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SF / avril-mai 2005:

Le dramaturge. Pour mieux mettre en valeur leurs arguments, les partisans du "libre numérique" se plaisent à souligner l'inanité du copyright en matière culturelle. Ces "pirates" caricaturent l'arsenal répressif qui se met en place pour contrer les copies de logiciels et de fichiers musicaux, en imaginant une société où le prêt des livres serait taxé, voire interdit, au nom de la propriété intellectuelle et de la prohibition de l'échange… Extrapolant à son tour cette hypothèse, CLAUDE ECKEN développe une nouvelle où Le Monde serait tous droits réservés (premier récit d'un recueil éponyme préfacé par Roland C. Wagner et publié chez Le Bélial'). Un monde où l'information, du simple fait divers au reportage socio-politique, serait préemptée et griffée par les différents organes de presse; soumise à des contrats d'exclusivité comme n'importe quel autre "produit"… Ce qui rassure, malgré tout, c'est qu'il y aura toujours des objecteurs de conscience, des résistants au nouvel ordre économique mondial. Cela dit, les autres textes, s'ils dépeignent un futur proche pas très réjouissant, explorent des thématiques variées. Il y est ainsi question de sélection génétique, de clonage, de voyage astral via des entités extraterrestres, de trou noir, de cosmonaute à la dérive et d'une dernière auberge avant le grand recommencement…

Les anges de l'ombre. Le monde de THIERRY DI ROLLO n'est, comme d'habitude, guère radieux. Complètement ravagé, même. Un vrai désastre écologique. Rien que le titre, La profondeur des tombes (Folio SF) — de circonstance, me direz-vous… — et nous voici déjà en train d'errer au fond d'une mine, partageant la quête désespérée de Pennbaker. Un garde-chiourme qui évolue, dans ce Germinal post-atomique, en compagnie de sa fille, artificielle, et d'une hyène… Pollution, répression policière, trafic de vidéos, meurtres sanguinaires et villes souterraines  : La foudre au ralenti ne devrait pas déplaire à Thierry di Rollo… C'est l'un des quatre romans du prolifique PIERRE PELOT, figure incontournable de la SF made in France, période 70/80, réédités en un seul volume. Emblème de cette réédition, Delirium Circus (Lunes d'Encre), qui fut gratifié du Grand Prix de la Science-Fiction française en 1978, est structuré autour de la notion d'image. Et de sa fausseté… Un monde truqué, très "dickien". Un jeu sur l'apparence auquel le personnage principal ne veut plus se soumettre mais il n'est pas certain qu'il apportera la lumière au sein de cet artefact en forme de roue à aube… Également couronné par le Festival international de Science-Fiction à Metz 1978, Transit met en scène des "voyageurs immobiles" dotés de facultés pré-cognitives… Mourir au hasard repose sur une thématique classique : quel marge de manœuvre nous reste-t-il lorsque l'on connaît la date et l'heure de notre trépas.

L’ère des miracles. Restons dans des ambiances oppressantes avec GEORGES PANCHARD qui donne dans l'anticipation, entre speculative fiction et thriller, avec Forteresse (Ailleurs & Demain); un récit séquencé selon les protagonistes et les différentes strates temporelles de l'histoire. Autant dire que Georges Panchard nous promet un "à venir" radieux où la mondialisation effrénée, les directives des intégristes chrétiens au pouvoir et les coups de force militaire pour protéger les intérêts des multinationales aux accointances maffieuses rythment la vie de la planète. Mais les puissants qui se terrent dans leur siège social aux allures de bunker ne sont pas à l'abri de complot malgré des dispositif high-tech à faire frémir des fantômes… À une échelle interplanétaire, des manigances politico-financières sont aussi au cœur de l'intrigue tissée par LUDOVIC ALBAR qui clôt son space-opera par un troisième volet intitulé La Coexistence (Mnémos). On y retrouve Lewis Khandra, investi bien malgré lui d'un destin messianique, qui rêve toujours d'un nouvel eldorado alors que la guerre séculaire opposant l'Armée des Ombres aux sbires du Système Uni semble enfin prendre fin… NANCY KRESS conclut, elle aussi, son "opéra cosmique" en 3 actes avec Les Faucheurs (Pocket) qui sont toujours en guerre avec les Humains. Mais ces derniers combattent désormais à armes égales. Des armes de destruction massive puisque chaque artefact à la possibilité de rayer de la carte une galaxie entière et de provoquer de dangereuses perturbations spatio-temporelles. Tout comme Einstein militera contre l'emploi de la bombe atomique après avoir participé à son élaboration, Tom Capelo, un physicien émérite, essaie de convaincre les autorités militaires de ne pas employer telles armes; avant d'être enlevé…

À l’ouest du temps. Autre trilogie, celle du Minotaure de THOMAS BURNETT SWANN; elle aussi rééditée en un seul livre (Folio SF). Soit les pérégrinations de deux fugitifs en Crète et au travers d'une forêt labyrinthique, mystérieuse et peuplée de créatures mythologiques… Cette thématique vous rappelle Robert Holdstock ? C'est normal ! Autre réédition d'envergure, en 4 tomes cette fois, à savoir l'Histoire du Futur de ROBERT HEINLEIN. Un gigantesque tableau constitué de nouvelles et de 2 courts romans dont l'arrière-plan dessine l'avenir de l'humanité (excusez du peu !)… Représentative de l'âge d'or de la science-fiction, cette fresque est un des premier modèle du genre (avec le cycle Fondation d'Asimov et Les Seigneurs de l'Instrumentalité comme il est rappelé en 4e de couv.). Cela dit, pas de digressions historiques ou scientifiques sans fin, ni de paraboles métaphysiques absconses. Ce sont des récits très imagés de missions spatiales plutôt viriles dans des mondes pas forcément pacifiés (on lui doit le fameux Etoiles, garde à vous; i.e. Starfish troopers)… Pour finir, on signalera également la parution du dernier chapitre du Livre de Cendres de MARY GENTLE : La dispersion des ténèbres (Lunes d'Encres). Toujours aux prises avec les Carthaginois qui menacent la Bourgogne, Cendres croit inexorablement à sa victoire malgré la gravité de la situation, tandis que sur un autre plan de temporalité / réalité, Pierce Radcliff s'interroge sur les interactions, physiques et mythiques, causées par les machines sauvages…

L@urent Diouf
Rubrique publiée dans MCD #28, printemps 2005

références:
Claude Ecken, Le monde, tous droits réservés (Le Bélial')
Georges Panchard, Forteresse (Robert Laffont / Ailleurs & Demain)
Ludovic Albar, Quantex 3 : La Coexistence (Mnémos)
Mary Gentle, La dispersion des ténèbres ó Le livre de Cendres 4/4 (Denoël / Lunes d'Encre)
Nancy Kress, Les Faucheurs (Pocket)
Pierre Pelot, Delirium Circus ó + Transit + Mourrir au hasard + La foudre au ralenti (rééd. Denoël / Lunes d'Encre)
Robert Heinlein, Histoire du futur I : l'homme qui vendit la lune (rééd. Folio SF)
Robert Heinlein, Histoire du futur II : les vertes collines de la terre (rééd. Folio SF)
Robert Heinlein, Histoire du futur III : révolte en 2100 (rééd. Folio SF)
Robert Heinlein, Histoire du futur IV : les enfants de Mathusalem + Les orphelins du ciel (rééd. Folio SF)
Thierry Di Rollo, La profondeur des tombes (rééd. Folio SF)
Thomas Burnett Swann, La trilogie du Minotaure (rééd. Folio SF)









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Laurent Diouf aka Wreck This Mess - Paris