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publication, date: WTM-Paris, mai 2004
DANIEL COHEN
la mondialisation et ses ennemis
Le titre peut sembler trompeur. Mais ce professeur
de sciences économiques n'a pas écrit un plaidoyer en faveur
du libéralisme sauvage. Loin de là
En fait, tout comme Pierre-André Taguieff
pointait aussi les préjugés
de l'antiracisme (cf. La force du préjugé: essai sur
le racisme et ses doubles), Daniel Cohen met à nu les contradictions,
les leurres véhiculés par la notion de mondialisation et auxquels
n'échappent pas toujours non plus les altermondialistes
Des chimères qui tiennent peut-être
à la dimension duale de la "mondialisation" qui ne se
comprend bien que si l'on saisit qu'[elle] scelle l'unité de deux termes qui semblent contradictoires
: un enracinement dans le local et un déracinement planétaire.
Au demeurant, la mondialisation apparaît
comme une singularité occidentale; dont la culture et la technologie
aspirent à l'universalité
La question étant: "que
s'est-il passé ?" (Bernard Lewis). Pourquoi et comment s'est
opéré cette divergence des destins entre les civilisations qui a conduit à cette
situation, à ce déséquilibre Nord / Sud. Là, c'est
à Marcel Gauchet que ce questionnement renvoi (cf. Le désenchantement
du monde: histoire politique de la religion). Outre cette perspective, Daniel Cohen renvoi au concept
de "matérialisme écologique" (Jared Diamonds) pour
cerner ce "moment" où tout bascule.
Mais quoi qu'il en soit, les jeux sont faits.
Au XIXe siècle, la mondialisation a hâté, davantage
qu'elle n'a créé, le passage d'une société agraire
à une société industrielle. Aujourd'hui, la mondialisation
accompagne pareillement le basculement d'une société industrielle
vers un âge post-industriel
/
nous vivons aujourd'hui un
troisième âge, celui où la connaissance est le principal
facteur de production
/
ce qui a désormais de la valeur,
ce qui compte dans le prix d'une marchandise, n'est plus le temps qu'il faut
pour la fabriquer. Ce sont les deux activités en amont et en aval que
sont la conception et la prescription qui occupent désormais la place
essentielle.
"Nous", c'est-à-dire l'Occident
(les États-Unis et l'Europe) et l'Orient (Japon)
Pour le reste
de l'humanité, il est difficile de devenir acteur
de cette "mondialisation" mais facile d'en être
spectateur. Autre paradoxe, et non des moindres, sur lequel repose
une bonne partie des erreurs de jugements émis à l'encontre
de la mondialisation: nous sommes, pourrait dire Virilio, encore sous l'emprise
du virtuel
C'est parce qu'elle n'advient pas, et non parce
qu'elle est déjà accomplie, que la mondialisation aiguise les
frustrations.
Planétaire dans ses effets et égoïste
dans ses mobiles, l'"économie-monde"
est porteuse d'une parousie aux reflets apocalyptiques. Elle est
peut-être "notre" imaginaire,
mais pour la majeure partie des habitants pauvres de notre planète,
la mondialisation reste une idée inaccessible
LD
Daniel Cohen, La mondialisation et ses ennemis (Grasset, 2004)
CONTACT :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess
- Paris