WRECK THIS MESS > CHRONIQUES - LIVRES > SCIENCE-FICTION > RUBRIQUES > ACTUALITES 03/04 - 06

SF / mars-avril 2006:

Ah ah ah ah… Au sens strict, c'est un drôle de pamphlet que vient de commettre, à 83 ans bien sonné, KURT VONNEGURT : Un homme sans patrie (Denoël & Ailleurs). Un livre de souvenirs et d'impressions. Presque un testament. Connu du grand public pour Abattoir 5 adapté au cinéma par George Roy Hill en 1972 et des aficionados de la SF pour ses romans satiriques comme Le pianiste déchaîné et Le breakfast du champion, il porte aujourd'hui un regard franchement désabusé sur son pays, les États-Unis. Sardonique. À un type qui lui écrit pour l'invectiver sur ses prises de positions contre la guerre d'Irak et son inaction supposée, il répond: s'il vous plaît, pour notre salut à tous, achetez un fusil à pompe, calibre 12 de préférence, et dans votre quartier faites sauter la tête de tous les gens… En préambule, il dispense quelques "conseils aux jeunes littérateurs" : n'employez pas de points-virgules. Ce sont des hermaphrodites travestis qui ne représentent rien. Tout ce qu'ils font, c'est de révéler que vous êtes allés à l'Université. Sarcastique, il poursuit : je me rends compte que certains d'entre vous ont peut-être du mal à décider si je plaisante ou non. Dorénavant, je vous dirais quand je suis en train de plaisanter. Par exemple, engagez-vous dans la Garde Nationale ou les Marines et prêchez la démocratie. Je plaisante. Nous allons être attaqués par Al Qaida. Agitez des drapeaux si vous en avez. Il semble que ça leur fasse peur. Je plaisante …

Hi hi hi hi… Cela dit, la branche humoristique de la science-fiction est en deuil avec la disparition en décembre dernier de ROBERT SCHECKLEY. Immense auteur qui restera au Panthéon du genre, aux côtés de Fredric Brown et Douglas Adams, avec des ouvrages comme Le robot qui me ressemblait, Et quand je vous fais ça vous sentez quelque chose ?, Pélerinage à la terre, La dimension des miracles, etc. Il fut lui aussi très caustique vis-à-vis de la société, notamment en dénonçant avant l'heure les excès de la télé-réalité avec Le prix du danger, transposé au cinéma par Yves Boisset. Mais la relève semble malgré tout assurée avec des gens comme Greg Costikyan (Space OPA), Rudy Rucker et ROLAND C. WAGNER qui, en marge de ses Futurs mystères de Paris, s'aventure avec brio sur ce terrain avec L.G.M. (Le Bélial'). Mélangeant uchronie (ce n'est pas L'URSS qui s'est délitée mais les U.S.A. dont les états refont sécession) et dérision (une sonde réussit à photographier une entité martienne mais elle lui tire la langue), on suit les tribulations d'un agent spécial français chargé de prendre contact avec ce martien qui vit reclus dans une communauté de hippies, goûtant aux joies du sexe, de la drogue, de la physique quantique et du rock-n-roll …

Eh eh eh eh… Franche rigolade également avec BIFROST qui nous livre dans son numéro 41 ses Razzies 2006. Soit, comme chaque année, le "meilleur du pire" (couverture, traduction, nouvelle, roman, éditeur, etc.). Mais le dossier principal de cette édition est centré sur Christopher Priest : copieuse interview, bibliographie détaillée et une nouvelle à la clé : "Haruspex". L'histoire débute par la livraison, par une pitchoune en Bentley, d'un "colis suspect" dont on ne sait — on ne veut — pas trop savoir la provenance. Ni le goût des boulettes de chair grisâtre qu'il contient … Mais revenons à nos humours … Saignants, comme toujours avec GLEN COOK et de nouveaux épisodes des annales de La compagnie noire : Soldats de pierre (tomes 1 + 2, L'Atalante). Miracle, Toubib, que l'on croyait définitivement occis, a repris du service comme scribe après avoir été sorti des limbes où il moisissait. Mais c'est toujours la guerre au Pays des Ombres … Volesprit, les Félons et la Fille de la Nuit n'ont pas dit leurs derniers mots. Ni lancé leurs derniers sorts … Chez le même éditeur, TERRY PRATCHETT entame une nouvelle Ronde de Nuit avec équarisseurs, malandrins, dames à l'affection négociable … et faille temporelle ! C'est le 28e volet de ses célèbres Annales du Disque-monde. Un barnum iconoclaste à juste titre qualifié de fantasy burlesque. Que dire d'autre …

Oh oh oh oh… Question nouvelles, on relira l'intégrale de ROBERT SILVERBERG qui continue d'être rééditée en poche, chez J'Ai Lu, après avoir fait l'objet d'une parution il y a 3 ans en grand format dans la défunte collection Imagine de Flammarion chapotée par Jacques Chambon (R.I.P.). En cette saison, c'est le tome 3 qui refait surface : Voile vers Byzance 1981 - 1987. Période prolifique : pas moins de 950 pages et des textes incontournables comme "L'homme qui flottait dans le temps", "La substitution", "Le chemin du retour", "Les éléphants d'Hannibal", "L'étoile de fer", "La compagne secrète" … Des histoires classiques de voyages dans le temps et dans l'espace, d'informatique futuriste et de délires oniriques. En ce qui concerne justement les thématiques récurrentes de la science-fiction comme, par exemple, celle des mystérieuses arches stellaires (cf. A.C. Clarke, G. Bear, F. Pohl, etc.), on replongera dans les coursives du gigantesque artefact imaginé par LARRY NIVEN : Les ingénieurs de l'Anneau-Monde (Mnémos). C'est la suite de L'Anneau-Monde, "vingt ans après" … Sauf que là, il ne s'agit pas du retour des Mousquetaires mais de contrer un "marionnettiste" qui souhaite s'emparer des secrets laissés par une civilisation extraterrestre disparue.

Hu hu hu hu… L'ombre d'une immense nef plane aussi sur la terre dans le roman de ROBERT CHARLES WILSON, Le vaisseau des voyageurs (Folio SF). Les voyageurs en question n'étant pas très prolixes … Mais ils finissent par proposer un deal : ni plus ni moins que l'immortalité ! Sans que l'humanité ne sache très bien quelle en sera la contrepartie, si ce n'est justement qu'après cela, elle ne sera plus très humaine … Mais l'homme étant viscéralement veule et cupide, les réfractaires ne sont pas nombreux. C'est leur parcours semé d'embûches que nous raconte Robert C. Wilson. Pour sa part, JAMES BLISH nous parle d'Un cas de conscience (Folio SF). Celui auquel sont confrontés 4 scientifiques qui adoptent "à l'insu de leur plein gré" un embryon issu d'une planète ressemblant à un Eden. En apparence seulement car leur petit protégé se transformera vite en une "exo-racaille" redoutable. On terminera avec le roman de CHARLES STROSS, Crépuscule d'acier (Mnémos). Un space opéra basé sur l'idée de vitesse supra-luminique et de super-calculateur avec, comme il se doit, des affrontements entre puissances intergalactiques. Bonne lecture.

L@urent Diouf
rubrique publiée dans MCD #33, mars-avril 2006





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Laurent Diouf aka Wreck This Mess - Paris