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publication, date: Coda, Novembre 1997

Crime, trahison, misère…

En guise de “récréation”, Guy Lardreau avait mis en parallèle “Fictions philosophiques et science-fiction”. Avec cette nouvelle “fantaisie pédagogique”, il poursuit sa croisade pour réhabiliter les formes de littérature qui sont considérées, à tort, comme étant “mineures”. Or donc, si la SF met en scène la réalité de la raison, soit l’entendement en jargon philosophique, le polar illustre les concepts et la problématique de la sensibilité. De la sensation et de la perception de ce monde; en d’autres termes, de l’empirisme, cette “doctrine de l’indice, du témoignage, de la preuve”.

L’enquête est la pierre angulaire de l’empirisme. Sur ce principe, il s’agit de mettre en doute notre sensibilité, façon “morceau de cire”, et interroger le monde en le soumettant à la Question : “Détection et Inquisition” (3ème partie). Mais avant cela, Guy Lardreau commence par rappeler les points essentiels de l’empirisme. Il en établit une typologie en neuf tableaux. Ce qui nous donne : Aristote, Epicure, Hume, Lockes, etc. versus Dickson Carr, Mac Cloye, Crommelynck, Chesterson, Sayers, etc. Comme le disait Thomas de Quincey, “De l’assassinat considéré comme un des beaux arts”…

Au final, après enquête donc, que trouve-t-on ? Un monde bien ordonnancé ? Non ! Car les écrivains de romans policiers sont amoureux du désordre... À charge, certes, pour le lecteur de recréer cet ordre : qui, comment et pourquoi ce meurtre. Mais prière de laisser ce chaos dans l’état où vous l’avez trouvé : “Si c’est un monde, défaisons-le”. Version S.F. cela donne : “Si ce monde ci ne vous plaît pas, allez voir s’il n’y en a pas un autre”. Dixit Philip K. Dick !

Vous l’avez compris, la S.F. et le polar ont un questionnement aussi universel que la philo, mais leurs considérations sont a-priori moins “inactuelles”... Et si le roman noir met en évidence la bassesse de la nature humaine “en exhibant la misère du surhomme”, c’est pour enseigner qu’il y a tout autant “un sublime de la pauvreté qu’une pauvreté du sublime”.

Flippant ? Oui ! Car la philosophie c’est la “parole de l’inquiétude”. De cette inquiétude qui taraude l’homme depuis la nuit des temps et qui trouve naturellement un écho dans ce genre littéraire. Après la SF et le Polar, Guy Lardreau va redorer le blason du Fantastique. Le troisième volet de ce tryptique est annoncé pour bientôt. Titre provisoire de ce prochain “divertissement ontologique” : “Intuition philosophique et présence fantastique : une initiation à l’immédiat”. À lire en écoutant de l’ambient-dark ! LD

Guy Lardreau, Présentation criminelle de quelques concepts majeurs de la philosophie (fantaisie pédagogique), (Actes Sud / Le génie de philosophe, 1997).








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