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SF / juillet-août 2004:

ERROR 404. Comme Alice Au Pays Des Merveilles de Charles Dodgson Carroll dit Lewis, Peter Pan, la pièce de théâtre de James Matthew Barrie souffre d'une vision enfantine. "La faute à" Disney… Pourtant, sous le vernis du conte pour enfant, ces deux oeuvres mettent en scène des interrogations métaphysiques qui échappent à nos chères têtes blondes (brunes ou vertes, rayez la mention inutile). Comme le souligne Fabrice Colin dans la préface des ombres de Peter Pan, un recueil de nouvelles présentées par RICHARD COMBALLOT, on pourrait discourir sans fin sur le contenu psychanalytique de la pièce… parler du crocodile , de la conscience du temps… de la mort — "Mourir ! Ça, c'est une aventure ! —, des femmes castratrices, des substituts phalliques, des protagonistes doubles… Voire en faire une lecture transversale où se mêle cynisme et modernité, humour caustique (Saloperie de fée ! par Anne Duguël) et réalisme désabusé (Le pays des enfants perdus de Stéphanie Benson). Un parti-pris choisi, notamment, par Sylvie Denis, Ayerdhal, Pierre Stolze (Le dortoir des filles et la deuxième loi de la thermodynamique), Jean-Pierre Andrevon (SuperPan et les morts qui rêvent), Johan Heliot (Idylles du temps des ombres) et Jacques Barbéri (Conte à rebours); pour ne citer que quelques-uns des participants à cette réjouissante anthologie à déconseiller à ceux qui ne sont pas en âge de piloter un vaisseau intergalactique. Avec THIERRY DI ROLLO, il y a des crocodiles ainsi que des lions et des hyènes mais pas de capitaine, ni de fée. Perdus au cœur de l'Afrique, Lhar, Bongo et Dunkey, trois broussards qui suintent la peur et l'alcool doivent par contre affronter un sorcier, ou quelque chose comme ça… En fait, c'est peut-être leur passé et "ça" les poursuivra sans pitié jusqu'en Europe: leur avenir immédiat, ou ce qu'il en reste, dépend de cette étrange créature, mi-homme mi-rhinocéros bleuté. La légende dit que c'est La Lumière des Morts.

ERROR 480. Dans le monde imaginé par JOHAN HELIOT, c'est comme à l'époque de la guerre froide : il y a Eux et… Nous. Sauf qu'il n'y a pas encore de Mur à Berlin. Et il n'est pas certain qu'il y en ait un un jour… Certes son récit, La lune n'est pas pour nous, s'achève en 1938 mais comme c'est le prolongement de La Lune seule le sait — un roman uchronique, tendance steampunk, qui lui a valu le prix Rosny-Aîné en 2001 — on peut craindre le pire. Jugez plutôt : malgré la victoire de Napoléon III sur les Allemands à Sedan en 1870 (!) et l'arrivée d'Extraterrestres durant l'Exposition Universelle de 1889 (pas glop) qui ont fourbit armes et technologies spatiales à la France, la Guerre Totale éclate. Trente ans plus tard, le fascisme règne sur toute l'Europe. Toute la Gaule est occupée ? Oui, et en plus le Führer a littéralement fait transporter tous les monuments à Berlin, ce qui fait que Paris ne ressemble plus à grand chose; bien qu'il reste encore des objets à voler. C'est ce qu'essaiera de faire sans grand succès Léo Malet ! Précédemment, sous la Commune, on croisait Jules Verne… Cette fois ci, il y a Jaurès, Albert Londres, Erich von Stroheim, Trotski… Johan Heliot a toujours eu un faible pour les personnages historiques qu'il intègre aux fictions les plus extrêmes (cf. Pandemonium avec Vidocq)… Et nous, alors ? Et bien la résistance s'organise sur la lune devenue, entre-temps, une nation autonome et libertaire ! Et, à défaut de Guerre des Etoiles, c'est une guerre du "soleil" qu'il va falloir mener pour terrasser la bête immonde et son bouclier électrique…

