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Incite/

INCITE/
fragmentations électroniques

Le duo Incite/ s’est imposé dans le circuit des performances A/V en quelques années. D’abord connu d’un public avide de sonorités abrasives, Kera Nagel et André Aspelmeir ont progressivement synchronisé leur electronica aux rythmiques et saveurs post-industrielles avec des visuels blanc-argentés qui les éclaboussent sur scène…

Incite/ live @ KontraMusik 2007. Photo:D.R.

Des images laissant entrevoir des éléments à la fois oniriques et hyper-réalistes, géométriques et organiques, qui se combinent dans une écriture « semi-narrative ». Leur précédent live-set Dualicities, soutenue par Arcadi et présenté lors du festival Némo, a remporté un prix en mai dernier lors de la 14ème biennale internationale de Media Art à Wroclaw, en Pologne. Pour la saison qui s’ouvre, Incite/ a concocté une nouvelle performance baptisée Zoom Studies qui sera présentée en avant-première, en France, à Issy-les-Moulineaux, dans le cadre des évènements consacrants les 10 ans du Cube. Ils devraient réaffirmer la synergie image/son qui anime chacune de leurs prestations. Une partie de la B.O. de ces 2 performances étant disponible sur leur nouvel album Dare To Dance qui vient de paraître. Entretien.

Incite/ live. Photo:D.R.

De quelle manière Incite/ s’est constitué et a évolué vers des performances audio-visuelles…?
Notre collaboration musicale a commencé comme une expérience — nous avions tous les deux déjà produit de la musique et nous étions rencontrés lors d’un concert de musique électronique expérimentale à Hambourg. Le principal défi était de trouver un terrain d’entente, une façon de travailler ensemble. Nous avons développé un style spécifique d’électronique expérimentale et minimale, puis nous sommes partis en tournée aux États-Unis, au cours de l’été 2003, avec incite/ et nos projets solos.

Peu de temps après, nous avons assisté pour la première fois à une performance « audiovisuelle » dans un club de Madrid où un VJ local était en résidence chaque soir. Il projetait probablement son set habituel — des explosions nucléaires, des silhouettes de jeunes filles en train de danser, ce genre de trucs. Cela faisait diversion, sans aucune correspondance avec la façon dont on percevait notre propre musique. Nous nous sommes rendu compte que les visuels pouvaient vraiment gâcher l’expérience des sons. Par conséquent, l’inverse pouvait aussi se produire, dans une optique positive: nous avons alors décidé de créer nos propres visuels. À petite échelle, d’abord des boucles préparées, projetées en arrière-plan à partir d’un DVD. Cela convenait à peu près, mais nous avons voulu aller plus loin. Fin 2004, suite à quelques expériences incluant des diapositives, on a commencé à utiliser des vidéos synchronisées et à créer notre première séquence AV à l’Ausklangfestival de Hambourg…

Incite/ live @ Cinesthesy 2008. Photo:D.R.

Quelles correspondances établissez-vous entre musique et image…?
Notre principale préoccupation était, évidemment, de développer un langage esthétique équilibré entre sons et images. Nous avons trouvé des motifs abstraits, avec des nuances de gris, pour une illustration parfaite de Mindpiercing notre travail sonore de l’époque. Les visuels reposaient sur des images que nous avions filmées. C’est toujours le cas aujourd’hui : le moindre clip est entièrement créé par nos soins, les séquences filmées autant que le montage. Nous avons conservé la scénographie quasiment à l’identique : nous nous déplaçons devant l’écran, au centre de l’image, derrière une table recouverte de toile blanche. La seule différence, au fil des ans, réside dans l’augmentation significative de la taille de cet écran. Nous avons commencé à intervenir plus régulièrement dans des festivals internationaux à partir de 2006. On a aussi effectué une nouvelle tournée aux États-Unis durant l’été 2007 et affiné notre style visuel vers plus d’abstraction…

En 2007 et 2008 nos performances live ont été récompensées à trois reprises, et en 2009, Arcadi nous a offert l’opportunité de créer un tout nouveau projet live : Dualicities, focalisé sur l’urbain, mettant l’accent sur Paris et Berlin… Visuellement, Dualicities est le premier projet sur lequel nous ayons utilisé des images HD qui créent des possibilités entièrement nouvelles. Le processus est agrémenté d’une pincée de narration — que nous appelons « semi-narration ». Nous avons poussé cet aspect encore plus loin dans la série Zoom Studies, qui, à notre avis, est encore plus immersive. En effet, la visualisation des sons permet au public de faire l’expérience de la musique de manière très différente et lui ouvre une nouvelle « vue » sur notre musique, qui d’ordinaire peut être un peu étrange à l’oreille. Le fait d’esquisser une histoire permet ainsi de focaliser l’attention des auditeurs sur la scène.

Incite/ live @ Nemo Festival 2010. Photo: DR.

Quelle sera justement la thématique de cette nouvelle performance comparée à Dualicities
Peu après la première de Dualicities au festival Némo, en avril 2010, nous avons commencé à travailler sur le projet suivant, Zoom Studies, dans lequel nous avons mis en exergue des points de vue macroscopiques et instauré de nouvelles techniques de travail personnalisées. Là encore, nous sommes allés plus loin dans la semi-narration.

Zoom Studies comprend de nouveaux éléments de composition. Les visuels, uniques, font appel à des techniques allant de la prise de vue image par image à la macroscopie. Les éléments de nos films sont divers : vélos, mannequin-marionnette luttant pour se libérer de chaînes, des flammes d’un incendie ou de verre pilé, esthétique corporelle ou « avatars »… Par ailleurs, nos pièces sont extrêmement détaillées, ce qui constitue un bonus pour ceux qui écoutent et regardent avec attention. Zoom Studies pousse cet aspect un peu plus loin que Dualicities.

Après quelques essais avec la version bêta de nouvelles séquences, nous sommes impatients de montrer l’intégralité de Zoom Studies, en avant-première en France, au Cube ! La séquence commence par un morceau ambient et la beauté d’un lieu sinistre… Musicalement, la pièce progresse vers des « breaks’n’noises » dansant mais peu orthodoxes. Visuellement, il s’agit d’une exploration macroscopique de différents sujets…

Quelques mots sur votre prochain projet…
Maintenant que Zoom Studies est représentée sur scène, nous travaillons sur un nouveau projet live qui est prévu pour l’automne 2012. Il porte sur notre ville natale de Hambourg et fusionne les expériences de Dualicities et Zoom Studies à un autre niveau. Il s’agit d’une sorte d’urbanité 2.0 avec des influences macroscopiques. Vous y verrez même davantage de « semi-narration » et nous sommes en train de composer une musique spécifique qui emmènera incite/ encore plus loin.

propos recueillis par Laurent Diouf
publié dans Digitalarti Mag.#07, octobre / décembre 2011

> www.incite.fragmentedmedia.org/