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publication, date: ???, 2001
DAVID TOOP
ou comment surfer sur un océan de sonorités
Écrire et parler de musique hors des engouements éphémères,
hors des "pavillons" de complaisances, hors des coups de promo planifiés
par les majors, hors des rédacteurs en chef (ni Dieu, ni maître),
est presque devenue une activité clandestine. Faisant preuve d'une
intégrité exemplaire, David Toop cartographie les courants fondamentaux
de la musique actuelle; que celle-ci soit électronique ou acoustique.
Par courants, il faut entendre les styles qui résistent à toute
tentative de normalisation, de rationalisation, de définition. Ou plutôt
qui se jouent des normes et recyclent d'autres styles, d'autres harmonies,
d'autres cultures, d'autres histoires
Synergie et "cré-activité"
permanente. Ce processus se retrouve à l'uvre dans quatre grands
pôles musicaux : la musique contemporaine (avec Debussy dans le
rôle d'explorateur), le jazz (la musique classique du XXème siècle),
le dub (une des première musique mutante) et l'ambient (avec Brian
Eno en théoricien de cette aventure intérieure
). Dans
Ocean Of Sound dont les éditions
Kargo / L'Éclat nous offrent enfin la traduction française
David Toop nous relate, au travers de son itinéraire personnel, les
ramifications qui président au développement de ces musiques
protéiformes, tel un griot des temps modernes.
Du haut de son expérience, cinquante ans d'épopée
musicale vous contemple : "J'ai commencé par jouer de
la guitare en faisant des reprises instrumentales de groupes qui étaient
connus à la fin des années 50s, début 60. Cela m'a conduit
vers le blues, le free-jazz, le rock expérimental. Après le
lycée, j'ai fait les Beaux-Arts ce qui ne m'a pas empêché
de continuer de jouer. Durant les années 70s, je faisais de la musique
improvisée et j'ai commencé à co-publier des magazines
(Musics, Collusion). Puis j'ai joué sur des disques de pop et de dub.
Notamment avec The Flying Lizards et Prince Far I (cf. Cry Tuff Dub Encounters
Ch. III). Ensuite, j'ai commencé à produire des disques (celui
de Frank Chickens, par exemple). Dans les années 80s, je me suis tourné
vers la critique musicale. J'ai écris mon premier livre, Rap Attack,
en 1984. Depuis le milieu des années 90s, je suis devenu journaliste
spécialisé auprès de nombreux journaux et magazines,
mais je me suis surtout beaucoup investi dans l'écriture de mon second
livre, Ocean Of Sound. Je savais depuis longtemps que je devais rejouer de
la musique et écrire de manière plus conséquente, plus
"sérieuse". Désormais, je partage mon temps entre
la composition, l'écriture, la lecture, l'enseignement, l'édition,
des performances / expositions et mes activités de journaliste".
Face à un tel foisonnement, on ne peut s'empêcher
de penser à un autre personnage multicarte, à la fois journaliste-écrivain
et DJ-musicien : DJ Spooky. Mais David Toop récuse le parallèle :
"Je ne suis pas comme lui ne serait-ce parce que j'ai commencé
à jouer de la musique selon une voie plus "traditionnelle"
qui m'a permit rapidement de bifurquer vers une démarche plus expérimentale.
Une des raisons pour lesquelles j'écris tient au fait que j'ai toujours
analysé instinctivement les situations musicales auxquelles j'étais
confronté, tout comme celles auxquelles je participais. Parfois, je
suis impliqué. En particulier dans le domaine des musiques expérimentales
et/ou improvisées. Mais il arrive aussi que je sois complètement
détaché. Par exemple envers le hip hop et d'autres formes de
musiques black [African-American music]. Au final, j'approche ces deux aspects
des choses avec la même passion parce que je m'intéresse à
la façon, complexe, dont ces courants musicaux émergent puis
se développent. Après tout, c'est une histoire culturelle autour
d'un domaine qui m'affecte profondément".
C'est en effet un tableau historique à entrées
multiples que David Toop brosse dans son livre. Une histoire subjective, revendiquée
comme telle. Une histoire émotive, réflexive. Une histoire de
métamorphoses technologiques où les "silences radio"
de John Cage rejoignent les cacophonies téléphoniques de Robin
Rimbaud. Fluxus, not dead ? Une histoire d'impressions, de collages
Une histoire de codes identitaires et de déterminations socio-économiques.
Une histoire de correspondances Baudelairiennes où les odeurs corporelles
se mêlent à des luminescences spirituelles, où des "bruits
de fond" agissent comme des capteurs sensoriels. Une histoire événementielle
mais aussi structurelle. Une histoire individuelle et collective que l'on
appréhende au travers de ses souvenirs. Ceux des premiers sets de Biosphere
qu'il nous fait, littéralement, revivre avec une acuité rare
("We had a dream last night
"). Ceux des premiers chill-out,
ces "reposoirs" calqués "inconsciemment" sur le
principe des acid-tests où l'ambient a pris son essor. Ce terme renvoyant
à un environnement sonore plus qu'à un style bien précis,
à une manière d'écouter plus qu'à une période
isolée.
L'ambient est un état d'esprit. Une façon
de concevoir la musique en s'affranchissant des codes édictés
par les dancefloors dont le credo se résume souvent à :
"balancer n'importe quelle source sonore dans le mix et faire
le raccord avec les rythmes en cas de disparité. Mais que se passerait-il
si l'on supprimait ces rythmes, si l'on baissait le volume, si l'on faisait
varier le tempo ou que l'on le faisait descendre jusqu'à l'état
statique, et si l'on poussait la diversité à l'extrême ? [p. 73]". The Orb furent les premiers à répondre à
cette question : l'ambient est une musique "accueillante" comme
le dub qui en est en quelque sorte la "version" chamanique. La basse
assurant la pulsation primordiale qui prélude à la trance hypnotique
[cf. p. 123 / 133]. Et si Ocean Of Sound
n'était finalement pas un recueil de pensées sur la musique
mais des "anti-mémoires"
"C'est vraiment un
livre très personnel sur le fait d'écouter de la musique, sur
les divergences et/ou convergences de l'histoire musicale récente.
Le 20ème et, maintenant, le 21ème siècle sont, aussi,
très compliqués musicalement. L'univers musical est un territoire
morcelé et j'ai voulu en établir le tracé. Pour aider,
guider, le public"
dans ce labyrinthe d'émotions acoustiques. En dernière instance,
Ocean Of Sound,
est peut-être le "livre des interactions"
Laurent Diouf / David Toop, correspondance électronique, 17 Décembre
2000.
David Toop, Ocean Of Sound : ambient music, mondes imaginaires
et voix de l'éther (Kargo / L'Éclat)
Indices discographiques :
- Screen Ceremonies (The Wire Editions, 1995)
- Pink Noir (Virgin, 1996)
- Spirit World (Virgin, 1997)
- Museum Of Fruit (Caipirinha, 1999)
- Hot Pants Idol (Barooni, 1999)
Playlist :
Otomo Yoshihide
Sachiko M
Günter Müller
Yoshihiro Hanno
Hoahio
Terre Thaemlitz
Toshimaru Nakamura
Taku Sugimoto
Mum
Derek Bailey
Carsten Nicolai
CONTACT :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess
- Paris