ERROR 503. Direction la planète rouge avec Le projet Mars. Dans un futur proche, disons au alentour de 2050, on peut imaginer qu'il y aura là-bas une station permanente. Plutôt spacieuse, à la manière d'un centre commercial, c'est-à-dire avec "grand-rue", "plazza" et "bibliothèque" histoire d'adoucir les conditions de vie des pionniers. Là où cela devient vraiment de la science-fiction, c'est lorsque ANDREAS ESCHBACH — souvenez-vous, Jésus Vidéo — imagine des adolescents révoltés qui hantent ces lieux comme en banlieue… Une manière de nous faire partager les déboires d'une poignée de colons dont l'existence est remise en cause par la maison-mère, à savoir la Terre. Pour des raisons économiques et politiques, l'affaire semble entendue mais au dernier moment (ta ta tam !!!), un artefact viendra bouleverser la donne. Diantre, encore les Martiens, j'ai du manger trop de fondue… Mais tout cela n'est finalement encore qu'une histoire de civilisation disparue. JOE HALDEMAN nous emmène plus loin, à la recherche d'êtres multiformes et télépathes qui, les vilains, ont haché menu les membres d'une mission d'exploration aux confins de la galaxie. Des autistes, les bougres, impossible de communiquer avec eux ! Or pour conclure ne serait-ce qu'une trêve, il faut bien se parler. La solution repose sur les épaules (enfin, c'est une façon de parler…) d'un petit "animalcule" extraterrestre aux facultés psychiques hors norme puisqu'il est capable d'établir un Pontesprit (en anglais Mindbridge) qui permet une compréhension mentale immédiate et absolue. Ah, l'inénarrable thème de l'amitié entre les races…

ERROR 530. On terminera rapidement ce survol des littératures de l'imaginaire, en mentionnant Psychohistoire en péril écrit par DONALD KINGSBURY. Une grande fresque inédites en deux tomes que beaucoup, et non des moindres (Gregory Bendford) comparent au cycle Fondation d'Asimov. Un futur lointain où l'homme est suspendu à son "fam", une sorte de prothèse cérébrale qui permet de juguler les émotions et les pensées, etc. En être privé, c'est presque être condamné à mort; du moins socialement. Et c'est bien sûr ce qui arrive au personnage central qui, en outre, possède, tapis au fond de sa mémoire défaillante, la clé qui pourrait changer le destin galactique de l'humanité… Ni plus, ni moins ! Passons rapidement sur le nouvel avatar de Dune, Le Jihad Butlérien, co-signés par BRIAN HERBERT & KEVIN J. ANDERSON auquel on préférera, et de loin, la réédition des deux premiers volume d'un classique de JACK VANCE , La Geste des princes-démons — un space-opéra matiné d'heroic-fantasy — et également ceux des Danseurs de la Fin des Temps de MICHAEL MOORCOCK, une histoire multiple et toute aussi flamboyante où nos lointains descendants, quasi-immortels, s'amusent à voyager au XIXe siècle ou à batifoller avec une Orchidée de Fer…

L@urent Diouf
Rubrique publiée dans MCD #19-20, juillet-août 2004

références:
ANDREAS ESCHBACH, Le projet Mars (L'Atalante, 280 p., 18 € )
BRIAN HERBERT & KEVIN J. ANDERSON, Le Jihad Butlérien - Dune, La Génèse 2 (Robert Laffont, coll. Ailleurs & Demain, 690 p., 23 € )
DONALD KINGSBURY, Psychohistoire en péril I + II (Folio SF, 496 p. + 480 p., 9,90 € + 9,90 € )
JACK VANCE, Le prince des étoiles + La machine à tuer - La Geste des princes-démons 1 + 2 (rééd. Le Livre de Poche, 320 p. + 282p., 6 € + 6 € )
JOE HALDEMAN, Pontesprit (rééd. Folio SF, 304 p., 6,00 € )
JOHAN HELIOT, La lune n'est pas pour nous (Mnémos, 320 p., 18 € )
MICHAEL MOORCOCK, Une chaleur venue d'ailleurs + Les Terres creuses - Les Danseurs de la Fin des Temps, I (rééd. Folio SF, 274 p. + 272 p., 5,30 € + 4,10 € )
RICHARD COMBALLOT présente Les ombres de Peter Pan (Mnémos, 320 p., 18 € )
THIERRY DI ROLLO, La lumière des morts (rééd. Folio SF, 256 p., 5,30 € )





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