouvelles à essayer pour nos performances. Sinon, une idée qui n’a pas encore été réalisée serait de s’inspirer du concept des « silent disco », où les danseurs écoutent la musique avec des casques, et d’avoir aussi un équivalent pour les visuels où le public porterait des lunettes vidéo, comme les Zetronix qui affichent les images devant les yeux !

 

Laurent Diouf
publié sur Digitalarti.com, 01/2014

 
(1) Alejandro De Valera (The Nebula Of Something), spécialiste de la guitare fretless, déjà présent avec Addictive TV sur scène lors de la performance L’Œil Du Pilote.

 
Addictive TV, Orchestra of samples > www.addictive.tv/orchestra-of-samples