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GUERRES & PAIX

Plan De Campagne. Cette thématique réactive les mythes fondateurs de science-fiction : H.G. Wells et “La guerre des mondes”, les voyages dans l’espace et/ou le temps, les invasions et catastrophes en tous genres. Sainte ou civile, psychologique ou bactériologique, du feu ou du froid, de rien ou des étoiles : “Dieu que la guerre était jolie” aux temps héroïques des pionniers. Les héros, animés d’un esprit chevaleresque, s’en allaient joyeux vers des contrées lointaines, défendre l’Empire, la veuve et l’orphelin dans un univers manichéen. Le sabre et le goupillon, où plutôt, le désintégrateur et l’interface neurotique en bandoulière… Ce monde bi-polaire est la règle d’or du space-opera, tendance “Star wars”.

Casus Belli. Ceci dit, après les satellites tueurs de satellites et autres babioles héritées de “la guerre des étoiles” version Ronald Reagan, des chercheurs Américains viennent d’exhiber un laser de 2m de diamètre ! Une vulgaire massue comparée à l’armada de l’USS Enterprise, mais qui devrait quand même provoquer une bonne saignée dans la chair à protons… Et puis on annonce d’autres avancées technologiques toutes aussi prometteuses pour peu qu’elles soient appliquées à quelques jeux guerriers. Les implants tout d’abord. Encore aux stades d’expériences scientifiques et destinées à venir en aide aux aveugles ou aux handicapés moteurs, ces prothèses high-tech intéressent les militaires. En particulier les pilotes des avions de chasse, soucieux de pouvoir canarder leurs congénères tout en ayant les mains libres… La télé-portation ensuite ! Si l’exploitation des caractéristiques des photons, telle que l’a suggéré le physicien W. Wootters, se révèle probante, ce “saut quantique” devrait ravaler l’Internet — cette glorification désuète du temps réel — au rang de gadget préhistorique. Au XIXème, Clausewitz soulignait que “la guerre n’est qu’une façon de prolonger la politique par d’autres moyens”. Un siècle plus tard, Virilio constate que “l’histoire progresse à la vitesse des systèmes d’armements”. “Mourir au futur”, à + 8 : les années 2000 nous promettent bien des surprises…

Blitz Krieg. En fait, cela fait plus de cinquante ans que nous vivons dans le troisième millénaire ! Depuis l’invasion de la Pologne, en Septembre 39. Depuis ce jour où des cavaliers, héroïques et suicidaires, ont mené une charge d’un autre âge contre les divisions de Panzers. Re-visionnez les images d’archives, l’effet est saisissant. C’est une déchirure temporelle. Six ans plus tard, cette brèche s’est refermée sur l’ère nucléaire. Depuis, l’humanité se demande comment faire de la poésie après avoir été aveuglé par l’éclat des mille soleils. Il est possible contourner cette question méta-physique en écrivant de la SF. Né en 1917, Arthur C. Clarke était un spécialiste des radars durant la seconde guerre mondiale et, avant d’écrire son Odyssée, il a forgé la théorie des satellites géo-stationnaires…

Pacification. Sans sombrer dans l’uchronie, façon… et si Hitler avait gagné la guerre ? (Dick, “Le Maître du haut château”), de nombreux écrivains ont mis a profit leur passé, celui qui ne passe pas, pour élaborer un futurisme combattant, voire combatif. En France, la colonisation et la guerre d’Algérie apparaissent parfois en filigrane (cf. Klein). Aux États Unis, Haldeman recycle avec un “hyper sur-réalisme” cru le traumatisme sans fin du Vietman. Mais le symbole de ce parti-pris belliciste reste Heinlein, ce paria dont la première publication remonte à… 1939. No passaran ou viva la muerte ? Viril, martial, militariste ou fasciste selon l’angle par lequel on examine le fameux “Étoiles, Gardes À Vous !” (i.e. “Starship Troopers”), Heinlein fût aussi le mentor de Philip K. Dick. Plus étonnant, son roman “En Terre Étrangère”, fût une bible pour la génération “Peace & Love” qui y lu une sorte de manifeste de la fraternité : faites l’amour pas la guerre versus Eros et Thanatos…

