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publication, date: MCD #18, juin 2004
Pas facile de restituer
l'épaisseur, la chair, d'un "phénomène social total"
au travers d'un discours universitaire.
Le regard analytique et distancié
que suppose une étude sociologique tranche singulièrement par
rapport à la parole "plébéienne" des acteurs
dont les témoignages ont été consignés pour valider
l'enquête. Le contraste est saisissant, et pas toujours très
digeste, même si on est tout à fait conscient des limites et
contraintes inhérentes à ce type d'exercice.
La question est
du reste vieille comme le monde: faut-il s'effacer derrière un système
(Descartes, Kant) ou effacer toute idée de système (Nietzsche,
Cioran)
Sur la forme, en tout cas, en ce qui concerne le texte d'ouverture
de l'ouvrage collectif, LA FETE TECHNO, on aurait préféré un discours moins
rigide, moins didactique aussi; tant les explications tombent parfois à
plat, plombées par l'évidence (le son est souvent poussé
à son intensité maximale
/
peu de DJ et de compositeurs de musiques
électroniques ont une formation traditionnelle de solfège
etc.).
Ce texte d'Anthony Pouilly politologue
de son état et co-auteur de La Musique Techno: art du vide ou sociabilité
alternative ? avec Béatrice Mabilon-Bonfils qui coordonne cette anthologie
est sur ce plan très proche de l'observation ethnographique d'Etienne
Racine (Le Phénomène Techno, Imago)
Parmi les autres intervenants, il y a bien
sûr les membres du GREMES (Groupe de Recherche et d'Etude sur la Musique
et la Socialité, cf. MCD #05). À commencer par Lionel Pourteau,
par ailleurs impliqué dans le Collectif des Sons, qui brosse un tableau
des sounds-systems en tant qu'expérience communautaire. Ainsi que Stéphane
Hampartzoumian qui s'attarde sur le "paradoxe mélancolique"
du teufeur de base
Eh man, tu flippes !? Et Anne Petiau qui, comme
Emmanuel Grynszpan, replace la techno et ses dérives hardcore dans
une perspective historique.
Maffesoli, dont l'influence plane fortement sur
ces jeunes chercheurs, voit dans les teknivals où la jeune génération
peut et doit pratiquer "l'expérience des marges" comme
un rite initiatique, la mise en jeu (en scène ?) d'un pathos et l'expression
de la part d'ombre que l'Occident à tendance à refouler.
Reste
que l'on a désormais hâte que la techno soit une musique de vieux !
C'est-à-dire qu'elle soit moins "juvénilo-centrée",
pour jargonner comme les professionnels
Que ses spécificités
ne soient plus ainsi exacerbées. Que sa singularité et ses codes
(sous)-culturels et vestimentaires s'estompent. Qu'aux "creux des apparences",
elle ne soit plus qu'une boucle parmi d'autres, après le rock, le punk,
la cold-wave, dans le cycle sans fin des processus d'identification générationnel.
LD
La Fête Techno
: tout seul et tous ensemble, sous la direction de Béatrice Mabilon-Bonfils (176 pages, Editions Autrement / coll. Mutations, 19 euros)
Site: www.autrement.com
CONTACT :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess
- Paris