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Michael Nyman

mnymanOUVROIR DE MUSIQUES POTENTIELLES

Le livre-référence de Michael Nyman sur la musique expérimentale va des années 50 au milieu des années 70, période qui révèle une cohorte de jeunes musiciens avides d’expériences nouvelles sur la musique. Comme le souligne Brian Eno dans la préface, ils se répartissent sur deux pôles selon qu’ils appréhendent la musique de façon sensuelle ou de manière plus spirituelle , conceptuelle.

D’un côté le minimalisme répétitif, cyclique et envoûtant de La Monte Young, Terry Riley, Charlemagne Palestine, Steve Reich, Philip Glass… De l’autre, les abstractions de John Cage et de Gavin Bryars que l’on voit en photo, affublé d’un long manteau à poches multiples pour transporter des objets producteurs de sons qui le fait ressembler à un personnage de western-spaghetti…

Dans les deux cas, ils composent une musique du procédé plutôt que du produit . Ces musiciens iconoclastes se sont en effet livrés à d’invraisemblables expériences physiques ou arithmétiques sur le son et les instruments en ayant recours à toutes sortes d’artefacts, de manips, de « bruit-collages », d’équations, de mise en situation. De provocations aussi, en dignes héritiers du mouvement Dada auquel Fluxus doit beaucoup… On pense aussi à une sorte d’Oulipo, version musicale, tant ils rivalisent d’ingéniosité pour générer des contraintes afin d’aiguillonner leur créativité.

Et à la lecture de leurs faits d’armes, on ne peut s’empêcher de faire, une fois de plus, le parallèle entre leurs recherches et les hérésies extrémistes de la musique industrielle, puis des dérives de l’electronic-noise, du mixage dub et de la mouvance laptop qui parfois réinvente l’eau chaude… Performance, utilisation du silence, jeux sur la tonalité et la temporalité, création de systèmes électroniques, valorisation des environnements sonores urbains (Max Neuhaus), procédures aléatoires, répétitions et variations, improvisations et indéterminations, found sounds

Autant de délires jubilatoires qui obligent de fait à repenser l’écoute — cf. les fameuses minutes de silence de Cage ou « la mise à feu » de la « Composition 1960 #2 » de Young — et l’écriture; c’est-à-dire la formalisation même de cette musique souvent « informelle ». Toujours singulière. Un livre indispensable.

Michael Nyman, Experimental Music : Cage et au-delà (Éditions Allia)

Laurent Diouf
publié dans MCD #31, nov.-déc. 2005