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date/publication: MCD #52, mai/juin 09

I NEVER PROMISED YOU A ROSE
A portrait of David Toop through his records collection (a film by Guy-Marc Hinant & Dominique Lohlé)
(DVD, Sub Rosa - OME)


Ecrivain-journaliste, musicien et musicologue, David Toop est ce qu'on appelle un "passeur". Auteur du livre Ocean Of Sound : ambient music, mondes imaginaires et voix de l'éther (Kargo / L'Éclat), il nous a ouvert "les portes de la perception" sonore, nous faisant prendre conscience de la musicalité du monde.

David Toop ne parlait pas seulement d'ambient, de dub ou d'electronica, mais aussi de musiques "lointaines" ou oubliées. De chants et de borborygmes cryptiques. De la rumeur de la ville et du bruissement de la nature; allant jusqu'à tendre l'oreille pour capter des sons presque imperceptibles comme ceux des sauts de puces sur un parquet ciré…
De fait, on rêvait d'explorer sa discothèque. Un fantasme désormais assouvi grâce à Guy-Marc Hinant (Sub Rosa) qui lui a rendu visite à Londres, sous l'œil de la caméra de Dominique Lohlé. On découvre son salon, clean et clair. Presque zen. D'ailleurs la séance d'écoute commence par de la musique japonaise traditionnelle…

Un disque qu'il a pioché parmi deux rangées de vinyls logées sous son équipement HiFi. Une bonne vieille chaîne stéréo à l'ancienne. On distingue aussi, dans l'angle de la pièce, une étagère murale garnie de CDs. On imagine, "hors champ", dans son bureau ou au grenier, d'autres trésors.
David Toop est très british, pas le genre "kid survolté", bavant d'émotion en exhibant un obscur pressage japonais… Avec flegme, il se lève de son fauteuil pour proposer un disque, en expliquant les conditions de captations. Très important, le contexte à ses yeux. C'est cette "épaisseur du réel" qui fait toute la différence avec les enregistrements studio.

Sur ce plan, rien ne rivalise avec les "musiques du monde". Les vraies. Celles qui conservent enà la fois leur valeur artistique et ethnologique, un peu dans l'esprit "conservatoire" du label Ocora. David Toop commence donc par une série de documents sonores ramenés lors de "voyages initiatiques".
Comme d'autres avant et après lui, il aura le "déclic" à l'écoute de ces gammes "étrangères", de ces sonorités et (dé)constructions si éloignées des canons occidentaux. Seuls peut-être, dit-il, le free-jazz, les "élucubrations" de la poésie sonore et/ou la "no-music" de John Cage atteignent de telles limites dans leurs approches structurales et tonales.

Mais les chants et les incantations des cérémonies shamaniques posent aussi la question des musiques "en voie de disparition", comme les sociétés qui les ont portées pendant des siècles. Et peut-on toujours parler de "musique" lorsque nous sommes "immergés" au cœur d'une longue complainte de moines bouddhistes coréens, lorsque nous percevons le "chant" des baleines, les pleurs des dauphins (cf. John C. Lilly, sur le label ambient Silent en 1994), le coassement des grenouilles ou l'étrange appel de l'oiseau magicien… Dans cet "esprit", lors de ces passages d'écoute, l'écran devient noir, exempt de tout parasitage de la vision.

Certes, dirons les durs de la feuille, mais la musique dans tout ça ? Et bien on y arrive par le biais d'AMM. David Toop exhume un des tout premiers enregistrements de ce collectif versé dans l'improvisation. Leur "musique" — une longue plainte électrique ponctuée de sonorités acoustiques éparses — ressemble à un rituel ensorcelant où les notes semblent obéir à un mystérieux processus aléatoire.
De quoi continuer d'alimenter la conversation sur ce qui fait l'essence musicale, sur la notion d'écoute "active". Une écenoute où l'auditeur est amené à reconstruire un univers sonore à partir des éléments qui lui sont donnés, suggérés.

Nous en sommes là de nos réflexions avec David Toop, dont le portrait est ainsi dessiné en creux, lorsqu'un gargouillis électronique prend "possession" de l'espace avec ses courbes sinusoïdales. Sensation étrange. Ce n'est toujours pas à proprement parler de la "musique" et ce en dépit du titre de cette œuvre de Richard Maxfield : Music For Our Time : new sounds in electronic music (1960).
Puis c'est un 45t que David Toop extrait d'une petite pile. Il dépose la précieuse galette sur la platine, dont il referme consciencieusement le couvercle comme à chaque fois. Surprise, cette fois c'est un vieux blues qui s'échappe de l'appareil. Il enchaîne prestement avec Bo Diddley (cuvée 1959), souvenir de jeunesse, d'un temps où il s'essayait à la guitare et découvrait des univers pleins d'électricité et de réverbérations. Cut.

L'exploration de sa discothèque reprend "doucement" le lendemain matin, un peu dans les mêmes tons avec Porter Wagoner (The Rubber Room, 1972). Il poursuit, l'air de rien, avec une espèce de ballade folk-song, très ricaine, qui se révèle être une comptine sur… l'acide : L.S.D. (made a wreck of me) par Wendell Austin. Dans le genre, sa sélection suivante n'est pas triste non plus avec ses woo ee ah ah woo woo eeeeeeeeh
Puis David Toop s'accroupit de nouveau devant sa chaîne, semble chercher quelque chose, tourne un bouton. Un bourdonnement, genre effet de masse amplifié et déformé, vrille l'atmosphère. On pense à une fausse manœuvre, à un débranchement intempestif… Que nenni ! Il s'agit du morceau Telako de Panasonic qui enfait retenir ses ondes compressées. Saisissant retour à la "no-music". Ultimes secousses d'un parcours "épuisant" au sein d'une discothèque inépuisable… LD
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Laurent Diouf aka Wreck This Mess - Paris