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SF / novembre-décembre 2007:

L'ORACLE. Fichage génétique, passeport biométrique, drônes à caméra thermiques… Nous commençons à entrevoir le pouvoir de nuisances des bio-technologies alors que nous n'avons pas fini de mesurer l'ampleur de la révolution numérique… Pas sûr, finalement, que le futur ne soit pas encore écrit. Ce n'est en tout cas plus un mythe, c'est presque une réalité. Et c'est cette proximité qui fait la "force majeure" des nouvelles écrites par GREG EGAN. Objet d'une édition intégrale raisonnée publiée par Le Bélial', Radieux est le deuxième tome de ses nouvelles qui, pour la plupart, sont structurées autour d'un postulat biologique. On pourrait ainsi très bien imaginer que la bio-masse qu'il décrit dans "Paille au vent" existe vraiment, suite à un accident de laboratoire ou autre fausse manip d'une multinationale. Résultat, un bouillon de culture aussi résistant qu'un virus, une jungle en constante expansion que rien ne semble vouloir arrêter. Les politiques envisagent une "réhabilitation thermo-nucléaire", c'est dire la virulence de ce fléau organique qui menace un monde où les ados clignotent déjà comme des lucioles; les modifications génétiques ayant remplacé avantageusement les tatouages et piercing d'antan… En attendant, la "chose", abrite des guérilleros et des narco-trafiquants. Genre zone tribale, version bio-tech… Et un chimiste dissident a décidé de renforcer les effets ce "sanctuaire"… Dans une autre histoire, "L'Eve mitochondriale", Greg Egan brode autour de l'idée d'ancêtre commun et d'identification ADN. De l'importance politique de la paléogénétique… Une thématique de saison. Enfin, dans le texte éponyme de cette anthologie d'exception, il décrit un "piège nécrobiotique" aussi sympathique qu'une grenade à manche. Tous en chœur : c'est la bombe humaine

L'ARCHITECTE. Pour le fun, on peut encore imaginer pire avec CATHERINE DUFOUR qui envisage notre planète d'ici 2 siècles dans Le Goût de l'Immortalité (rééd. Le Livre de Poche). Deux cents ans, à l'échelle de l'humanité c'est à la fois proche et lointain. L'Occident agonise toujours (qu'on en finisse et vite !), le point de gravité de cette société de la post-mondialisation est situé en Chine. Mais le rapport entre les possédants et les "possédés" n'a pas changé… Et le fait que la quasi-totalité de l'humanité s'entasse dans des mégapoles verticales n'arrange rien. Pire, des maladies ré-apparaîssent tandis que la population vieillit inexorablement. C'est d'ailleurs le fond du problème : nous ne sommes pas encore immortels mais, comme le souligne le titre, à force de progrès scientifique et d'allongement de la durée de la vie, nous en avons déjà le goût. Mais le temps passe toujours aussi vite ! Et l'Histoire, c'est bien connu, ne repasse pas les plats : c'est ainsi qu'en 2304, une vieille dame guindée raconte sa folle jeunesse au début du XXIIe siècle, du temps où on trouvait encore du plastique pétrolier, où les femmes portaient des implants mammaires, où l'on bronzait à l'air libreL'air libre ! Une chimère pour la majorité des pauvres hères qui triment au service du régime néo-féodal qui s'est mis en place au lendemain du Grand Hiver… En particulier ces hommes condamnés à servir de rouage cérébral dans un gigantesque calculateur offrant plus de ressemblances avec la machine à calculer de Pascal qu'avec une bécane du XXIe siècle. Un rayon empêchant périodiquement toute avancée high-tech tandis qu'un "appel" hypnotise régulièrement tous les êtres vivants à sa portée. Les victimes finissant par disparaître mystérieusement. Tel est le monde décrit par SEAN McMULLEN dans Les âmes dans la grande machine dont le deuxième tome, Les Stratèges, vient d'être réédité (Le Livre de Poche).

LE LAPIN BLANC. Prenons de la hauteur, quittons cette misérable terre pour aller faire un tour dans les étoiles. Mais attention, ce genre de voyage n'est pas sans danger malgré une technologie bien maîtrisée. Prenons par exemple la destinée de Cal. C'est un petit garçon qui se trouve à bord d'un cargo intergalactique dont l'objectif, le fret et l'architecture ne sont pas des plus conformes… C'est sans doute cela qui lui vaut d'être torpillé une fois en vue de la station où il devait accoster. Son père disparaît dans la tourmente, mais Cal a le temps d'échapper au désastre en prenant place dans une navette de survie en compagnie de sa nourrice. Ils s'écrasent peu après sur une "planète prison". Son ange gardien ne survivra pas aux sévices infligés par les barbares qui peuplent ce continent en perdition. Il deviendra leur souffre-douleur, grandi puis part à l'aventure. Au travers du Cimetière des Saints(Le Bélial'), RICHARD PAUL RUSSO nous raconte sa "longue marche" pour parvenir à s'affranchir de ce funeste sort et des différentes tribus qu'il rencontre sur son chemin comme les "résurrectionnistes" qui recherchent des vestiges extraterrestres… Même sans s'écraser, un vaisseau spatial peut devenir un piège insidieux et dangereux. C'est en substance, l'axiome qui sous-tend la Croisière Sans Escale de BRIAN ALDISS (rééd. Folio SF). Au fur et à mesure de l'intrigue, on réalise en même temps que les personnages que le décor dans lequel ils évoluent est en fait une arche stellaire qui a touché son but depuis longtemps… Un grand classique. Tout comme Rayons pour Sidar de STEFAN WUL qui met en scène des monstres et des robots, tendance série B, et la fresque guerrière de JACK WILLIAMSON, Ceux de la Légion — dont le 3e volet Seul Contre La Légion est également réédité chez Folio SF.

L@urent Diouf
rubrique publiée dans MCD #43, novembre-décembre 2007





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Laurent Diouf aka Wreck This Mess - Paris