Scopitone 2011

un nouveau départ

L'édition 2011 de Scopitone a marqué le début d'une nouvelle aventure pour l'équipe de Stereolux qui a lancé ce festival à Nantes il y a dix ans déjà ! Programmation élargie sur 4 jours, inauguration de nouveaux locaux à La Fabrique, chassé-croisé dans d'autres lieux (TU, Ensan, Lieu Unique…), concerts, installations et performances multiples… Récit.

le vaisseau-mère
Porté par l'association nantaise Songo (L'Olympic), Stereolux a trouvé un écrin pour répondre à sa mission, promouvoir les musiques actuelles et arts numériques… Ce lieu s'appelle La Fabrique. Il héberge aussi, de manière permanente ou en résidence temporaire, d'autres structures culturelles et associatives comme Trempolino, Apo33 ou Spoutnik Théâtre Production par exemple… Ancien bâtiment industriel réhabilité de 4800 m2, ce gigantesque paquebot se subdivise en deux salles de spectacles/concerts (dont une de 1230 places), un espace d'exposition (la Galerie Numérique), des workshops (Labos de création), un bar-restaurant… En se dotant d'un espace permanent, Stereolux peut ainsi désormais proposer des rendez-vous tout au long de l'année avec, en point d'orgue, le festival Scopitone.

organic culture
Pour inaugurer et mettre en valeur ce nouveau lieu, l'équipe de Stereolux avait confié au collectif Visual System le soin de mettre en valeur l'architecture intérieure de leur vaisseau-mère. L'idée étant de faire une sorte de "balisage" des coursives, pour souligner la topographie tentaculaire du lieu grâce à une installation ondulante comme un serpent mécanique et lumineux. Baptisée Organic Culture, cette installation composée de rampes de lumière LEDs surlignant en pointillé les principales lignes de fuites et perspectives du bâtiment semblait de surcroît réagir, ou plutôt interagir, à la présence du public. Conçue par Valère Terrier et Julien Guinard, avec l'aide de Pierre Gufflet pour l'interface destinée à créer cet environnement interactif, cette installation ronronnait d'un souffle étrange généré par Le Tone.

musique algorithmique
Parmi les autres installations et les performances audio-visuelles proposées à l'occasion de ce dixième anniversaire, on notera, en autres, la présence de Ryoichi Kurokawa et sa musique "algorithmique", à la fois "infra" et "supra" minimale, qui entrait en résonance avec des épures graphiques projetées sur écrans. Présenté en version bêta en 2010, Naexus, le dispositif de la WhiteBox de Purform, mettait également en scène sur grand-écran tout un jeu complexe de figures géométriques et abstraites en 3D qui évoluaient sur une bande-sonore diffusée en multi-canaux également très "abstract-groove"… Sans parler de la "méduse cubique" de Yannick Jacquet & Thomas Vaquié (3destruct)…

promenade numérique
On retiendra aussi l'étonnante "promenade numérique" de Kit Webster avec l'effet "tunnel" très rétro-futuriste de ses carrés et losanges… Plus "performatif", le danseur-chorégraphe Hiroaki Umeda évoluait, seul en scène, synchrone avec un treillis de faisceaux lumineux qui découpaient sa silhouette. Pensée comme une expérience sensorielle, sa performance intitulée Haptic était traversée de haute-fréquences crissantes qui contrastaient avec la fluidité de ses mouvements. Mention spéciale également pour Daito Manabe et les "tortures" soniques qu'il s'inflige à la manière d'une gégène soft, rendant son visage grimaçant au fil de sa musique "électrique" (Face Visualiser)…

du micro au cosmos…
Musicalement, la programmation 2011 de Scopitone s'étageait sur un spectre assez large, allant de l'electro-pop décomplexée aux breakbeats iconoclastes, en passant par de l'electronica rigoureuse et de la techno tapageuse, de la musique instrumentale et des vocalises surexcitées… Au menu figureraient, notamment, Marklion (Dat Politics), Murcof + AntiVJ (très stratosphériques…), Acid Washed, Karl Bartos (ancien compagnon de route de Kraftwerk), Edwin van der Heide pour un light show titanesque (laser sound performance), Shit Robot (DFA), d'éminents représentants d'une certaine la scène française (Yuksek, Sebatian, Agoria, Étienne de Crécy…); sans oublier les improvisations électroniques et acoustiques de Zan Lyons, l'exubérance technologique et ludique de Kid Koala, les capteurs de Murat Ombombe au service d'une démarche et musique paradoxalement plutôt low-tech ou la machine de guerre sonique d'Aucan (tendance "black block" encagoulé…).

Laurent Diouf
publié dans Digitalarti Mag #8, janv. / mars 2012

Photos : © collectif Bellavieza

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