WRECK THIS MESS > CHRONIQUES - LIVRES > SCIENCE-FICTION > RUBRIQUES > ACTUALITES 01-02 / 08

SF / janvier-février 2008:

SOUVENIRS. Un demi-siècle d'écriture ! C'est ce qu'affiche GERARD KLEIN. On comprend pourquoi son anthologie s'intitule Mémoire Vive, Mémoire Morte (Robert Laffont / Ailleurs & Demain). Titre de sa nouvelle préférée, précise-t-il dans l'intro où il revient sur le choix des textes et les circonstances dans lesquels ils ont été écrits. Des histoires qui appartiennent à différentes époques et brassent de nombreux thèmes. Certains sont classiques (le dernier homme) ou se sont révélés "prophétiques" (le dérèglement climatique, l'intrusion de l'informatique). D'autres se situent aux frontières de la science-fiction; que ce soit dans leur forme (expérimentale pour "ACMÉ") ou pour leur fond (cf. "Tout conte fait" qui surfe avec la fantasy dans une formulation lapidaire sans doute apprécié en son temps par Jacques Stenberg…). Comme d'autres éminents représentants de la SF française, du moins ceux d'une certaine génération, Gérard Klein aborde le genre sans avoir la tête complètement dans les étoiles. C'est-à-dire, en y apportant cette pesanteur du réel, cet ancrage dans le quotidien qui rend ses histoires encore plus sensibles.

TRANSFERT. Il y a aussi ce sentiment de proximité chez ROBERT HEINLEIN dans Double Etoile (rééd. Folio SF). En tout cas au début du roman qui nous plonge dans un bar louche, dont les vapeurs d'alcool et la fumée masquent à peine les mauvaises intentions des clients. Parmi eux, un acteur de seconde zone qui repère un "spatial", à peine passé la porte de ce lieu de perdition. Il faut dire que l'accoutumance à l'apesanteur laisse des traces dans la démarche et la manière de tenir son verre… Par contre, pour les martiens, pas de problèmes. On les repère de loin. Et beaucoup de terriens ont encore des réactions épidermiques en les voyant. Même après les avoir éliminé "sur pied"… Mais on s'égare ! Enfin, pas tout à fait car la rencontre entre cet acteur et le spatial n'est pas si fortuite que cela. Et cette phobie des martiens pourrait bien lui poser de gros problèmes pour jouer le rôle de sa vie : celui du chef de l'opposition, le dirigeant du Parti Expansionnisme en passe de prendre la main sur le système solaire.

TIME MACHINE. Mais avant de voyager dans l'espace, voyageons un peu dans le temps. Tout d'abord dans les méandres de la conscience, ou plutôt des cas de conscience de Scott Warden — le héros du roman de ROBERT CHARLES WILSON — face à la matérialisation d'une espèce d'obélisque bleuté en pleine jungle, au fin fond de la Thaïlande. C'est le premier artefact d'une longue série. Mais le plus inquiétant, ce sont les inscriptions qu'ils portent. Des signes annonçant la victoire future d'un dénommé Kuin… Ce seraient en quelques sortes des balises temporelles. Voilà pourquoi on les nomme Les Chronolithes (rééd. Folio SF). Des oiseaux de mauvais augures qui manipule le hasard… On voyagera ensuite de manière plus conventionnelle, c'est-à-dire "réellement", avec POUL ANDERSON et La Patrouille Du Temps (rééd. Le Livre de Poche). Bien caler à l'arrière de l'espèce de scooter anti-gravitationnel utilisé par Manse Everard et des autres "gardiens du temps" chargés de veiller sur la bonne marche du monde. On les suit ainsi dans leurs pérégrinations, de siècle en siècle, pour colmater les brèches, traquer les anomalies qui risquent de modifier le cours de l'histoire ("Le grand Roi"), éviter que la réalité ressemble à du steampunk ("L'Autre Univers").

SAUVEGARDE. Un travail presque facile comparé à l'enquête que doit mener une équipe de baroudeurs sur la mystérieuse disparition d'une équipe de scientifique sur Deepsix (Le Livre de Poche); une planète sortie de l'imagination de JACK McDEVITT. En apparence, il s'agit d'un triple meurtre dans les bois. Sauf qu'ils doivent bien vite faire face à une sorte de remake sanglant des oiseaux d'Hitchcock. Version aliens métalliques… Mais tout cela n'est qu'un épiphénomène ! Car la planète sur laquelle ils ont échoué est promise à disparaître dans un feu d'artifice de neutrons. Un beau spectacle et sujet d'expérience scientifique. À condition de ne pas être aux premières loges ! Autre temps, autre monde… L'univers décrit par JOHN C. WRIGHT dans L'œcumène d'Or (rééd. Le Livre de Poche) est beaucoup moins "speed". Il faut dire que ce cycle nous projette dans un avenir lointain, vraiment lointain, qui se confond presque avec l'éternité… C'est une sorte de mythologie du futur tant la technique a effectué un saut "quantique". Évidemment, ça change la donne quant aux conflits humains et à leur résolution. À ce stade, l'équivalent de la peine de mort (sociale) ,dans ce monde où "cohabitent" des entités conscientes biochimiques et électrophotoniques, c'est l'effacement de la mémoire…

ESCAPE. En parlant de mythologie, venons en aux "avatars" de Dune… Jusqu'où s'arrêteront-ils ? Il y avait eu "avant" (La Genèse). Il y a maintenant un "après" qui s'intitule Les Chasseurs de Dune (Ailleurs & Demain). "Co-signée" par BRIAN HERBERT et KEVIN J. ANDERSON, la chose a été élaborée à partir d'une esquisse (oui, une esquisse !) que le maîîîître (Frank Herbert) aurait laissé derrière lui; coupé dans son élan par la Grande Faucheuse sans avoir pu donner une suite à La Maison des Mères… Reste qu'il faut vraiment se gaver d'épice pour ingurgiter une telle somme ! On finira ce rapide survol, sur une autre "séquelle" qui nous a laissé une impression mitigée : La Dimension Des Miracles Revisitée de ROBERT SHECKLEY (Rivière Blanche). Un roman inconnu, son dernier, refusé par moult éditeurs et préfacé par Robert Silverberg ! On y retrouve son style loufoque, qui ravale souvent l'intrigue au second plan, mais dont la saveur n'est malheureusement pas ici à la hauteur de ses meilleurs livres.

L@urent Diouf
rubrique publiée dans MCD #44, janvier-février 2008





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Laurent Diouf aka Wreck This Mess - Paris