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ZION TRAIN
sound system
Cela faisait cinq ans et demi que les dub addicts attendaient
fébrilement un nouvel album de Zion Train. Leurs
espérances sont enfin comblées en cette
rentrée avec la sortie de Live As One. Des effets, une ligne
de basse bien épaisse, des cuivres, un skank et de
nombreuses interventions de toasters. C'est un opus très
"vocals & dubs" qui trahit une orientation beaucoup plus "sound
system" que par le passé. Une page s'est tournée
: désormais Neil Perch est seul au contrôle de ce
groupe-phare qui a contribué au renouveau du dub depuis une
quinzaine d'années avec une approche à la fois
roots et electro. Bilan et perspectives en sa compagnie, entre deux
concerts en Croatie et en Angleterre.
What a situation
L'histoire de Zion Train commence à l'orée des
années 90. À cette époque, le dub est
redécouvert par la génération techno.
Parallèlement, des groupes issus de la mouvance "roots,
rock, reggae" impulsent une nouvelle force à ce qu'il est
aussi convenu d'appeler la bass-music. Cette renaissance se manifeste
en Angleterre par l'arrivée d'une pléiade de
musiciens qui surenchérissent dans le genre "new-roots" :
The Disciples, The Rootsman, Alpha & Omega, etc. Tout en
s'enracinant dans cette tradition, Zion Train se démarque
par une approche plus electro, plus "dance". Une tonalité et
un tempo qui ira crescendo sur scène comme au fil de leurs
albums.
Fondé en 1990 autour de David Tench, Neil Perch et Colin
Cod, ce trio sera vite rejoint par une chanteuse, Molara et une solide
section de cuivres. Au départ, ils montent un studio puis un
sound-system et enfin un groupe. Et bien sûr un label,
Universal Egg, sur lequel ils produiront de manière
inattendue des artistes dans une veine ambient-electronica-breakbeat :
Sounds From The Ground, Marineville, Muslimgauze, Penumbra…
Universal Egg est une structure "underground", à la
philosophie très DIY(Do It Yourself) très
affirmée et dotée d'un site Internet au nom
"hyperbolique": Wobblyweb.com. Chose extrêmement rare
à l'époque, ils sont aussi pionniers en la
matière. De nombreux projets parallèles voient
également le jour : PowerSteppers, Tassilli Players,
Extremadura…
Zion Train apporte un rythme et des sonorités plus vives au
dub d'ordinaire plutôt somnambulique… Aux
stridences hypnotiques de leurs premiers disques Passage To
Indica, Great Sportings Moments In Dub, Natural Wonders of The World in
Dub succèdera bientôt des accents
franchement technoïdes (Siren) qui culmineront sur Homegrown
Fantasy. Plus "dance" que dub, l'album suivant, Grow Together,
déconcerte les fans qui ne les suivent plus dans leur
dérive mainstream… Zion Train finira par revenir
à un son plus originel et retrouvera ainsi sa place parmi
les grands noms du dub : paru en 2002, Original Sounds Of The Zionbénéficiera de remixes
opérés notamment par Twilight Circus, Rob Smith,
Vibronics et TransGlobal Underground.
Forward ever
Mais cet album est un peu le chant du cygne… Et le groupe se
délite en 2004 / 2005, après avoir
donné quelques derniers concerts, toujours
mémorables. Neil Perch déménage ses
studios en Allemagne, à Cologne, et s'investit dans son
sound system, Abassi Hi Power ainsi que dans Deep Roots. Une griffe qui
recouvre un label dédié aux 45T avec la version
en face B et une émission radio. Les premiers albums de Zion
Train font l'objet d'une réédition
échelonnée. C'est désormais le seul
signe de leur présence. Mais Neil est bien
décidé à poursuivre l'aventure. Il
ressuscite le nom du groupe qu'il décline
également en sound-system avec des toasters et des
chanteuses. Earl 16, Dubdadda et Marlene Johnson sont ainsi de la
partie.
La parution de Live As One en cette rentrée 2007,
doublée d'une tournée européenne,
témoigne de cette réorientation. Comme nous le
confirme Neil, sur la forme Zion Train n'a pas changé : sur
scène comme en studio, c'est toujours un mélange
d'instruments et de machines. Il y a toujours des interventions vocales
et des cuivres grâce à David Fullwood (trompette)
et Sebastian Harzmann (trombone) fidèles au poste. D'autres
musiciens apportent aussi leur contribution. En particulier Lush de
Nucleous Roots (guitare et basse), Paolo Polcari (claviers) et Vedran
Meniga aux rythmiques. Les compositions étant
mixées live & direct par Neil avec une
pléthore d'effets sur son ordi. Fidèle
à Apple comme beaucoup de musiciens, il travaille sur Mac
depuis le système OS 6 !
