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Arts et Nouvelles Technologies

ARTS & NOUVELLES TECHNOLOGIES
liaisons dangereuses

À propos du festival Elektra nous évoquions, dans le précédent numéro de MCD, « la synergie qui existe entre technique appliquée et création ludique »… Une synergie qui se concrétise dans ce que l’on nomme les arts numériques et qui oblige s’interroger sur le statut de l’artiste, d’une œuvre, d’une pratique, d’une exposition, du regard, etc.

 

Un « up-date », si l’on ose dire, de la fameuse problématique posée par Walter Benjamin : au questionnement portant sur l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, nous sommes passés sur celui de « l’œuvre d’art à l’ère informatique et de sa reproduction virtuelle »… Vaste question, donc, à laquelle tente de répondre partiellement un bataillon de profs de fac et quelques artistes à l’invitation de Jean-Marc Lachaud et Olivier Lussac; tous deux professeurs à l’Université Paul Verlaine de Metz, au département Esthétique et Théorie et pratique des arts plastiques. Ils ont consigné les réponses dans un livre tout simplement intitulé Arts et Nouvelles Technologies. Un champ qui englobe net-art, bio-art, art de la scène, vidéo, musiques électroniques… L’objectif étant de réfléchir sur les enjeux soulevés par les liaisons, parfois dangereuses, qu’entretiennent ces arts au risque des nouvelles technologies… À l’origine, ces réflexions critiques ont fait l’objet d’un débat public dans le cadre d’une manifestation organisée en novembre 2004 par le Pôle de recherche Arts, Esthétique et Médiations spatiales du CREM (Centre de Recherche sur les Médiations). Ce sont les actes de ce colloque qui font l’objet de cette publication collective parue cet été.

 

Parmi la vingtaine de contributions, on focalisera notamment sur celle de Roberto Barbanti qui se livre à une sorte d’archéologie du multi-média en remontant à ses origines, récentes. C’est-à-dire il y a 50 ans avec la radio et le magnétophone, pour ses racines techniques. Le pop art et John Cage pour l’attitude artistique. Il exhume aussi une terminologie presque oubliée (intermedia, mixed-media, audio-visuel) qui remet en perspective ce croisement complexe entre éléments matériels, expressifs ou sensoriels différents. Le mot « multi-média » lui-même étant riche de sens et ouvert. En tant qu’adjectif, il est appliqué à de très nombreuses manifestations artistiques dont les caractéristiques semblent parfois diverger totalement. Le happening, la performance, l’installation, certaines formes théâtrales, des sites web [… ] Au milieu des années 1990, ce mot semble trouver dans sa forme substantivée — autrement dit : le multimédia — une sorte de stabilisation et de coagulation sémantique autour d’une seule signification. Avec l’arrivée d’une nouvelle génération d’ordinateurs et de logiciels, une œuvre multi-média était presque devenue synonyme de CD-Rom artistique et un artiste multi-média était celui qui travaillait au niveau informatique sur ce même support ou sur son équivalent on-line. Depuis cette période, la complexité esthétique du concept de multi-média s’est imposée à nouveau [… ] et on a vu l’émergence d’une autre notion, celle d’interactivité qui depuis a pris une importance progressivement croissante. Par ailleurs, tout semble laisser penser que ce concept de multi-média restera ouvert et qu’il sera encore appelé à nommer et à qualifier d’ultérieures manifestations esthétiques.

 

La musique électronique — souvent ambient, ou plutôt « environnementale » et/ou expérimentale — est au cœur du « multimédia », en interaction avec les arts visuels. Jean-Yves Bosseur, compositeur et directeur de recherche au CNRS, tisse l’historique, matériel et conceptuel, des installations sonores. Il voit en Open score de Rauschenberg, proposé en 1996, le « dispositif fondateur » de ce type de propositions. D’autres intervenants auscultent également l’intrusion des nouvelles technologies dans l’univers de la danse contemporaine (cf. Gtrechen Schiller, Le champ kinesthésique et les chorégraphies interactives), du théâtre et plus généralement des « arts de la scène » qui font appel à des images projetées, si ce n’est incrustées (cf. Marie Canet sur Body Double (x) de Brice Dellsperger) ou à de la 3D par exemple. Et s’il y a bien un collectif d’artistes qui symbolise à lui seul toutes les facettes du multi-média, c’est sans aucun doute Dumb Type auquel Florence de Mèredieu consacre sa communication. Cette écrivaine et prof de philo à Paris I rappelle que ce combo, emmené par Shiro Takatani (visuels) et Ryoji Ikeda (sons), met en « œuvre » de multiples éléments (vidéo, texte, musique, danse, lumière) dans ses installations / performances. Mais Pascale Weber parle de sensator (visiteur aux sens sollicités) pour désigner les personnes « confrontées » à ces installations-projections qui ont permis de déplacer la question du médium (vidéo, photographie, graphisme… ) vers celle de la modalité de présentation de l’œuvre : le phénomène de projection, de spatialisation

 

Arts et Nouvelles Technologies, sous la direction de Jean-Marc Lachaud et Olivier Lussac (L’Harmattan / coll. Ouverture Philosophique, 2007)

 

Laurent Diouf
publié dans MCD #42, sept-oct. 2007

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