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P. KINDRED D. :
anti-portrait díun artiste fou

1928, le 16 Décembre à Chicago : Joseph Edgar Dick + Dorothy Grant Kindred = Philip & Jane.

Ce jour là, un des plus grand écrivains de science-fiction entre dans la danse de la vie. Une vie qui commence, mal, avec la mort de sa soeur jumelle. Une expérience traumatisante qui le hantera à jamais et dont les effets se feront ressentir dans ses écrits (“Docteur Bloodmoney”).

D’autres “souvenir-écrans” hérités de son enfance referont surface. Notamment celui de son père qui l’effrayait avec un masque à gaz… (“Le Père Truqué”). Son adolescence sera troublée par les échos de la seconde guerre mondiale. Autre trauma : Hiroshima. C’est de ce mois d’Août 45 que lui vient sa fibre pacifique et son goût pour l’uchronie et les mondes parallèles (“Le Maître du haut château”).

Par la suite il fréquentera l’Université de Berkeley pour s’initier à la philosophie. Il n’y restera pas longtemps. On est en pleine époque du Maccarthysme et il se fait renvoyer pour idéologie subversive. En d'autres termes, on le taxe de communiste. Tout au long de son existence, et au gré de ses romans, cette parano étatique sera l’abcès de fixation de ses névroses. (“L’Oeil dans le ciel”). F.B.I., C.I.A., à chacun ses moulins…

À cette période, il hésite sur le chemin à suivre. Dick est d’abord tenté par la musique classique. Il bosse un peu dans un magasin de disques et anime une émission de radio. Réminiscence : “Radio libre Albemuth”. Mais comme il a découvert la S.F. qu’il qualifie de “faustienne”, c’est sur ce terrain qu’il va s’engager.

Il publie sa première nouvelle (“Où se niche le Wub”) en 1952. L’année suivante il en place une trentaine dans différentes revues spécialisées. Son premier roman (“Loterie Solaire”) sera édité en 1955 mais il ne sera traduit en France qu’en 68. Date à laquelle, sa renommée ne cessera de s’étendre dans l’hexagone.

Ensuite, sa carrière connaîtra des hauts et des bas. Au début, Philip K. Dick souffrira d’un manque de reconnaissance en dépit de certains soutiens aussi inattendus qu’encombrants : Heinlein… Mais c’est surtout son état psychique qui lui vaut l’essentiel de ses déboires littéraires. Toute son oeuvre est marquée par ses problèmes psychologiques : dépression, sentiment de persécution puis paranoïa aiguë, introspection et schizophrénie (“Le bal des schizos”).

En résumé : le réel et son double. Au travers de la S.F., Dick expérimente la véracité de ses perceptions (“Les mondes divergents”). La drogue (“Substance mort”) est une des portes qui permet de passer de l’autre côté du miroir. Mais contrairement aux idées reçues, Dick a surtout abusé des amphétamines. Sur ce plan, il a été jusqu’ “Au Bout Du Labyrinthe”. Fantasmes de morcellement et troubles de la personnalité en prime…

Un séjour en HP n’y change rien. Pas plus qu’une cure de désinto à l’issue de laquelle il a l’impression d’avoir touché le fond (“Le prisme du néant”). Mal entouré, il finit par retomber. Cet ange annonciateur du XXIème siècle va définitivement se brûler les ailes.

Il se convertit au christianisme (“Deus Irae”) et disjoncte complètement après une grave crise de mysticisme. Il n’a plus les pieds sur terre, il est déjà dans les étoiles. Plus près de toi mon Dieu… Dick entame sa fameuse trilogie divine avec “V.A.L.I.S.”. Attendu comme le messie lors d’une convention S.F. à Metz en 77, il va déconcerter son auditoire en prononçant un méta-discours (“Si vous trouvez ce monde mauvais…”) avant de “transmigrer” pour l’éternité le 2 Mars 1982.

Additif au carnet de bord :
P. K. Dick : la planète impossible. (Le grand temple de la S.F. / Presse Pocket).
Gérard Klein, “Philip K. Dick ou l’Amérique schizophrène” in Fiction n° 182.
Robert Zelany, “Dick à Metz” in Science et Fiction n° 7-8
Marcel Thaon, Jacques Goimard, Gérard Klein, “Science-fiction et psychanalyse : l’imaginaire social de la S.F.”, Dunod.

Laurent Diouf
Article publié dans Coda en ???





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