WRECK THIS MESS > RADIO > ITW 3


DREAM & BASS
Electro-dub mutant au pouvoir d'évocation hors-norme, Wreck This Mess est une intriguante aventure sonore.
Pour esprits dérangés.
Un labyrinthe de sons engourdis et de battements déréglés, d'étranges tapisseries aux motifs mouvants, des corridors sans fin où des murmures s'allument, et enfin, les noces gothiques de la perte de conscience et du songe digital.
Pour les hommes pressés de ce siècle, les consommateurs fébriles du culturel jetable, Wreck This Mess est un cauchemar. Une pure provocation, même, tant l'émission fait imploser les pratiques médiatiques dominantes telles la gloriole people, la prise de risque minimale ou le morcellement du temps à des fins marchandes. Wreck This Mess en constitue le négatif absolu.
Deux heures de dub électronique, d'ambient groovesque et de drum-n-bass post-indus, enchaînés sans aucune rupture ni intervention micro. Un bloc d'une pièce qui fascine ou comprime, porte sur les nerfs ou ralentit le rythme cardiaque, mais ne laisse personne insensible.
Pour l'auditeur-cobaye prêt à baisser ses défenses immunitaires, la sensation d'un poison qui s'infuse, d'une léthargie progressive.Wreck This Mess s'adresse aux corps paresseux mais aux esprits remuants.
La bande-son parfaite pour les actes réprouvés par l'idéologie du travail : la glande, la démission ou, pire, la rêverie bouche ouverte. On est pas pour rien sur Radio Libertaire ou les formats sont triturés par des personnalités têtues comme des bisons.
Derrière l'anonymat revendiqué de WTM se planque un démiurge solitaire, Laurent Diouf. Sa voix n'est audible qu'en début de session et dans les dernières secondes, pour donner la playlist – incomplète et dans le désordre.
Entre, c'est extinction des feux vocaux et instrumentaux mutants cousus à la main. Allergique au chant, ce programmateur ("Et non DJ, je ne mixe pas") préfère les inserts de dialogues chipés dans Las Vegas Parano ou Mon Oncle d'Amérique.
Une musique génétiquement modifiée qui trouve son extension discographique dans plusieurs compils éponymes.
On l'aura compris le slogan de Wreck This Mess ("Détruisez ce bordel") ne s'adresse ni aux disquaires avisés ni aux transitors allumés.
Et vice-versa…
Pascal Mouneyres, Les Inrockuptiles n° 342, 12 / 18 Juin 2002.




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