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Critiques dans mon souterrain
Lorsqu'on allume la lumière, les cafards se dispersent
et vont se terrer dans des endroits inaccessibles
Vouloir parler des
tenants de l'underground, c'est se retrouver confronté à la
même stratégie d'évitement. Sauf à vouloir disséquer
leurs cadavres, à faire uvre d'entomologiste. Démarche
que semble avoir choisi Jean-François Bizot (Actuel, Nova, même
combat !) pour élaborer son histoire illustrée de l'underground.
Underground et marginalité, le couple infernal
Unis, pour le meilleur et pour le pire, autour d'une idéologie du refus
à pratiquer sans modérations. Refus des conventions sociales,
économiques, esthétiques, sexuelles, etc. Et plus généralement,
refus du Classement. Sur ce plan, le militant ouvrier, l'étudiant révolutionnaire
ou le dandy libertin sont, chacun, en conformité avec leur classe sociale
Il ne s'agit pas de s'enfermer dans une orthodoxie d'adolescent ranci et de
vivre sa marginalité supposée comme un sacerdoce mais, en ces
temps où même notre concierge arbore un piercing, il faut se
méfier des apparences. Tuez-les tous, et revenez seul
Question de look, on parcourt cette anthologie comme on
feuillète les photos jaunies d'un album de famille, en décodant
les signes distinctifs des différentes tribus. Question de perspectives,
les activistes des années 60/70 (Situationnistes, Beatniks, Provos,
etc) exhibent leurs filiations avec les Météores (Baudelaire,
Rimbaud, Lautréamont, les Surréalistes, etc). Mais question
philosophie et art de vivre, sommes-nous, depuis, dans une phase d'évolution
ou de régression ?
Nous sommes passé du corps communautaire au principe
d'individualisation corporelle. L'écologie est devenue une valeur marchande
parmi tant d'autres. Il n'y a toujours rien de plus beau qu'un pavé
dans la gueule d'un flic mais depuis que les Autonomes ont disparu, seuls
les "bas-du-fronts" pratiquent ce geste auguste
Question
technologie, cette glorieuse époque nous semble, en ces temps numériques,
carrément relever de la pré-histoire. Les temps ont changé
Même la science-fiction ne rend plus compte de notre futur. Question
dope, la France est pratiquement le seul pays européen à avoir
stagner. Craignons le pire le jour de la légalisation, vous imaginez
la version Colette d'un coffee-shop ? Plutôt crever d'un cancer du poumon
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Enfin, les repères musicaux de cette bible pour
quinquagénaires repentis ressemblent au catalogue convenu d'une convention.
Même pour les plus âgés d'entre nous ! Nul ne songe
à contester le bien-fondé de cette discothèque idéale
mais on a un peu l'impression que le temps s'est arrêté.
Rétrospectivement, les années punk (76/78)
furent bien le grand tournant. La Fin de l'Histoire
Ou le début
d'une autre, à peine esquisser dans les dernières pages. Car
ce regard exhaustif sur le passé rend aveugle au présent; défaut
majeur de cet historique. Où sont passés les renégats
du Réseau ? Quid de l'underground "black & beur"
cher à la sono-mondiale ? Et les technoïdes ? Dis, papy,
pourquoi y a d'la pub sur ta radio ? LD
Underground, l'histoire, présentée par J-F Bizot (Denoël,
45 €, 352 pages et une superbe iconographie).
CONTACT :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess
- Paris