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Crossways

CROSSWAYS
"The Landmark Compilation"
(Thinner)

Une compilation décisive: Gustavo Lamas, Si-Cut.db, Holger Flinsch, Mikkel Metal, Transient, Martin Jarl et Mondfabrik figurent parmi les 27 artistes mobilisés sur Crossways, the landmark compilation. Vous "identifiez le schéma" ? Tant mieux, mais, hum, comment dire… vous n'avez absolument aucune chance trouver cette excellente anthologie dans les bacs !

En effet, comme toutes les productions estampillées Thinner, cette compil est uniquement téléchargeable sur le web. Mise en ligne depuis le 3 mars, c'est la 70ème référence de ce net-label ! Que des exclusivités, cela va sans dire. Et comme son nom l'indique, ce florilège devrait marquer un tournant dans l'évolution de cette structure dont la politique éditoriale force le respect.

Crossways devait à l'origine être le prolongement de Silent Season Dub, une autre compil-mp3 parue sur la toile en septembre 2003. Mais, comme souvent dans ce cas-là, la collecte des morceaux s'est avérée plus aléatoire que prévu. Du moins en terme de style. Et la tonalité s'est principalement infléchie vers l'ambient… De l'ambient soft et mélodieux avec Benfay, Fernando Lagreca et Brian Kage; pour citer d'autres intervenants. Ou au contraire, de l'ambient paradoxalement à la fois noisy et vaporeux avec Solitaire Albread. Ou bien encore de l'ambient avec des connotations abstract-groove pour cause d'infra-basses qui résonnent au milieu de textures lumineuses (Krill.Minima, Lufth, Digitalis, Tlon, Gate Zero…).

Cela dit, le dub "maléfique", lézardé de clicks & cuts et/ou caverneux (deep) est loin d'être absent comme en attestent les morceaux distillés par Martin Jarl, Mondfabrik, Hieronymus, Marko Fürstenberg ("Visions dub"), Xoki ("A forest dub") , Zen Savauge vs. Jason Corder et Boris Heizmann. Enfin, il y a aussi des choses plus hypnotiques et Gustavo Lamas ne se gêne pas pour faire résonner un beat inflexible même si c'est sur un tempo assez lent. Cerise sur le gâteau, Selffish s'est amusé à mixer l'ensemble. Son set de 2 heures — scindé en deux pour une question de poids — est bien sûr aussi disponible en mp3.

Minimal-techno, deep house et click-n-dub : la sainte trilogie est célébrée avec moult variations (porn groove, microhouse, dubtechno et autres digressions post-Chain Reaction…) par une pléiade d'artistes maisons dont Jason Corder, Sectorchestra, Pete Larsen (cf. "Berlin Calling"), Christian Bloch ("Pontiac arrest", "Old soul") et Digitalverein ("Die Heimat tiefe", "Dub sex", "Face the horizon"), Rktic, Curse, Falter, Dolby et Nulleins par exemple… Sans oublier Mateo Murphy, Dick Richard (à qui l'on doit un album, Amanecer, sur Raum Musik) et Eloi Brunnelle vieux routier du circuit des net-labels que l'on avait découverts sur la compil Montréal Smoked Meat publié par Force Inc.

Les audionautes ne s'y trompent pas et le serveur de Thinner commence à donner des signes de fatigue compte tenu de l'affluence croissante ! Il faut dire que ces derniers mois, son catalogue s'est singulièrement étoffPé avec l'arrivée d'artistes réputés comme Mikkel Metal (Kompakt), Holger Flinsch, Dave Ellesmere (auteur de Rites Of Spring sur Kanzleramt), Jeff Bennett et Vladislav Delay ! Que de chemin parcouru depuis la mise en ligne il y a 4 ans de Thinnerism 01 qui regroupait trois titres conçus respectivement par Pheek, Digitalvereinet Thomas Jaldemark; le co-fondateur de cette plateforme indépendante placée désormais sous l'égide de Sebastian Redenz.

Ce dernier est maintenant entouré d'une équipe de 6 personnes, dont Martin Juhls (promo, booking) et Jean-Patrice Remillard (aka Pheek, dont la route a croisé Mitchell Akiyama du label Intr_Version), chargé de l'antenne canadienne de Thinner. Il est à noter également qu'il existe une sous-division dédiée à des productions plus "light", à de l'electronica plus versatile… Baptisée Autoplate, cette filiale compte à ce jour 28 productions ! Et bien qu'elles n'aient pas de support physique, toutes les réalisations de Thinner / Autoplate sont siglées LP ou EP selon le format du tracklisting.

Mieux encore, chaque référence est dotée d'une pochette, comme tout disque qui se respecte : on parle bien ici de productions et non pas de démos… Et ce genre de détail montre qu'associatif peut rimer avec professionnalisme… Web oblige, ces couvertures sont pour la plupart des animations flash (en général des figures géométriques évolutives avec des jeux d'ombres et des déclinaisons de couleurs). Des infos sur l'artiste, doublées de chroniques, et le tracklisting détaillé (nom, durée, volume des titres, etc.) complètent ce dispositif. Pouvant être téléchargés à l'unité ou en bloc, avec les visuels et notes correspondantes, tous les morceaux sont encodés en 192 kbps. Et sont donc proposés gratuitement. Sans restrictions d'usage (radio, mixes).

Laurent Diouf
publié dans Coda, avril 2005