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publication: MCD #42, sept.-oct. 2007
ARTS & NOUVELLES TECHNOLOGIES
liaisons dangereuses
À propos du festival Elektra nous évoquions, dans
le précédent numéro de MCD, "la
synergie qui existe entre technique appliquée et
création ludique"… Une synergie qui se
concrétise dans ce que l'on nomme les arts
numériques et qui oblige s'interroger sur le statut de
l'artiste, d'une œuvre, d'une pratique, d'une exposition, du
regard, etc.
Un "up-date", si l'on ose dire, de la fameuse problématique
posée par Walter Benjamin : au questionnement portant sur
l'œuvre d'art à l'époque de sa
reproductibilité technique, nous sommes passé sur
celui de "l'œuvre d'art à l'ère
informatique et de sa reproduction virtuelle"… Vaste
question, donc, à laquelle tente de répondre
partiellement un bataillon de profs de fac et quelques artistes
à l'invitation de Jean-Marc Lachaud et Olivier Lussac; tous
deux professeurs à l'Université Paul Verlaine de
Metz, au département Esthétique et
Théorie et pratique des arts plastiques. Ils ont
consigné les réponses dans un livre tout
simplement intitulé Arts et Nouvelles Technologies. Un champ
qui englobe net-art, bio-art, art de la scène,
vidéo, musiques électroniques…
L'objectif étant de réfléchir sur les
enjeux soulevés par les liaisons, parfois dangereuses,
qu'entretiennent ces arts au risque des nouvelles
technologies… À l'origine, ces
réflexions critiques ont fait l'objet d'un débat
public dans le cadre d'une manifestation organisée en
novembre 2004 par le Pôle de recherche Arts,
Esthétique et Médiations spatiales du CREM (Centre de Recherche sur les Médiations). Ce sont les actes
de ce colloque qui font l'objet de cette publication collective parue
cet été.
Parmi la vingtaine de contributions, on focalisera notamment sur celle
de Roberto Barbanti qui se livre à une sorte
d'archéologie du multi-média en remontant
à ses origines, récentes. C'est-à-dire
il y a 50 ans avec la radio et le magnétophone, pour ses
racines techniques. Le pop art et John Cage pour l'attitude artistique.
Il exhume aussi une terminologie presque oubliée
(intermedia, mixed-media, audio-visuel) qui remet en perspective ce
croisement complexe entre éléments
matériels, expressifs ou sensoriels différents.
Le mot "multi-média" lui-même étant
riche de sens et ouvert. En tant qu'adjectif, il est
appliqué à de très nombreuses
manifestations artistiques dont les caractéristiques
semblent parfois diverger totalement. Le happening, la performance,
l'installation, certaines formes théâtrales, des
sites web [… ] Au milieu des années 1990, ce mot
semble trouver dans sa forme substantivée
autrement dit : le multimédia une sorte de
stabilisation et de coagulation sémantique autour d'une
seule signification. Avec l'arrivée d'une nouvelle
génération d'ordinateurs et de logiciels, une œuvre multi-média était presque devenue
synonyme de CD-Rom artistique et un artiste multi-média
était celui qui travaillait au niveau informatique sur ce
même support ou sur son équivalent on-line. Depuis
cette période, la complexité
esthétique du concept de multi-média s'est
imposée à nouveau [… ] et on a vu
l'émergence d'une autre notion, celle
d'interactivité qui depuis a pris une importance
progressivement croissante. Par ailleurs, tout semble laisser penser
que ce concept de multi-média restera ouvert et qu'il sera
encore appelé à nommer et à qualifier
d'ultérieures manifestations esthétiques.
La musique électronique souvent ambient, ou
plutôt "environnementale" et/ou expérimentale
est au cœur du "multimédia", en
interaction avec les arts visuels. Jean-Yves Bosseur, compositeur et
directeur de recherches au CNRS, tisse l'historique,
matériel et conceptuel, des installations sonores. Il voit
en Open score de Rauschenberg, proposé en 1996, le
"dispositif fondateur" de ce type de propositions. D'autres
intervenants auscultent également l'intrusion des nouvelles
technologies dans l'univers de la danse contemporaine (cf. Gtrechen
Schiller, Le champ kinesthésique et les
chorégraphies interactives), du théâtre
et plus généralement des "arts de la
scène" qui font appel à des images
projetées, si ce n'est incrustée (cf. Marie Canet sur Body
Double (x) de Brice Dellsperger) ou à de la 3D par
exemple. Et s'il y a bien un collectif d'artistes qui symbolise
à lui seul toutes les facettes du multi-média,
c'est sans aucun doute Dumb Type auquel Florence de Mèredieu consacre sa communication. Cette écrivaine et prof de philo
à Paris I rappelle que ce combo, emmené par Shiro
Takatani (visuels) et Ryoji Ikeda (sons), met en "œuvre" de
multiples éléments (vidéo, texte,
musique, danse, lumière) dans ses installations /
performances. Mais Pascale Weber parle de sensator (visiteur aux sens
sollicités) pour désigner les personnes
"confrontées" à ces installations-projections qui
ont permis de déplacer la question du médium
(vidéo, photographie, graphisme… ) vers celle de
la modalité de présentation de l'œuvre
: le phénomène de projection, de
spatialisation…
LD
Arts et Nouvelles Technologies, sous la direction de Jean-Marc Lachaud
et Olivier Lussac (L'Harmattan / coll. Ouverture Philosophique)
contact :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess
- Paris