C'est Wim Wenders qui le dit :
Made In Jamaica est
un
véritable chef-d'œuvre, la
référence ultime sur le reggae, un pur diamant !
C'est en effet un document rare que
Jérôme
Laperrousaz a réalisé autour des stars des
sound-systems jamaïcains. Ceux que l'on a appelé
tout d'abord les toasters et dont le débit, de plus en plus
rapide, de plus en plus salace aussi (
slackness), donna naissance
ensuite au
dancehall puis au
ragga. Il faut dire que les "rude boys" de
ce début du siècle n'ont plus rien à
voir ni au niveau du tempo, ni au niveau du look et encore
moins au niveau du "message" avec leurs illustres
aînés des années 70s. Malgré
le regain de "conscience" des "bobo-dreads"…
Capleton,
Elephant Man… Aussi clinquants, violents et vulgaires (et
cela est également vrai des "sisters") que leurs cousins
américains du hip hop et du rap, les rois des dancefloors
actuels traduisent une réalité sociale qui, elle,
semble immuable : règlements de comptes et morts violentes
liées au business, pauvreté endémique
et incurie politique, culture de ghetto et aveuglement religieux,
considérations fumeuses et salut par la musique…
Des aboiements de
Bounty Killer à la logorrhée de
Lady Saw, nous sommes loin des pionniers, des grand
"prêcheurs" de l'amour universel que portait le reggae
à son apogée… Le contraste est
saisissant. Et pourtant, certains sont encore là.
Gregory
Isaacs et sa voix de velours, chantant dans la rue, lors de
l'enterrement de
Gerald Levy aka
Bogle, le superbe "Kingston 14 Denham
Town".
Bunny Wailer, Toots… Ô tempora !
Ô mores !
LD