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publication, date: Coda, février 2003
PRECIS DE DECOMPOSITION ELECTRONIQUE
Peut-on tenir un discours philosophique sur l'art du Djing, élaborer une
esthétique du sampling, faire une méta-physique du dub, proposer
une sémiotique de la jungle, tenter une phénoménologie de
la techno ?
La réponse est oui, comme le démontre les "enquêtes"
menées par BASTIEN GALLET, producteur de l'émission Elektrophonie
sur France Culture et rédacteur en chef de Musica Falsa dont il
recycle quelques articles dans son livre Le boucher du prince Wen-houei.
Au travers de ces textes, ainsi que d'autres pécédemment publiés
dans Figures de l'Art ("La musique est pleine de trous : histoires
de vides de Varèse à King Tubby"), La Voix du Regard
("Un art sans oeuvres : sampling, fétiches et marijuana")
et Critique ("Us et coutumes de l'échantillonnage : mémoire,
exotisme et chirurgie plastique"), il s'interroge sur "la geste"
étymologiquement la manu-facture des musiques digitales.
Bastien Gallet effectue, par exemple, une mise en abyme entre la dissolution progressive
de la masse des breakbeats qui structure la drum-n-bass et les trilles (tremblements
prolongés de deux notes conjointes) de certaines sonates tardives pour
piano de Beethoven !
Ou bien encore, en entomologiste accompli (et ce n'est pas une figure de style
),
il se livre une "analyse contextuelle et paramusicale" de l'album click-n-dub
de Lena, Lane paru sur Quatermass. Ce qui nous renvoi vers Faulkner, la
science-fiction, Greig Marcus
Ce jeu de miroir sémantique est à l'origine de "rencontres
fortuites" qui relient entre autres Richie Hawtin et John Locke, Steve Reich
et Plutarque, le label Sub Rosa et Gilles Deleuze, Béla Bartók et
Walter Benjamin, Empédocle et King Tubby, John Oswald et Théodore
Adorno
On y entrevoit également la mythologie, les fictions que les musiques électroniques
drainent au travers de ses héros plus ou moins "fortunés"
Et la part du destin, du hasard qui intervient dans l'élaboration de nouvelles
sonorités, harmonies ou rythmiques, comme l'illustre par exemple la genèse
du dub.
In fine, Bastien Gallet se demande ce que la musique donne à entendre
au-delà des éléments qui la composent. En "nihiliste"
accompli, il conclut par ces mots :
"derrière, bien entendu, il n'y a rien. La musique n'a pas d'extérieur,
mais elle est poreuse, creusée, on peut s'y glisser si l'on ne craint pas
d'y disparaître. Écouter peut être un jeu dangereux".
LD
Bastien Gallet, Le boucher du prince Wen-houei : enquêtes sur les
musiques électroniques (Musica Falsa, 242 p., 16 €)
CONTACT :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess
- Paris