WRECK THIS MESS > CHRONIQUES - LIVRES > DOCUMENTS > LIBRES ENFANTS DU SAVOIR NUMERIQUE


PETITS BUGS ENTRE AMIS…

Internet repose la question qui taraudait Walter Benjamin au début du XXème siècle sur le statut de l’art à l’ère de la reproductibilité, mécanique et infinie, des objets. Mais à l’heure de l’e-business, cette question n’a malheureusement plus rien de philosophique…

Car la préoccupation “première” des marchands du temple électronique, c’est bien celle de “l’unique et de sa propriété” ou, plus exactement, celle de savoir comment monnayer quelque chose qui ne tire plus sa valeur de son unicité mais de sa multiplicité. Réponse : en établissant des barrières, financières et/ou physique, pour entraver la libre circulation des personnes et des biens (ne jamais énoncer cette proposition dans l’ordre inverse, c’est une insulte à l’humanité) et contrecarrer toute velléité de clonage digital.

Pour souligner l’absurdité de ce libéralisme tertiaire, Richard Stallman (un des “initiateurs” de Linux), nous propose un petit apologue dans un recueil qui réunit aussi des textes de Bruce Sterling et de Ram Samudrala édités à l’intention des “Libres Enfants Du Savoir Numérique”… C’est une sorte de “Farenheit 451” inversé. Un futur proche où les livres ne seraient pas brûlés mais “noyés” dans nos disques durs. Évidemment, chaque ordinateur étant “personnel”, le prêt est proscrit : lire les livres d’un autre sans s’être dûment acquité de la dîme auprès des organismes chargés de veiller aux intérêt des intermédiaires et autres “ayants droits” est un délit…

La civilisation Gutenberg n’est pas encore morte mais les taxes sur les photocopies et la récente polémique suscitée par Michel Onfray à propos des droits d’auteurs sont révélatrices de cet archarnement mercantile. Mais ce n’est pas un hasard si Negativland (combo de forcenés du cut-up) lutte depuis des années contre le copyright en musique au nom d’un droit de libre citation sonore identique à celui qui prévaut en littérature. Rappellons au passage l’existence du réseau M.A.C.O.S., Musicians Against Copyrighting Of Samples. Car un tel verrouillage institutionnel, interdit désormais la création par apports successifs et copiages tel que cela se fait depuis la nuit des temps (surtout en musique) et condamne à jamais des démarches artistiques à base de collages et d’amalgames, d’ “objets trouvés et/ou détournés” (dada, surréalisme, situationisme, pop art). Philippe Quéau souligne que, pour Aristote, l’homme est un animal mimétique et la mimesis est processus créatif.

Ce faisceau de réflexions indique qu’Internet est le point de convergence de tous les média pré-existants. L’écrit, transmué en hypertexte. L’image, animée ou non. Et bien sûr, le son; dont le MP3 bouscule les données d’acquisition. Data, vous avez dit data ? Le point crucial c’est celui du libre accès à ces datas. A cette information codée; qu’elle soit musicale, sociale ou politique. C’est une guerre au nom de la liberté (sur la toile, j’écris ton nom), la fraternité, l’égalité et la gratuité de la communication. De la connaissance. Un combat mené notamment par les hackers oeuvrant pour la préservation du “système d’échange généralisé” qui est l’essence même du Net. Pour maintenir “une économie du don versus high-tech” (Richard Barbrook).

Les flics n’ont pas prise sur ces cyber-résistants pétris d’idéaux anarcho-communautaires : “nos identités n’ont pas de corps; ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons obtenir l’ordre par la contrainte physique” (J.P. Barlow). Cette dématérialisation constitue l’enjeu majeur du cyber-espace et compromet sa réification… Contrairement à ce que proclame le discours dominant, l’information n’est pas une marchandise. “On ne la possède pas, on l’éprouve. Elle ne se distribue pas, elle se propage. Elle se reproduit dans les interstices du possible” (J.P. Barlow) et non dans les probabilités des sondages et les inepties des attaché(e)s de presse : “La plupart de nos opinions ne naissent plus aujourd’hui de notre propre expérience. Ce sont des opinions reçues” (Negativland).LD

Libres Enfants Du Savoir Numérique : anthologie du “Libre” préparée par Olivier Blondeau et Florent Latrive, (édition L’Éclat, Mars 2000, 179 Frs).

Ce livre est disponible gratuitement sur les sites:
www.freescape.eu.org/libres-enfants/index
www.samizdat.net/cyberesistance/freescape








CONTACT :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess - Paris