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Étienne Racine

eracineETHNO-TEK

En décryptant « le phénomène techno » selon une grille de lecture ethno-logique, Étienne Racine opère un focus sur une réalité qu’il connaît bien puisqu’il a notamment participé à la Mission Rave de Médecins du Monde.

Au-delà des chapelles musicales et des guerres de clochers qui en découlent, son étude permet d’appréhender la « techno nation » dans sa globalité. Comme « un phénomène social total » dont il nous retrace l’historique, des mythiques soirées à Mozinor jusqu’aux dérives des derniers teknivals. Et cette histoire est aussi un peu la sienne : teuffeur accompli, Étienne Racine a aussi jonglé avec des platines avant de devenir ethnologue.

Avec une distance critique et un vocabulaire choisi, il analyse les symptômes émotionnels générés par la musique (ah, la « surcharge sensorielle » induit par le break libérateur…), le profil sociologique des ravers (qui contraste singulièrement avec celui des lascars de la planète rap…), les figures types voire les archétypes qui hantent tous évènements, la part maudite (dope, flic), la culture et l’économie, le miroir déformant des médias, le sentiment d’appartenance, les trajectoires personnelles et le processus — si ce n’est le problème — de socialisation qui guette inéluctablement avec l’âge…

Mais comme toujours, lorsque l’on cherche à emprisonner le réel dans un filet conceptuel celui-ci a tendance à se déformer, à devenir monstrueux ou insignifiant. « Les mots et les choses »… Il y a un choc de langage entre « les règles de la méthode sociologique » (statistiques, rationalisation des pratiques, description clinique) et les propos rapportés sur le terrain (« ouuuuaaaaaaais !!! tu vois, là, tu t’ dis j’vais m’éclater »).

Autre figure imposée à tous travaux de type universitaire : le glossaire. Outil indispensable pour les profanes, mais absolument rédhibitoire sur la forme. Cela confère un côté « la techno expliquée aux enfants qui débarquent de la planète Mars » pour le moins burlesque. Exemples. « Kiffer: verbe. Terme argotique signifiant « apprécier » : « kiffer la musique », « kiffer l’effet de l’ecstasy ». », « Racaille: nom féminin. Existe aussi « caillera » en verlan. Individus ou groupe d’individus ayant une attitude hostile et agressive ». Et pour finir « Scotché: adjectif. Être dans un état particulier, sous l’effet d’une substance ou non. Ne plus pouvoir se concentrer sur quelque chose de rationnel. « Il est complètement scotché ». Mais cela fera le bonheur des linguistes dans quelques décennies.

Autre inconvénient à déplorer, la piètre qualité des quelques photos couleur en insert au milieu de cet ouvrage; sans doute une maladroite sous-évaluation des dpi… Mais dans l’ensemble, cet essai intéressera tous ceux qui veulent gratter le vernis des apparences. À ranger au côté de la « réflexion sur le son de la free party » d’Emmanuel Grynszpan (Bruyante Techno, Ed. Mélanie Séteun).

 
Étienne Racine, Le Phénomène Techno : club, raves, free-parties, (Imago).

 

Laurent Diouf
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