«

»

La Fête Techno

fetetechnoLA FÊTE TECHNO

Pas facile de restituer l’épaisseur, la chair, d’un « phénomène social total » au travers d’un discours universitaire.
Le regard analytique et distancié que suppose une étude sociologique tranche singulièrement par rapport à la parole « plébéienne » des acteurs dont les témoignages ont été consignés pour valider l’enquête. Le contraste est saisissant, et pas toujours très digeste, même si on est tout à fait conscient des limites et contraintes inhérentes à ce type d’exercice.
La question est du reste vieille comme le monde: faut-il s’effacer derrière un système (Descartes, Kant) ou effacer toute idée de système (Nietzsche, Cioran)…

Sur la forme, en tout cas, en ce qui concerne le texte d’ouverture de l’ouvrage collectif, La Fête Techno, on aurait préféré un discours moins rigide, moins didactique aussi; tant les explications tombent parfois à plat, plombées par l’évidence (le son est souvent poussé à son intensité maximale…/… peu de DJ et de compositeurs de musiques électroniques ont une formation traditionnelle de solfège… etc.).
Ce texte d’Anthony Pouilly — politologue de son état et co-auteur de La Musique Techno: art du vide ou sociabilité alternative ? avec Béatrice Mabilon-Bonfils qui coordonne cette anthologie — est sur ce plan très proche de l’observation ethnographique d’Étienne Racine (Le Phénomène Techno, Imago)…

Parmi les autres intervenants, il y a bien sûr les membres du GREMES (Groupe de Recherche et d’Etude sur la Musique et la Socialité). À commencer par Lionel Pourteau, par ailleurs impliqué dans le Collectif des Sons, qui brosse un tableau des sounds-systems en tant qu’expérience communautaire. Ainsi que Stéphane Hampartzoumian qui s’attarde sur le « paradoxe mélancolique » du teufeur de base… Eh man, tu flippes !? Et Anne Petiau qui, comme Emmanuel Grynszpan, replace la techno et ses dérives hardcore dans une perspective historique.

Maffesoli, dont l’influence plane fortement sur ces jeunes chercheurs, voit dans les teknivals où la jeune génération peut et doit pratiquer « l’expérience des marges » comme un rite initiatique, la mise en jeu (en scène ?) d’un pathos et l’expression de la part d’ombre que l’Occident à tendance à refouler.
Reste que l’on a désormais hâte que la techno soit une musique de vieux ! C’est-à-dire qu’elle soit moins « juvénilo-centrée », pour jargonner comme les professionnels… Que ses spécificités ne soient plus ainsi exacerbées. Que sa singularité et ses codes (sous)-culturels et vestimentaires s’estompent. Qu’aux « creux des apparences », elle ne soit plus qu’une boucle parmi d’autres, après le rock, le punk, la cold-wave, dans le cycle sans fin des processus d’identification générationnelle.

La Fête Techno : tout seul et tous ensemble, sous la direction de Béatrice Mabilon-Bonfils

 

Laurent Diouf
publié dans MCD #18, juin 2004