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ERIC ARLIX
free tour
Dans son fameux Manifeste de la poésie vécue , Alain Jouffroy proclamait : en se dérobant à la fois aux écrans et au réel, la poésie n'habite plus nulle part / il faut la libérer de ce vieux carcan solipsiste, narcissique et autosatisfait en raccordant l'écriture à tout ce qui lui est extérieur Éric Arlix ne dit pas autre chose lorsqu'il nous déclare : que les artistes et non-artistes utilisent ce quils veulent comme techniques d'écriture mais surtout quils cessent dêtre talentueux pour prendre un peu plus de risques
La parution de son dernier livre, Le monde Jou
, confirme en tout cas une chose :
Éric Arlix s'aventure là où désormais peu d'écrivains
se risquent, justement
En entremêlant réalité et
virtualité, politique et fiction, effets stylistiques et détournement
de vocabulaire, graphisme et jeu sur la typographie, références
socio-philosophiques et culture numérique, il invente une écriture
moderne. En rhizome.
Une sorte d'hypertexte qui décrit au mieux l'aspect névrotique,
les stratégies d'évitements et les dérives urbaines engendrées
par le capitalisme phase 4
Logique pour quelqu'un qui affiche dans
sa bibliothèque des figures comme Breton, Debord, Dick, Massera,
Perec, Polyani, Queneau, Sloterdijk, Virilio
et dont les goûts musicaux sont partiellement assouvis via
Métamkine
On citera malgré tout deux jeunes auteurs français
qui nous semblent proche de sa démarche. Tout d'abord Jérôme
Akinora qui arpente,
lui aussi, des "chemins de traverses" pour devenir son propre
sujet d'expérimentation
(cf. Les aventuriers du RMI
, L'Insomniaque). Ensuite, Serge Féray
dont la foisonnante et extra-ordinaire
Apocalypse (Cahier
de Nuit / Station Mir) est sur la même longueur d'onde; tant sur la
forme que sur le fond.
Deux ouvrages
qui auraient pu figurer au catalogue d'è®e,
la plateforme éditoriale mise en
place par Éric Arlix. Une structure qui édite aussi bien des
livres et des revues collectives avec Renews
ou en ligne et en libre téléchargement
pour Hypercourt
dont le dernier numéro est placé
sous la responsabilité de Jacques Barbéri
avec des textes de Valerio Evangelisti,
Yves Ramonet, Vernay, David Calvo, Philippe Curval, Francis Berthelot
que des CDs et DVDs; débordant ainsi largement le cadre de la
"simple" littérature. Mise à jour
Quelques mots
sur ton parcours ?
No comment. Jarrive
à naviguer dans les affaires artistiques sans CV
Cest
important, comme attitude, de mettre le paquet sur les projets en cours plutôt
que sur la pseudo cohérence du parcours censée faire "uvre".
Comme dirait mon ami Christian Vialard
, le futur ne me poursuit pas
.
Et ton style ?
Il ny
a pas de composition particulière. Juste des ambiances sémantiques
traversées d'élèments très divers (les NTIC, la
philosophie, les jeux videos, la littérature de gare, la SF, l'humour,
le langage familier
.). Chaque nouveau projet tente des arrangements
particuliers.
Qu'est-ce
que tu penses des réactions après la publication de ton dernier
livre, Le monde Jou
Cest bien !
Cest bien quand même la littérature politique, même
avec des imperfections. Je sais et je ne pense pas être beaucoup
plus prétentieux que dhabitude en le disant que ce livre
tient la route et que son actualité dépasse forcément
les 4 mois dexploitation autorisé par le commerce des livres.
Le monde Jou
énerve pas mal et lon nen ressort pas indemne.
La réactivité (que lon soit pro ou anti Jou) est au rendez-vous
et je nen espérais pas tant.
Tu as d'autres
projets en cours ?
Un petit texte
gore qui se passe au Salon de lAuto : Autogore
. Ensuite, un gros livre, pour plus tard
et déjà en chantier, qui sappellera sans doute Socialisme
, sous titré Le retour.
Et puis Taipei101
(projet artistique autour du plus grand
building du monde, à Taïwan, chargé de symboles culturels,
technologiques et économiques, NDLR). C'est un livre-cd avec Jérôme
Schmidt aux éditions
Phase Deux (nouvelle maison d'édition créée dans le giron
Gallimard suite à la nouvelle alliance des Éditions Verticales
avec La Martinière / Le Seuil, NDLR). Sortie prévue en Janvier
2006.
Justement,
parles nous un peu de ton travail avec Jérôme Schmidt
Jérôme
Schmidt est musicien
du projet Taipei101
pour les concerts et le CD audio blisté dans le livre. Nous sommes
ultra différents et pas forcément daccord sur grand chose,
doù lintérêt de la collaboration. Nos tâches,
sur ce projet ,sont bien séparées. La collaboration est conceptuelle
et pseudo structurante. Elle sest surtout concrétisée
lors de nos dérives quotidiennes à Taipei pendant 15 jours.
Après cette immersion, jai écris le livre, lui produit
la musique et nous gérons à deux les concerts et la communication.
Nous avons voulu sur ce projet : 1/ agir comme des artistes globaux contemporains
dans la multiplication des supports, des formes, des actions (artiste, chef
de projet, journaliste, communicant), 2/ Maintenir un niveau critique fort
dans cette forme que nous critiquons, 3/ enquêter sur le capitalisme
vertical et le réenchantement moderniste du monde. Le livre est pour
moi une sorte de western où chaque scène est un duel entre lart
et le capitalisme. Je suis pressé de voir sil y a quelques lecteurs
que cela intéressera ou si le plantage sera total.
