WRECK THIS MESS > CHRONIQUES - LIVRES > SCIENCE-FICTION > AUTEURS > JEAN-PIERRE ANDREVON
JEAN-PIERRE ANDREVON
La fiction
et son cortège de bizarreries high-tech perturbent notre quotidien.
Maintenant ou demain tout au plus, car Cela se produira bientôt.
À la limite, C'est arrivé mais on en n'a rien su.
Jean-Pierre Andrevon, anticipe notre avenir. Tendance fin de
siècle. Bientôt lan 2000 mais le spectacle nest
pas beau à voir : Paysages de mort. Et personne
sur qui compter, Il faudra bien se résoudre à mourir
seul...
Livres, films, rencontres, etc. Quelles sont
les révélations qui tont fait basculer
dans la S.F. ?
Je suis tombé dedans tout petit. Dès
que jai su lire. Par hasard, ce fut La guerre des mondes
de Wells. Je devais avoir huit ou neuf ans. Et puis une bande dessinée
sur le même sujet, linvasion extra-terrestre, Guerre
à la Terre, une sorte dancêtre d Independance
Day. Tout ça, cétait
vers 45-46, hein !
En guise de repérages, retrace nous
les grandes lignes de ta carrière.
Mes tous premiers textes ont été
acceptés vers 1965 par un fanzine : Lunatique. Puis, date historique,
jai placé ma première nouvelle dans Fiction en Mai 68,
eh oui. Javais déjà trente ans. Mon premier roman, Les
hommes-machines contre Gandahar, est paru chez Denoël lannée suivante.
Cétait parti ! Mais presque par hasard puisque, ancien
des Beaux-Arts et prof de dessin, je me destinais plutôt à une
carrière entre la peinture et la B.D.
Deux ou trois mots, en particulier, sur Gandahar.
Ce premier roman, je lai écrit sous
une double inspiration : les bouquins de Stephan Wul, qui reste mon maître
et est devenu depuis mon ami, et la B.D. de Forest, Barbarella : un mélange dexotisme, de poésie
et dérotisme qui me va bien à lâme !
Certains y ont vu la première heroic-fantasy à la française.
Bof. Par la suite jai repris décor et héros dans quelques
nouvelles puis, tout récemment, avec un second roman pour la jeunesse :
Gandahar et loiseau-monde
(Hachette). Et je ne vais pas marrêter là !
À l'opposé des romans-fleuves,
quels sont les avantages des short stories ?
Je me sens tout simplement incapable décrire
de gros pavés. Chaque fois que jai tenté de dépasser
les 300 pages, les éditeurs mont forcé à couper,
avec raison sûrement. Et puis jaime bien varier les plaisirs
à linfini, passer rapidement dun genre à lautre,
dun bouquin à lautre. La taille de la nouvelle est donc
idéale.
À ce sujet, quels souvenirs gardes-tu
de ta collaboration avec Philippe Cousin ? Aimerais-tu renouveler cette expérience
décriture à quatre mains pour des nouvelles
ou des romans ?
Jai découvert Cousin à travers
son premier recueil de textes courts, Tu maimes ?
Son écriture correspondait à la mienne. La tentation décrire
ensemble est venue tout naturellement. Je lai fait aussi avec dautres,
pour le double recueil Compagnons en terre étrangère.
Par manque de temps, celui qui passe cruellement,
je ne me vois plus retenter lexpérience. Il faut toujours aller
de lavant !
Depuis quelques années, tu tes
également lancé dans le roman policier...
Mes premières lectures comptaient aussi
des polars. Dans ce domaine aussi jai un vieux maître :
Steeman. Et un frangin : Manchette. Jai toujours voulu écrire
des polars mais, coincé dans les rails de la S.F., jai mis (trop)
longtemps pour passer à lacte. Depuis que jai sauté
le pas, je my sens plus à laise que dans la S.F. dont
jai sans doute, comme écrivain, fait le tour.
Le fantastique est plus proche de la S.F. Là
aussi, comment as-tu abordé ce genre ?
Pareil ! Mes premiers émois, je les
dois à la collection Angoisse du Fleuve Noir où,
dans les années 50, je dévorais Becker, Steiner, Agapit. Mais
là par contre, jai mordu presque immédiatement, dés
mon troisième roman publié précisément dans la
coll. Angoisse : Un froid mortel.
Quelle est la spécificité de
la S.F. made in France ?
Il y en a eu une dans les années 70 avec
la S.F. politique tant décriée par la suite, où
les auteurs post-soixante-huitards, dont jétais, parlaient nucléaire,
pollution, fascisme, etc. Dailleurs notre ancêtre à tous,
René Barjavel, était déjà un auteur écolo.
La jeune génération, tournée vers le space-opéra,
semble vouloir faire américain; bien que des gens comme
Lehman ou Bordage me semblent les héritiers directs du mouvement 70.
Il y a des courants de la S.F. ou à
défaut des auteurs, français et étrangers, sur lesquels
tu souhaites attirer notre attention ?
Tout est affaire de goûts et daffinités
qui sont de toute façon changeants ! Il y a des auteurs auxquels
je reste fidèle jen ai cité quelques-uns
et rajouterais Simak, Farmer, Silverberg; mes trois classiques américains
préférés. Jaime beaucoup aussi le courant fantastique
contemporain, dont Stephen King est le chef de file incontesté, mais
qui comprend plein dexcellents auteurs comme Charles Grant, Dan Simmons,
Steve Rasnic Tem et bien dautres. Tous des enfants de Richard Matheson !
En confidence, cest faire des bouquins dans ce créneau qui me
titille le plus. Disons que jai essayé avec Sherman
ou Les revenants de lombre...
Conquête spatiale, Internet, clonage,
etc. Avec les nouvelles technologies, la (science-)fiction semble rejoindre
la réalité. Quel est ton sentiment sur cette irruption du meilleur
des mondes ?
Quelle est lutilité et la grâce
de la S.F., sinon tenter de décrypter notre futur ? Jules Verne ny
avait déjà pas si mal réussi. La pollution et la sur-population
sont apparues il y a 30/40 ans, le monde virtuel il y a une
quinzaine dannée avec Gibson. Les manipulations génétiques ?
Elles datent de 1928 avec Le meilleur des mondes
dHuxley ! On n'atteindra jamais la réalité puisquelle
change constamment. Inversement, les écrivains de S.F. ne cesseront
jamais dinventer. Quils tombent juste ou pas est une autre histoire...
Après le no future, la
génération techno sempare de limagerie S.F. Quel
regard portes-tu sur les technoïdes ?
Étant assez peu technoïde moi-même
en bon écolo, je suis même carrément passéiste
dans ma vie personnelle je ne sais pas trop quoi répondre.
Jai droit à un banco ? Ce sera même le mot de la
fin !
Laurent Diouf
Article publié dans Coda en 199?
CONTACT :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess
- Paris