WRECK THIS MESS > CHRONIQUES - LIVRES > SCIENCE-FICTION > RUBRIQUES > ACTUALITES 11 - 04
SF / novembre 2004:
ESCARMOUCHE. Craaaaaac ! Ça, c'est le bruit émis
par l'accoudoir d'un fauteuil d'Arthur Conan Doyle qui succombe sous le poids
du professeur J.H. Watson. Il faut dire qu'il tombe de haut. D'un monde parallèle
et il n'a jamais été vraiment de maîtriser convenablement
l'atterrissage spatio-temporelle
Cet univers double qui sème
la confusion dans les esprits, sur la tangibilité du réel
Maigre et violent, défoncé jusqu'aux yeux, Sherlock Holmes fera
son entrée un peu plus tard, de manière beaucoup plus conventionnelle,
en descendant les escaliers puisqu'il se reposait dans sa chambre au-dessus.
L'objet de cette visite impromptue est une série de meurtres, évidemment
mystérieux. Mais leur vrai sujet de préoccupation, outre Jack
l'Eventreur et l'incontournable Moriarty, c'est les Worsh. Des créatures
qui ressemblent à des peluches mais qui détiennent un savoir
faire technologique qui tient presque de la magie pour l'époque. Raison
pour laquelle tout le monde, ou presque recherche leur Arche
THOMAS
DAY s'est vraiment amusé à
"remixer" la vie et la mort de Sherlock Holmes dans L'instinct de
l'équarrisseur, roman réédité par Folio SF.
LA GENERATION FINALE. Ce genre de "détournement de personnages"
est apparemment très prisé par la jeune génération.
Tenez par exemple, XAVIER MAUMEJEAN.
Ce jeune auteur de pièces radiophoniques prend comme figure centrale
de son roman La vénus anatomique,
Julien-Offray de la Mettrie. Un philosophe-médecin du XVIIIe siècle
qui "prêchait" un matérialisme scientifique à
une époque où de telles idées était encore un
blasphème mortel. Son traité le plus célèbre s'intitule
L'homme machine. Ouvrage qui, soit dit en passant, a été notamment
édité chez Pauvert dans la collection Libertés (dirigée
par Jean-François Revel
). Bon, d'accord et après me direz-vous.
Eh bien, ce genre de théorie reposant sur l'idée d'un mécanisme
biologique est un parfait prétexte pour développer un récit
axé sur des monstres créés par quelques apprentis sorciers
voulant jouer les démiurges mais ne réussissant au mieux qu'à
jouer les bouchers
Comme le célèbre Frankenstein, par
exemple
Tout ça en attendant les cyborgs et autres surhommes
ou mutants qui naîtront d'expériences secrètes menées
par l'armée américaine. C'est, en résumé, scénario
du "techno-thriller" de FRANK M. ROBINSON, Le Pouvoir. Enfin,
puisque l'on parle des travaux de laboratoires des docteurs Folamour, signalons
aussi la réédition de La ruche d'Hellstrom de l'incommensurable et regretté FRANK HERBERT qui met en scène des hommes-insectes dont le devenir,
si ce "projet 40" est à même de se développer,
ou plutôt de se reproduire, constituera un danger mortel pour l'humanité.
VISIONS D'ANTAN. A contrario de ces spéculations bio-technologiques, la menace ou du moins l'inquiétante étrangeté de l'espèce humaine peut provenir de sa stagnation, voire régression scientifique Un "feedback" d'autant plus bizarroïde qu'en ce début de troisième millénaire l'homme maîtrise parfaitement le voyage intersidéral. Imaginez donc le désarroi qui saisit le capitaine Gorstein et son équipage quand, partant joyeux pour des courses lointaines, ils tombent sur une peuplade primitives vivant comme à l'âge de pierre sur une planète forestière (savoureuse dénomination) constellée, qui plus est, d'inscription et d'artefacts celtiques Le mythe de la forêt à la sauce celte, vous aurez reconnu la signature de ROBERT HOLDSTOCK et la trame de son nouveau roman publié chez Mnémos, Earthwind. À l'opposé, le "grand maître de la science-fiction", ROBERT SILVERBERG avec Roma Æterna se tourne vers le passé pour brosser une uchronie qui repose sur la pérennité de l'Empire Romain. Postulat de base : et s'il n'avait jamais disparu ? Allez tiens, pour faire bonne mesure, ajoutons que le christianisme est inconnu au bataillon (allelujah !) tout simplement parce que le peuple Juif n'a pas quitté l'Egypte des Pharaons. D'ailleurs, c'est dans l'espace qu'il tentera son Exode Ne soyons pas en reste et précisons qu'un émissaire de l'empereur se chargera de liquider un prophète avant qui ne répande l'Islam (mais que les mécréants ne se réjouissent pas trop vite, le peuple à quand même son opium ) tandis que l'Amérique est laissé à son sort; tout comme l'Inde et la Chine. Le développement scientifique est un peu moins virulent, les guerres toujours saignantes mais cette Pax Romana du 3e type est fragilisée et condamnée par la démesure même de l'Empire
LES INGENIEURS DU COSMOS. Pour conclure, parlons non pas des livres mais de ceux
qui les éditent ! C'est le dossier de la nouvelle cuvée
de BIFROST. Un sujet éminemment
intéressant à l'heure où imprimer et distribuer un livre
est devenu, en tout cas pour les indépendants soucieux de qualité
plus que de quantité, presque aussi périlleux que de presser
un disque
Autre sujet de discorde dans le landernau SF comme
le soulignait Frédérique Roussel dans Libé du 07 octobre
(cf. Fantasy héroïque) une production phagocytée
par de la fantasy de bas-étages (pléonasme diront les puristes
de la hard-science, mais nous ne polémiqueront pas
). Toujours
est-il que les vieilles branches (Gérard Klein, etc.) et les jeunes
pousses (Thibaud Eliroff, etc.) de l'édition française dressent
le tableau d'une situation qui n'est malgré tout peut-être pas
aussi sombre que cela; prouvant ainsi que la science-fiction est encore un
genre en devenir
CONTACT :
Laurent Diouf aka Wreck This Mess
- Paris