Quels rapports
entretiens tu avec le monde littéraire ?
Aucune mondanités,
aucune lectures
Juste le Salon du livre quelques heures par an. Jai
réfusé toutes les propositions de lectures, signatures, colloques,
interventions, textes après la publication du Monde Jou.
Sauf un cours, prévu le 11 janvier 2006 à luniversité
Populaire du Lieu Unique, à Nantes, pour y faire un exercice JOU avec
70 personnes. Cool.
Tu es en contact
avec d'autres écrivains ?
Chloé
Delaume, Hugues Jallon, Onuma Nemon, Jean-Charles Massera, Claro, Emmanuelle
Pireyre, Bernard Wallet sont
les personnes du milieu littéraire que je fréquente. Pour les
influences, jespère un jour atteindre le niveau critique de
Jean-Claude Moineau
(théoricien de lart), la culture dOnuma Nemon
(écrivain) et la souplesse intellectuelle
de Bernard Wallet
(éditeur, écrivain).
Pour revenir
à la question du style, comment envisages tu le blog ?
Minima communicatif
Mini-QG pour dire peu de choses (importantes ou futiles). Ce que jaime
dans un blog, cest léconomie décriture.
Le blog parfait serait constitué dune ligne par jour ou par
semaine, une ligne débarrassée de futilité et de "frivolisation".
L'écriture
à l'ère numérique
Ben, pareil quavant
et quaprès. Trouver la capacité d'extraire des symboles
suffisamment forts pour provoquer quelques explosions de neurones des lecteurs
qui, dun coup, franchiraient un nouveau seuil critique dans leur vie
et deviendraient, dès lors, beaucoup plus lucides.
Quelques mots
également sur la revue en ligne Hypercourt
La revue Hypercourt
propose à un écrivain de
choisir une thématique sur un numéro et dinviter autant
de personnes quil le souhaite pourvu que leurs contributions nexcèdent
pas 1000 signes par auteur (environ 10 lignes). C'est une réussite :
environ 500 lecteurs. Un freeride vivifiant. Et un échec : dur
de trouver des écrivains capable den réunir quelques
autres. Les bons écrivains (à 90%) se concentrent sur le support
papier et sont peu intéressés par le net ou par les projets
non rémunérés.
Et le projet
Renews
Un projet génial
et très signifiant chez è®e
. C'est une collection douvrages
collectifs qui, je lespère, durera longtemps. Un numéro
3 (double) est prévu en octobre 2006, en co-édition avec Phase
Deux. Renews nest
pas une revue mais donne quelques leçons aux "revuistes" :
textes originaux, freeride dans les réseaux décriture
(pas de communautarisme), thématiques contemporaines, abaissement de
lego surpuissant des auteurs par des textes non signés. Tout
cela fait très peur à la "profession" : distributeurs,
librairies qui ont du mal à présenter ces ouvrages, auteurs
qui refusent de participer à cause de la non-signature des textes,
journalistes qui ne savent pas trop quoi penser de tout cela, à part
quelques clichés avant-gardistes (cadavres exquis, collages
).
Longue vie à Renews.
Finalement,
quel est le champ d'action des éditions è®e ?
C'est une plateforme
éditoriale. Donc, tous genres, tous supports, évidemment. Et
bien plus encore je lespère. Le milieu littéraire est
le plus poussiéreux des arts et ce qui me semble évident chez
è®e pose des problèmes à la plupart des éditeurs.
Le site des éditions è®e nest pas un simple relais
de communication mais aussi un lieu de téléchargement et de
veille. Mes moyens sont encore limités pour tenir vraiment cette politique.
Je souhaite, par exemple, mettre en place une radio (streaming) pour maintenir
en continu un canal dinterventions pour écrivains, artistes
et musiciens. Les "lectures" et "performances" ne tenant
plus vraiment la route aujourdhui (reliquats avant-gardistes spectaculaires
perdurants).
Et en termes de publication ?
Côté livres, nous souhaitons tenir le cap des 6 projets par an pour maintenir une visibilité minimum, même si cela est débile en soi comme principe mais le marché impose cette logique (nous sommes quand même très flux tendus et très low cost, 100% des recettes servant à limpression et à la communication de nos projets). Les choix éditoriaux se concentrent sur des projets : 1/ atypiques : renouer avec un mode "expérimental", novateur (Renews), 2/ contemporains : regards politiques, aiguisés sur le monde et ses dynamiques (Logs , Jean Zin), 3/ historiques : sur toutes les périodes, travailler sur des territoires sinistrés (Luddites, Minimax) . Et cela dans différents genres : littérature, essai, histoire, art .
Pour conclure
Lecteurs(trices)
réveille-toi, il ny a plus à Paris que cinq bonnes librairies
qui nont pas vendus le Da Vinci Code
et seulement 3 disquaires compétents
Move your ass, bordel ! J
Laurent Diouf
Article publié dans MCD #30, en Septembre 2005
Bibliographie
/ Éric Arlix :
- Le monde Jou (Verticales, 2005)
- Et hop (éditions Al Dante / Léo Scheer, 2003)
- Mise à jour (éditions Al Dante / Léo Scheer, 2002)
Infos: http://arlix.free.fr
Editions è®e, 18 domaine de Château Gaillard, 94700 Maisons-Alfort.
Site: www.editions-ere.net
contact :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess
- Paris