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Les Nouvelles Fabriques

LES NOUVELLES FABRIQUES
media labs, fab labs, art labs, hack labs…

Depuis quelques années, on assiste à une prolifération de petites structures dédiées à la fabrication d’objets technologiques, généralement sur le mode de l’atelier ludique et participatif, avec une imprimante 3D comme symbole de ce bricolage 2.0…

fablab

Difficile de ne pas invoquer le souvenir des clubs photos des années 70s, puis des clubs informatiques des années 80s : on y retrouve cette même volonté de s’emparer des technologies hors de tout rapport marchand et savoir surplombant, cette même volonté d’autonomie au travers de la réalisation d’un projet high-tech, mais concret, aux contours bien délimités. En trois lettres : DIY (Do It Yourself).

C’est en 1985 qu’est né le concept de « medialab », dans les entrailles du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) sous l’égide des professeurs Nicholas Negroponte et Jerome Wiesner. Laboratoire, parmi d’autres, destiné à la recherche sur le multi-média naissant qui dessine les contours de notre société numérique, le MIT Media Lab devient vite une référence dans le domaine des premières interfaces homme / machine, des premières connections sans fil, mais aussi du design, de l’architecture, etc.

Espace de rencontres, d’échanges et de recherches transdisciplinaires, le MIT Media Lab permet aux universitaires, industriels, artistes, ingénieurs et publics divergents d’échanger des informations, des savoirs et de l’expérience sur des projets convergents. Ce fonctionnement sert de modèle aux autres media labs qui s’inspirent de ce laboratoire pilote.

Ce concept essaime assez vite, y compris hors du circuit universitaire. La finalité du media lab répond à un besoin réel à l’heure où les technologies des objets multimédia sont sous le contrôle absolu des grands groupes industriels : celui de se réapproprier — si ce n’est de ré-apprivoiser — un processus de fabrication, de création, en privilégiant l’échange et la proximité.

Dans un contexte où la technologie est devenue opaque pour beaucoup de personnes, ce changement de paradigme séduit et va aussi donner naissance à autres structures, plus légères, moins formelles, hors du circuit universitaire, plus proche du milieu culturel, pour valoriser et développer des projets — techniques, ludiques et/ou artistiques — nourris de cette culture du libre et du partage en réseau.

Ainsi en est-il des fab labs (contraction de FABrication et LABoratory) qui, comme le terme l’indique, sont des lieux de production, de création à petite échelle, dotés de technologie de pointe (imprimante 3D, etc.), utilisant des composants en licence libre (Arduino), etc.

Chaque lieu offre sa spécificité : La Nouvelle Fabrique (Paris), le Fab Lab BCN (Barcelone), le Protospace (Utrecht), le Aalto Fablab (Helsinki), etc. Il est à noter qu’un fab lab ne se réduit pas à être une petite chapelle dédiée « tout numérique ». Il peut aussi prôner des projets « low-tech » et l’utilisation de matériaux comme le bois, par exemple. Une large place est accordée au prototypage — numérique ou non —, dans l’esprit d’un atelier.

Le fab labs s’adresse aussi bien à un public néophyte, sans connaissances pré-requises, qu’à des designers qui ont besoin d’un espace pour réaliser des maquettes, pour tester des pièces, en faire un petit tirage… Une approche qui s’accorde parfaitement avec les demandes et contraintes de la création artistique numérique qui voit des laboratoires qui lui sont plus spécialement dédiés : art lab.

Les hacklabs ou « hackers spaces » sont plus orientés vers la reprise d’un contrôle des technologies et medias numériques par les utilisateurs eux-mêmes, par une envie de sortir de l’obsolescence programmée et des interventions portées par une vision non pas seulement esthétique mais aussi politique; de préférence libertaire à l’image des pionniers de l’Internet. On peut ainsi citer l’Electrolab à Nanterre, le /tmp/ lab à Choisy, ou bien le F.A.T. Lab (Free Art and Technology) qui fédère un réseau d’artistes, hackers et musiciens, intervenant lors de speed shows où ils montrent le fruit de leurs détournements techniques et débattre de notions et problématiques qui agitent la « websphère ».

Le dernier développement en date est l’émergence d’un « réseau des medialabs ». Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cela n’était pas encore inscrit dans les gènes des fab labs qui donnent plutôt l’impression de bricoler chacun dans leur coin… Après LABtoLab qui regroupait 4 plateformes européennes (Constant, Kitchen Budapest, Medialab-Prado, PING), d’autres initiatives fédératives commencent à voir le jour comme Markery (media for labs). Signe d’une certaine normalisation — d’aucuns diront récupération au vu de la multiplication des fab labs qui sont désormais soutenus officiellement.

 

Laurent Diouf
non publié, 2014