Sur le fond, par contre, le son est plus "roots", moins electro que sur
les précédents albums… En d'autres
termes, c'est plus "rough" et chargé de vocaux. De fait,
cela traduit ses préoccupations en tant que producteur et sa
définition du dub comme étant du reggae
psychédélique où la table de mixage et
les effets sont devenus aussi importants que la basse et la batterie,
où l'ingénieur du son est, lui aussi, devenu
aussi important que le chanteur… Évidemment, nous
avons voulu savoir ce que Neil pensait du dubstep et autres "add-on" de
la bass-music. Voici sa réponse: je trouve ça
fantastique. C'est l'oeuvre d'une génération
inspirée par les nouvelles technologies musicales, les
laptop et des logiciels comme Reason… Le dub ne se limite
pas à la Jamaïque des années 70/80s ou
à l'Angleterre des 90s. C'est vraiment une vibration
universelle et le dubstep en est juste la dernière
extension, la dernière version.
Animus mundi
Une vibration universelle, donc mondiale. Neil Perch cite volontiers la
France, la Pologne, le Japon et la Croatie parmi les pays où
la mouvance dub est particulièrement active. Mais il porte
un regard plus mesuré sur la fameuse scène
minimale et dubby allemande : les productions de Rhythm & Sound sont évidemment incontournables, exceptionnelles, mais en
réalité cette scène est
plutôt calme en ce moment, à mon avis,
comparée aux productions dub d'il y a 8 ans. Mais ce qui est
important, c'est qu'ils ne suivent pas, qu'ils ne copient pas, ce qui
se fait en Angleterre mais qu'ils composent quelque chose d'unique. Et
ça c'est admirable. Cela dit, la scène anglaise
est calme également et c'est le dubstep, justement, qui
s'impose actuellement en force.
Quoi qu'il en soit, c'est en Allemagne que réside
désormais Neil Perch. Et il semble y avoir trouvé
un havre de paix et de création: j'ai mon propre studio chez
moi, à Cologne, et c'est ce qu'il y a de plus confortable
pour travailler. Cela peut sembler être un cliché
mais pour composer j'aime bien être relax et laisser
l'inspiration venir… capter et retranscrire
l'énergie créatrice dans de bonnes
conditions… Cologne est également le camp de base
de son sound system, Abassi Power. Une véritable "arme de
guerre" pour propager ses productions : tous les premiers grands
producteurs de reggae-dub ont eu leur propre sound system afin de
promouvoir leur musique. Mais le plus important, c'est que cela leur
permettait d'entendre, de tester, leurs productions dans des conditions
réelles et de voir comment le public réagissait.
C'est pour des raisons similaires que j'ai monté Abassi. Ce
n'est pas un gros sound system, il ne fait que 12kW environ mais je ne
suis pas dans une optique de compétition. Je
préfère la qualité et la
clarté du son. Et les vibrations…
Des vibrations que Neil transmet également via Deep Roots,
le versant radiophonique de son label. C'est une radio sur Internet,
présente 24h/24h, accessible via
www.wobblyweb.com/dr/radio.html. Normalement une net-radio est
tranquillement écoutée à la maison ou
au bureau. Donc, à la différence d'un
sound-system où le tempo et la densité du son
sont très importants, en radio, on peut ouvrir la
sélection et être plus "méditatif",
plus varié au niveau du style… Comme nous le
disions plus haut, Zion Train a investi le web dès le
début de son existence. Une révolution qui offre
la possibilité aux musiciens de diffuser leurs travaux
partout dans le monde, de d'affranchir du contrôle des majors
et, au public, de découvrir de nouvelles musiques. Le
mauvais côté de l'histoire, c'est bien
sûr la difficulté de vendre des disques mais, en
tant que labels indépendants, nous devrons trouver de
nouvelles solutions…
Laurent Diouf
(article publié dans MCD #42, septembre / octobre 2007)
Zion Train, Live As One (Universal Egg)
Photos: © Derek Djons (live à Ekko, Utrecht / Hollande, 2007)
Site: www.wobblyweb.com
Laurent Diouf @ WTM-Paris