Polémologie. Lorsque cette barbarie n’a plus de figure humaine, le scénario ne diffère pas pour autant : “Martiens go home” (F. Brown). C’est “La loi du talion” qui prévaut, quand bien même ferait-on la “guerre aux invisibles”. En ce cas, seule la couleur du sang, ou de ce qui en tient lieu, change. L’Autre, l’Étranger est un miroir déformant où se reflète les travers de l’humanité. Ces reliquats d’animalité tapis dans notre cerveau reptilien sont combattus par le pacifisme. Une utopie diront les pessimistes. Un étendard déployé avec force dans les années 70 par la cinquième colonne, section “science-politique-fiction”. Plutôt rouge que mort… La “cool war” (F. Pohl) plutôt que la “cold war”; cette guerre froide qui sévissait alors qu’ils n’y avaient plus qu’Eux et Nous; c.a.d. “Papa, maman, l’atome et moi”… L’ennemi de l’intérieur contre “4 milliard de soldats”, sans compter les animaux enrôlés pour l’occasion (Pohl). “Pour quelle guerre” ? Même pendant, c’était déjà “après”. On nous promettait des lendemains qui déchantent (“The day after”). Tout n’était alors que dissuasion. Du fort au fort, du faible au fort puis, en dernière instance, prolifération oblige, du fort et/ou faible au fou… Nom de code : M.A.D. (Mutual Assured Destruction). Finalement nous avons eu de la chance, nous avons survécu à la troisième guerre mondiale. A-t-elle vraiment-eu lieu d’ailleurs ? Non, nous affirme Haldeman ! Pas plus que la guerre du Golfe, renchérit Baudrillard…

La der des ders. Revenons un instant sur cette guerre “virtuelle”, plus électronique (“Soft war”) que médiatique. En fait, la vision désincarnées (carne, viande) des bombes télé-guidées n’offrent qu’une lointaine analogie avec les jeux vidéo. Tout au plus ces images, aussi mauvaises que celles des web-cams, nous font prendre conscience des progrès qu’il reste à accomplir en ce domaine. Militaires, encore un petit effort… Par contre, les rushes de l’offensive hélico-portée, menée pour “nettoyer” les lignes de front irakiennes, sont à la hauteur d’un shoot them up ! Avec des travellings du meilleur effet ainsi qu’un son ad-hoc, on voit dans un halo verdâtre dû aux infra-rouges les silhouettes de soldats sortant d’un bunker, trébuchant, se relevant, puis tombant une dernière fois, couchés par une rafale de mitrailleuse d’un calibre suffisant pour arrêter une voiture… Bien qu’ils ne s’appelaient pas Ryan, cette mission “tir aux pigeons” fût stoppée nette par l’état major car cela faisait mauvais genre… Authentique ! Rien de cybernétique dans tout cela, que du mécanique, mais cela laisse augurer des futures capacités des “Fabricants D’Armes”. Ces machines à tuer ressembleront-t-elles aux “Berserkers”, ces monstres froids que Saberhagen nous décrit dans sa gigantesque fresque composée d’une myriade de nouvelles, à la manière de C. Smith (“Les seigneurs de l’instrumentalité”). Verrons nous errer sans fin des “vaisseaux fantômes” (Ward Moore) à la recherche d’une proie ? Serait-ce “la guerre éternelle” promise par Haldeman ? Alors, à l’instar de ce que souhait Dorgelès dès 1917, il nous faudra inventer une “machine à finir la guerre” mais c’est peut-être déjà trop tard…
Laurent Diouf
Article publié dans Coda en ???

DéBriefing :
Après (Marabout)
Ballard J.G. "Fièvre guerrière"(Fayard)
Barbéri J. "Guerre de rien" (Présence Du Futur/ Denoël)
Dickson G. "Pour quelle guerre" (Opta)
Haldeman J. "La guerre éternelle" (J’ai Lu)
Heinlein R. "Etoiles, garde à vous" (J’ai Lu)
Histoires De Guerres Futures (Le Livre De Poche)
Klein G. "La loi du talion" (Le Livre De Poche)
Klein G. "Les seigneurs de la guerre" (Le Livre De Poche)
Laidlaw M. "Papa, maman, l’atome et moi" (Présence Du Futur/ Denoël)
Ligny J.M. "D.A.R.K." (Présence Du Futur/ Denoël)
Ligny J.M. "Jihad" (Présences / Denoël)
Mourir Au Futur (10/18)
Pelot P. "La guerre olympique" (Présence Du Futur/ Denoël)
Pohl F. "La guerre en douce" (La Découverte)
Pohl F. "Les animaux de la guerre" (Marabout)
Pohl F. & C.M. Kornbluth "La tribu des loups" (Presse Pocket)
Quatre Milliards De Soldats /collectif n°3 (Kesselring Editeur)
Saberhagen F. "Les Berserkers" (L’Atalante)
Silverberg R. "La guerre du froid"
Van Vogt A.E. "Le cycle des marchands d’armes : les armureries d’Isher (1) / les fabricants d’armes (2)" ( Omnibus / Presse de la Cité) ou (J’ai Lu)





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