WRECK THIS MESS > CHRONIQUES - LIVRES > SCIENCE-FICTION > RUBRIQUES > ACTUALITES 11/12 - 06

SF / novembre-décembre 2006:

Dix-huit. C'est le nombre d'histoires que contient Axiomatique de GREG EGAN. Chacune d'elles est une petite bulle d'étonnement psychologique et de dépaysement technologique. Une singularité au milieu d'un océan de thématiques. Dans le genre inventaire à la Prévert, nous avons ainsi le récit d'un enlèvement "à venir" mais dont la probabilité est énoncée par l'existence (prohibée) de scanner d'identité, d'un "cristal qui songe", de modifications génétiques qui créent un eugénisme d'un nouveau genre, d'un applicateur neural permettant d'affronter "sereinement" le grand saut dans l'au-delà (il est à noter que chez Egan, les implants s'enfoncent vigoureusement dans la narine… ), d'un homme enceint et, inversement, d'une femme temporairement porteuse du cerveau de son mari en attendant une greffe "corporelle" (la "gestation" étant estimée à 2 ans), d'un virus plus redoutable que le VIH, de distorsions temporelles qu'il s'agit de conjurer en éliminant des personnes indésirables (enfin, si possible… ) et d'un protocole d'échange corporel ouvrant de nouvelles perspectives sexuelles… Ca vous a plu, hein ! Vous en voulez encore ? Et bien, sachez que Le Bélial devrait publier 2 autres tomes de nouvelles de cet auteur, connu pour son roman La Cité des Permutants, dans le courant 2007 / 2008…

Sept. C'est le nombre d'auteurs que l'on retrouve sur l'anthologie AUX LIMITES DU SON (La Volte). Les initiés l'auront deviné, cet intitulé renvoie au collectif Limite qui regroupait dans les années 80s des auteurs français à la recherche d'une autre forme d'écriture pour la SF. Ils publièrent une anthologie, Malgré le monde, qui agita à l'époque quelque peu le microcosme… Vingt ans plus tard, ils se reprennent au jeu — à l'exception d'Antoine Volodine (ouh !) — sur un thème donné: Limites sonores et vertus de l'inaudible. En fait, sur la forme comme sur le fond, la science-fiction "baroque" de Jacques Barbéri, Francis Berthelot, Philippe Curval, Lionel Evrard, Emmanuel Jouanne, Frédéric Serva et Jean-Pierre Vernay (ouf !) entre en résonance avec l'écriture musicale… Et c'est la raison pour laquelle, ce livre se double d'un CD où quinze formations de musique indisciplinée (feat. D.D.A.A., Palo Alto, De Mange Machine, Laurent Pernice, Nouvelles Lectures Cosmopolites, Denis Frajerman, La Société des Timides et des Oiseaux, Human Flesh… !) ont créé des titres en "correspondance" avec les textes.

Trois. C'est le nombre de frères siamois reliés ensemble par les os du crâne et de fait condamnés à se partager le même cerveau. Ce qui ne les empêche pas de hurler… Puisque l'on parlait de transfiction, avec ce Choeur d'enfants maudits (Folio SF) vous allez être servis ! Fidèle à sa réputation — enfin, c'est une façon de parler car il n'est pas très connu — TOM PICCIRILLI donne dans l'horrifique, le fantômatique et l'humour macabre… Restons avec des "freaks" grâce à BRADBURY dont Folio SF réédite La foire aux ténèbres. Sombre histoire de "Barnum initiatique" — dont Jack Clayton tira un film en 1983 — qui mêle évènements traumatiques, ronde inversée du temps et ambiance poétique… ADAM JOHNSON est beaucoup plus brouillon dans sa manière de raconter des histoires. Son roman Des parasites comme nous (Denoël / Lunes d'Encre), orné d'une couverture qui conviendrait aussi à un ouvrage du regretté Douglas Adams, nous confronte aux états d'âme d'un professeur d'anthropologie dont l'aura s'est ternie. Sa petite vie va dérailler le jour où un de ses étudiants fait une découverte capitale qui s'avèrera encore plus folle (et dangereuse) pour l'humanité que tout ce qu'il avait pu imaginer. XAVIER MAUMEJEAN met également en scène des hommes de science. Mais de l'époque des Lumières. Qui plus est des personnages réels (La Mettrie le théoricien de l'homme-machine, Fragonard l'anatomiste, Vaucanson le constructeur d'automate) qu'il enchâsse dans une intrigue imaginaire, revisitant au passage avec brio le mythe de Frankenstein: La Vénus anatomique (rééd. Le Livre de Poche).

Deux mille vingt-deux. C'est le nombre de pages cumulées des deux tomes de la réédition quasi-intégrale chez Denoël / Lunes d'Encre du célèbre cycle de la Fondation d'ISAAC ASIMOV. Quasi-intégrale car, comme il est spécifié dans l'avant-propos, les avatars n'ont pas été retenus. Exit donc les "flashbacks tardifs" (Prélude à Fondation et L'Aube de Fondation), pourtant écris par le maître mais peu significatifs, et les suites posthumes pondues par ses élèves (Gregory Bendford, Greg Bear et David Brin… ). Il "reste" néanmoins ces deux énormes pavés regroupant les 5 livres fondamentaux de ce space-opera tentaculaire qui s'étire sur des millénaires. Soit l'histoire séquentielle et séquencée d'un empire intergalactique menacé d'éradication, où le psychisme est aussi important que le technique… Evidemment, à côté, les aventures sidérales de Flandry, défenseur de l'empire terrien paraissent presque fades… Elles sont pourtant narrées par POUL ANDERSON, un pionnier du genre, comme chacun sait. Les deux récits rassemblés sous ce titre — Un cirque de tous les diables et Les mondes rebelles— se rattachent à une série usant du même héros. On passe un bon moment à la lecture des péripéties — planètes et civilisations inconnues, guerres et inventions technologiques, extraterrestres et intrigues à tiroir, etc. — qu'il rencontre en sillonnant à bord de son vaisseau spatial un empire sur le déclin, en proie à toutes sortes de menaces. L'opéra cosmique se conjuguant également à la française, on en profitera pour signaler la parution d'Orchéron (J'ai Lu) de PIERRE BORDAGE, autre grand conteur devant l'Eternel. Il opère une rupture avec Abzalon (qui précède ce nouvel ouvrage) en nous projetant huit siècles plus tard. L'histoire commence donc avec les lointains descendants de ceux qui ont échoué sur la planète Estérion… Ils ont régressé socialement et technologiquement. Et se sentent curieusement menacés par un jeune homme sans histoire. Mais c'est peut-être là le problème et la racine des "pouvoirs" que celui-ci semble détenir.

L@urent Diouf
rubrique publiée dans MCD #37, nov./déc. 2006





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Laurent Diouf aka Wreck This Mess - Paris