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Cédric Peyronnet

CÉDRIC PEYRONNET + toy.bizarre orchestra
kdi dctb 216

Éditer un CD tous les mois, pendant un an… L’initiative avait déjà été mise en pratique par Raster Noton pour célébrer le passage en l’an 2000… Une idée que Cédric Peyronnet met à son tour en pratique avec la série kdi dctb 216. Soit douze pièces qui traduisent le travail d’entomologiste auquel se livre l’artiste Jude Anderson qui scrute régulièrement 1 mètre carré de l’Atherton Gardens de Yarra, une petite ville en Australie. Ses observations faisant ensuite l’objet d’un travail sonore de la part de Cédric Peyronnet, alias toy.bizarre, qui s’apprête à lancer La Rivière. Une autre série, sur 3 ans, autour d’un projet répondant au nom de code k146

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Comment est né le projet de cette série et pourquoi est-il siglé Cédric Peyronnet + toy.bizarre orchestra ?
Tout bêtement d’une rencontre avec Jude Anderson, lors de ma tournée en Australie en 2008, dans le cadre du festival Liquid Architecture. Nous nous sommes rendu compte que, sans nous connaître, nous avions travaillé avec une personne commune autour de la thématique du paysage, et des jardins. J’avais déjà travaillé sur le thème du « m² », d’un point de vue sonore, avec les projets kdi dctb 056 et 009 (et j’y travaille toujours d’ailleurs). C’est cette idée de se focaliser sur le m² en tant qu’échantillon d’un lieu, tout en s’inspirant parallèlement des Jardins Planétaires de Gilles Clément, qui nous a réunis.
Concernant le nom, cela fait déjà un paquet d’années que j’utilise toy.bizarre (kdi dctb 001 est sorti en 1991)… Un peu de changement était le bienvenu, d’autant plus que ce projet était très différent des autres. D’autre part, l’idée était de travailler sur des objets sonores, des « instruments » constituant une sorte d’orchestre que je dirigerai durant les 12 numéros de la série…

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Si j’ai bien compris, Jude Anderson effectue des « relevés » sonores, dans un périmètre bien précis et délimité, assortis de commentaires parlés et écrits, puis tu retravailles tous ces éléments pour construire une pièce de 12 minutes… ?
Non il n’y a pas de relevés sonores : il s’agit uniquement de descriptions écrites — qui figurent sur chaque pochette de la série — de ce qui est perçu (5 sens) et qui sont effectuées chaque mois à une date donnée, dans ce m² au cœur de l’Atherton Gardens à Melbourne. Mes pièces ont donc comme unique point de départ ces descriptions (quelquefois enregistrées). Je compose une pièce avec cette contrainte de 12mn, tous les mois. La pièce est éditée, dans la foulée, sur kaon.
Le projet vise aussi à travailler d’une façon très différente en matière d’édition et de circuit de distribution : pouvoir (enfin) éditer une pièce dès qu’elle est réalisée. Et par l’utilisation d’une forme d’abonnement aux 12 numéros, renforcer le lien avec l’auditeur. Les abonnés recevant une version différente…

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À l’oreille, du moins pour les « data » que j’ai écoutés, cela sonne très expérimental, ambient/noise, acoustique/concret, mais aussi électronique par certains aspects, certains sons ou « accidents » sonores, ainsi que « cut-up » pour le travail sur les voix, etc. En quels termes définis-tu « musicalement » ce projet ?
Pas de réelle direction « musicale », c’est l’orchestre des perceptions qui joue avec les différentes contraintes ;). J’ai défini une palette de sons qui pouvait correspondre au projet et je m’en écarte peu, effectuant des variations sur ces objets selon les observations. Malgré les apparences, les objets sonores sont tous de nature acoustique : actions humaines liées au jardin, éléments liés aux phénomènes météorologiques (pluie, vent), végétal, minéral, objets… Mon travail se positionne sans doute à la marge de tous les « styles » que tu évoques; je n’ai pas de volonté de m’enfermer dans un style, un domaine.

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Tu te décris/positionnes en tant qu’artiste travaillant autour de la phonographie et du paysage sonore. Qu’est-ce qui te motive dans cette démarche de « naturaliste » sonore ?
En fait, je suis très très loin du naturalisme sonore pour ce qui est du sujet réel de mon travail, c’est souvent ce qui déroute par rapport à ces « revendications » que tu cites. Disons que, pour moi, la « phonographie », le concept de « paysage sonore » ne sont que des étapes, des méthodes ou des outils dans le processus qui mène au travail final. Il ne s’agit pas d’une fin en soi… C’est la première phase en quelque sorte : celle qui vise à s’imprégner du lieu (puisque tous mes travaux sont en relation avec un lieu particulier), à l’écouter, l’écouter encore, l’enregistrer, puis l’interpréter.
Mon lien avec la « phonographie » est donc plutôt une forme d’exploration du territoire, de la géographie. Je travaille donc bien « autour » et non « sur ». Le microphone et l’enregistreur restent mes principaux outils et je considère l’enregistrement comme un acte créatif au même titre que la photographie; c’est là qu’intervient la création du « paysage sonore »…

propos recueillis par Laurent Diouf
publié dans MCD #57, mars-avril 2010

Cédric Peyronnet (+ toy.bizarre orchestra), kdi dctb 216 (série de 12 mini CDs édités par kaon entre le 12 avril 2009 et le 12 mars 2010).
Distribution: Métamkine et Ferns Rec.
Site: www.ingeos.org
Label: www.kaon.org

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