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ECHELON
Big Brother
ou la "Surveillance Électronique Planétaire" dévoilée
par Duncan Campbell.
Résidu
de la guerre froide, Echelon n'est qu'un projet ultra-secret parmi des centaines
d'autres dont Silkworth (P-285) et Carboy (P-377). Echelon porte la référence
P-415
Les premiers dispositifs
de ce réseau d'écoute tentaculaire sont implantés aux
États-Unis et en Angleterre ("Ukusa") dans l'immédiat
après-guerre, dès 1947. Puis le maillage s'étendra aux
pays du Commonwealth : le Canada, la Nouvelle-Zélande et l'Australie
qui a vendu officiellement la mèche il y a deux ans
L'image la plus répandue de ces lieux où
se trame de sombres desseins est celle de champs hérissés d'antennes
circulaires ("Flare 9") protégées sous des dômes
d'une blancheur immaculée. Ces champignonnières géantes
captent les datas des satellite-espions répondants aux doux noms de
Rhyolite, Aquacade, Magnum, Orion, Yield ou Trumpet. Noms qui évoquent
plus quelques solutions médicamenteuses ou préservatifs à
géométrie variable que des condensés de haute technologie
évoluant en orbite basse.
Au gré
des contingences matérielles, ces récepteurs peuvent revêtir
des formes phalliques
Comme cette tour spécialement construite
dans l'enceinte d'une centrale nucléaire (!), à la verticale
d'un faisceau hertzien. Ce cylindre austère camouflait une batterie
d'antennes sur 3 étages eux-mêmes surplombant "huit étages
d'ordinateurs [qui] triaient automatiquement les fax, e-mails, télex
et communications informatiques. Les systèmes électroniques
high-tech dégageaient une telle chaleur que chaque étage devait
posséder quatre systèmes d'air conditionné indépendant
les uns des autres".
Parmi les autres
subterfuges que révèle Duncan Campbell dans le rapport qu'il
a rédigé pour le Parlement Européen et qui a suscité
une enquête internationale diligentée par la D.S.T., on relève
des gadgets dignes de James Bond. Telle cette capsule drivée par des
sous-marins pour aller déposer des rubans enregistreurs sur les câbles
inter-continentaux qui gisent au fond des océans.
Une fois ces pièges
tendus, les interceptions obéissent à un protocole administratif
et technique très précis. Des termes établis selon des
listes de priorité font réagir ces installations étudiées
pour éliminer tout "bruit de fond". Les bonnes âmes
cybernétiques qui s'imaginent pouvoir faire bugger le système
en truffant leurs e-mails de mots-clefs sont d'une naïveté confondante
Les infos sont ensuite recoupées et classées sur les critères
d'un codex presque aussi abscons que le libellé d'une soupe chinoise
lyophilisée puis renvoyées vers leur destinataire (Pentagone,
etc).
Mais il y a des
failles. "Les systèmes informatiques OCR capables de reconnaître
l'écriture manuelle de façon fiable n'existent pas. Par une
ironie du sort, les messages par fax écrit à la main peuvent
donc être une forme sûre de communication qui peut échapper
aux critères de surveillance des "Dictionnaires"
Si,
et seulement si, la source et le destinataire ne sont pas déjà
dans le colimateur.
Mais l'avenir
appartient à la cryptographie. Les paranos qui sont au service de Big
Brother admettent avoir perdu cette bataille en dépit de tous leurs
efforts pour brider, ficher et interdire cette garantie de confidentialité
sur Internet. A moins que nous soyons, comme d'habitude, en retard d'une guerre
Et si Internet, c'était déjà du passé ?
Echelon a besoin
d'un autre vecteur, d'une super "matrix"
"Ce réseau
mondial est parfois nommé le "GWAN" [Global Wide Area Network]
mais possède plusieurs noms de code tenus secrets pour ses composants.
Initialement développé sous le nom de projet "Embroidery",
ce réseau supporte le principal réseau de communication par
ordinateur de la N.S.A., appelé "Pathway". Le système
principal de distribution des informations Sigint s'appelle "NewsDealer"
(anciennement "Streamliner). [Admirons au passage le comique (involontaire
?) des pseudos
] Un système crypté de visioconférence
répond au nom de code "Gigster". Ce réseau assure
des communications mondiales rapides et sûres pour les bases Echelon"
On s'imagine que
les fonctionnaires de cette nouvelle Inquisition sont une armée pour
faire tourner la Machine
Erreur. Souvent des stations-relais autonomes
renvoient leurs données vers la carte-mère, la toute puissante
NSA. L'esthétique clinique de ces robots hémiplégiques
mais omniscients est "l'incarnation" de ce monstre froid dont parlait
Nietzsche : "Comme les autres stations Echelon, l'installation de
Waihopai est protégée par un fort dispositif de sécurité
avec doubles clôtures, détecteurs de présence et caméra
infra-rouges. En 1996, une chaîne de télévision néo-zélandaise
parvint à obtenir des images du centre d'opérations. Par de
hautes fenêtres incomplètement obturées, ils filmèrent
l'intérieur. Ils constatèrent que la station était vide
à l'exception d'un gardien la nuit et que son fonctionnement était
totalement automatisé. Des lumières clignotaient sur de grands
casiers de matériel électronique pendant que les messages étaient
analysés et renvoyés. Une rangée d'ordinateurs disposés
en fer à cheval était inoccupée, avec le code "envoi"
qui passait sur les écrans vides".
O tempora, o mores
Depuis la chute du Mur,
le réseau Echelon a réorienté ses antennes. Mondialisation
oblige, les pays de l'Europe de l'Ouest sont désormais en guerre économique
avec les États-Unis. L'ennemi a changé de camp. C'est sur le
plan financier que se situe le danger. Et uniquement à ce niveau. En
Mars 2000, le directeur de la CIA, James Woolsey précisait cruellement
que ce type de surveillance industrielle n'avait aucune visée scientifique
car "la plupart des technologies européennes n'en valent pas la
peine". Sic transit
LD
Duncan Campbell, Surveillance Électronique Planétaire (Ed. Allia, 170 p., 40Frs).
www.fas.org/irp/program/process/echelon.htm
CONTACT :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess
- Paris