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SF / septembre 2005:

L'oreille contre les murs. URSULA LE GUIN — tiens le « K » a disparu… — était à l’honneur cet été. D’une part avec la parution du quatrième tome du Cycle de Terremer : Le Vent d’ailleurs (Robert Laffont, coll. Ailleurs & Demain). De la fantasy grand teint qui met en scène, selon les canons du genre, des protagonistes en proie à de sombres maléfices dans un archipel où sévissent des dragons incendiaires que seule la sorcellerie peut combattre, of course… C’est à un Archimage, Ged, que devait revenir la lourde tâche de rééquilibrer les choses mais il a fini par abdiquer… Du coup, c’est Aulne, un Raccommodeur de second ordre cauchemardant la nuit (comme quoi…), qui relève le défi avec l’aide incertaine de Tehanu… Évidemment, on est en droit (si ce n’est en devoir…) de préférer les œuvres de pure science-fiction de cette grande dame qui remporta le prix Hugo avec La Main gauche de la Nuit et le Nebula avec Les Dépossédés. Entre autres, car sa bibliographie est constellée de récompenses. On aura un aperçu de son talent dans ce domaine avec Le Dit d’Aka suivi par Le nom du monde est forêt. Des histoires de civilisations galactiques, de choc des cultures et de destinée humaine. Deux courts romans — réédités en un volume par Le Livre de Poche — dont la portée est éclairée par Gérard Klein dans la postface.

Repère dans l'infini. Altérité radicale et « malaise dans la civilisation » sont également les ingrédients de L’oiseau d’Amérique (Folio SF) de WALTER TEVIS. Cet auteur disparu fût tiraillé entre le jeu — L’arnaqueur et La couleur de l’argent, c’est lui ! — et le désarroi extraterrestre : L’homme tombé du ciel, adapté au ciné avec David Bowie sous le titre L'homme qui venait d'ailleurs, c’est encore lui ! Un robot black qui a le blues et développe des tendances suicidaires, un citoyen ordinaire qui découvrent des lectures interdites, une sans-papiers qui refuse de prendre les pilules du bonheur… Ce livre est comparable, pour son atmosphère, son humour empreint de mélancolie et ses situations, à certains récits d’Aldous Huxley, de Ray Bradbury et Brian W. Aldiss… L’enfer, on le sait, c’est les autres. Pour Cull, « l’homme révolté » par excellence, l’enfer c’est Phyllis. Sa compagne d’infortune avec qui il flotte dans un monde à géométrie variable, hanté par des revenants, en attendant la fin ultime… Telle est, en gros, la trame de L’univers à l’envers (Le Livre de Poche) de PHILIP JOSÉ FARMER. Un roman qui préfigure par bien des aspects son fameux cycle, Le monde du Fleuve. De la science-fiction métaphysique, en quelque sorte… Gérard Klein se fend, une fois de plus, d’un texte explicatif en préface où il invoque notamment Dostoïevski, Popper, Dick, Nietzsche, Leibnitz, Moody, Lardreau et Ruyer… « Un Dieu venu du Centaure », c’est aussi le credo de Calculating God (J’Ai Lu) de ROBERT J. SAWYER — mais pourquoi « diable » n’ont-ils pas traduit le titre en céfran, genre « Le dieu calculateur » ou quelque chose comme ça… ? — qui mêle situation abracadabrantesque, enquête scientifique et spéculation déiste.

Aujourd'hui, demain, après. À ceux qui veulent lire (ou relire) des classiques, tendance hard-science, on ne saurait trop leur conseiller de se ruer sur L'Anneau-Monde de LARRY NIVEN qui fait l’objet d’une réédition chez Mnémos. Un archétype. Celui du récit de la découverte d’un immense et inquiétant artefact — cf. Frederik Pohl, etc. — dont on ignore les constructeurs et la finalité… Version rois Mages et Arche de Noé, les survivants de la Grande Apocalypse sont parés pour L’Exode… Une pérégrination que l’on réservera aux inconditionnels de La Terre des origines d'ORSON SCOTT CARD dont la 3e partie est rééditée par J’Ai Lu. Toujours en termes de réédition, on préfèrera La cité du soleil et autres récits héliotropes d’UGO BELLAGAMBA (édition augmentée et révisée par l'auteur chez Folio SF). Soit trois textes qui hésitent entre utopie, uchronie et histoire de la fin des temps (décidément). Restons donc dans des périodes obscures avec XAVIER MAUMÉJEAN qui nous avait déjà bluffé, dans un autre style, avec La Vénus anatomique chez le même éditeur. Ce jeune auteur français, né en 63, diplômé en philo et sciences des religions, nous dépeint désormais des intrigues sanglantes dans Babylone : Car je suis légion (Mnémos). Après ça, on est mûr pour Zémal l'épée de feu — chronique de Tramorée (L'Atalante), le nouveau roman « de sorts et de lames » signé JAVIER NEGRETE qui, lui aussi, nous avait surpris avec une uchronie toute en finesse et détails historiques, Le mythe d’Er. On signalera aussi, la réédition d’un recueil de nouvelles fantastiques — la chose est plutôt rare — présenté par RICHARD CHIZMAR, Au seuil des ténèbres, avec des textes de Poppy Z. Brite, Richard Christian Matheson (le fils de qui vous savez…), Matthew Costello, Jack Ketchum, Edward Lee…

Dans les décors truqués. On terminera ce rapide survol par une question fondamentale : Mickey est-il soluble dans l’humour anglais ? Et réciproquement… Ou, si vous préférez, Hollywood peut-il adapter un chef d’œuvre du non-sens « science-fictionnesque » british ? That’s the question. Enfin, non, la vraie question concerne Dieu, l’univers et le reste, mais c’est une autre histoire… Dans l’immédiat, la terre étant promise à la démolition car placée sur le tracé d’une bretelle d’autoroute spatiale, deux amis dont un natif de Bételgeuse décident de voyager et rechercher le sens de la vie dans un tourbillon de rebondissements burlesques… Le problème est donc : comment un film baptisé H2G2 peut-il transcrire la folie douce de DOUGLAS ADAMS ? En lui rognant les ailes ! La transcription de son roman Le guide du routard galactique — revu, épuré et rebaptisé opportunément Le guide du voyageur galactique par Folio SF sans qu’il en soit fait mention du titre original de la traduction française dans la préface qui pourtant nous avertit que, pour des raisons… blablabla… le mammouth a été dégrossi… — nous fait craindre le pire. Que peut donner ce mélange de Monthy Python, des Marx Brothers et de SF au cinéma ? Réponse en salle depuis le 17 août… Quant à nous, nous délaissons les salles obscures pour aller manger un morceau dans Le dernier restaurant avant la fin du monde…

L@urent Diouf
Rubrique publiée dans MCD #30, septembre / octobre 2005









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Laurent Diouf aka Wreck This Mess - Paris