Installations ou performances live : on croise régulièrement
Servovalve, aka Gregory Pignot en binôme avec Alia Daval, dans les festivals
alliant musiques électroniques et créations multimédia.
Mais cela faisait un moment que l'on n'avait pas conservé une trace de
leurs réalisations; qu'ils n'avaient pas
fixé leurs algorithmes
sur un support physique. Un statu quo brisé par le label Optical Sound
qui vient d'éditer un DVD regroupant un
aperçu du travail
de Servovalve sur la décennie qui vient de s'achever.
Au terme "cartographie" souvent employée pour ce genre de rétrospective,
mais qui renvoie par ailleurs à une idée de surface plane d'où
est absent tout espace souterrain, il est préféré le mot
"taxidermie" pour qualifier l'inventaire de leurs
explorations sonographiques.
L'axe central du DVD est constitué d'un documentaire
réalisé par Joan Giner et Laurent Carlier;
synchro dans sa forme et son montage avec l'univers de Servovalve.
Gregory et Alia nous y expliquent leur démarche, leurs
interrogations, l'arrière-monde dans lequel ils puisent leur
inspiration, les procédés qu'ils
emploient… Le tout, in situ, dans un décor de
friche urbaine où se détachent leurs silhouettes
noires et crânes rasés en contre-jour…
Difficile de cerner par écrit, donc en aveugle, des œuvres par essence
audio-visuelles… Néanmoins quelques mots et formules permettent
de
discerner les ressorts des œuvres de Servovalve :
expérience
sonographique, sensation organique, industriel, infra-subjectif, perception
générative, opération transgressive, logique aléatoire…
Et comme il s'agit vraiment d'une rétrospective, ce DVD offre une "compilation"
des trois principales performances dont chaque
sous-module génératif
et autonome peut être joué séparément,
sans
limitation temporelle… Un CD annexe permettant de les installer sous
forme d'application (PC/Mac). Au "programme", trois
Time Creatures :
"Skrone", "Neon 9" et Public anémie". Soit au total, 24 pièces.
À l'écran, des entrecroisements de lignes de
fuites amplifiées par des bleeps et autres glitches
("Firstliner", "Subaction"). D'autres figures
géométriques, à dominante noir et
blanc, parfois recouvertes d'une texture rouge-sang. Des
éléments découpés,
millimétrés, agencés et
ponctués par des beats tout droit
échappés d'un "marteleur"… Des jeux de
construction / reconstruction "rhizométrique", avec des
bruits évoquant le bruissement d'imprimantes matricielles.
Des conglomérats kaléidoscopiques, sur fond
d'elektro-rythmiques oppressantes et d'ambiances dark… Et
aussi d'étranges créatures, plus organiques
("Ecolon"). Excellent.
LD