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Scientist Launches Dubstep

SCIENTIST LAUNCHES DUBSTEP
Into Outer Space
(Tectonic)
scientist

Émanation tardive et « cataclysmique » du dub, le dubstep a désormais pignon sur rue : il n’est pas un seul magazine musical grand public qui n’ait glosé sur cette nouvelle forme de bass-music aux breakbeats cassants, aux lignes de basses pachydermiques et à l’atmosphère plombée. Nous connaissons bien les « stars » de ce mouvement, comme Pinch, Shackleton, King Midas Sound, Loefah & Sgt Pokes, Jack Sparrow, Mala (Digital Mystikz), et bien sûr Kode9, que l’on retrouve en bonne place sur le tracklisting de cette double-compilation détonante. Notre curiosité était grande de savoir comment Scientist — dubmaster historique ayant fait ses premières armes dans l’antre de King Tubby, l’inventeur du genre, et auteur d’albums mythiques ayant propulsé le dub dans la modernité à l’orée des années 80s (cf. Heavyweight Dub Champion, Meets The Space Invaders, Rids The World Of The Evil Curse Of Vampires, Wins The World Cup, Encounters Pac-Man…) — allait se confronter à cette nouvelle génération d’activistes qui a abordé le dub comme des « bad boys », apportant avec eux la tension et le flow hérité du hip-hop… On imaginait donc des remixes roots, des versions extended… Il n’en est rien, Scientist reste très fidèle aux originaux, proposant des « prises alternatives » plutôt qu’une refonte totale. Il s’est contenté de retouches « light », jouant sur les équalisations et modulations sans que cela ne métamorphose profondément la structure du morceau initial. Cela reste fondamentalement du dubstep, avec ses codes et rites : lourd sous le poids des basses et décousu dans la manière où les rythmiques sont posées (« The long way », « Footsteps »), étrange sous l’influence d’une mélodie synthétique (« Korg back »), irritant avec les sarcasmes d’une voix pâteuse (« U », « Abeng »), tribal grâce à l’apport de percus (« 2012 », « Hackney marshes », « Red sand »), sombre sous le voile de textures inquiétantes (« Dog money »)…

> www.tectonicrecordings.com

 

Laurent Diouf
publié sur Digitalmcd.com, juin 2011