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UNIVERSAL EGG : anatomie dun label en 17 planches.
00
Tout a commencé le jour où David... Tench, Neil Perch et Colin
Cod ont été licenciés de leur entreprise. Fans de dub,
ils décident alors dunir leurs efforts et leurs indemnités
pour créer collectivement quelque chose de positif. Rejoint par Rachel
Ninnow et Molara, ils montent un studio, the Wibbly Wobbly World of Music (à
Finsbury Park au nord de Londres) et fondent un sound-system, Zion Train, en
1990. Très vite ils acquièrent une réputation. Leur sound-system
apporte un sang neuf en combinant le passé et le futur. Un son unique.
Le dub de Zion Train puise sa force dans des sonorités roots et ethniques
mais innove en empruntant une acidité et des rythmiques à la scène
techno. Cest cette approche que lon retrouve concrètement
lors de leurs prestations lives. De vrais musiciens cotoîent des machines,
des DJs épaulent des chanteurs, les voix se disputent avec des sirènes
et des effets spéciaux et, sur les tables de mixages, le vinyl est en
concurence avec les cassettes DAT et les CD. Pour conserver une trace de ces
performances, un label est constitué : Zion Records pour la distribution
et Universal Egg pour la production. Au fil des réalisations, le collectif
grossit. Actuellement cest une douzaine de personnes qui en forment le
premier cercle. Les maxis sortent régulièrement, indicateurs des
connections de Zion Train dans le milieu des sound-systems et des tendances
qui sy dessinent : The Ohm Sound System, Random Access, Knights Of The
Occasional Table, Shakra Sound, Tribal Drift. Universal Egg devient multimédia.
Un petit magazine gratuit est édité, "The Wobbler",
dans lequel on trouve entre autre des infos sur divers mouvements concernant
les Travellers, sur les campagnes pour la légalisation du cannabis, contre
le racisme ou bien encore en faveur de la libération de Mumia Abu-Jamal.
Un site sur Internet est mis en place. Un CD-ROM est depuis peu disponible.
Sur le front musical, Zion Train est sollicité pour remixer Gary Clail,
Coil, Psychic TV, Junior Reid, Hawkind, etc. Les dancefloors se mettent au dub
et Zion Train se fait plus club! Ils signent donc avec une major, China Rec.
Si le tournant amorcer par "The Homeground Fantasy" nest pas
toujours convaincant, ce contrat permet en tout cas à Zion Train de poursuivre
fidèlement, hors des impératifs de rentabilité, ses autres
réalisations sur Universal Egg.
Then goto
01. Un nombre incalculable de labels périclitent, ne laissant
derrière eux quune poignée de maxis. Cest pourquoi
la sortie dun premier album est une étape importante, un rite initiatique.
Pour Zion Train, "Passage To Indica" traduit ce moment. Le
livret de ce disque fondateur est presque un manifeste. Le collectif y mentionne
ses multiples influences : King Tubby, Jimi Hendrix, Jah Shaka, Nusrat Fateh
Ali Khan, Consolidated, Suns Of Arqa, Clash, Chuck Berry, The Orb, Baba Maal,
Eric Satie, Khaled, PIL, I Jahman, The Revolutionary Dub Warriors, Muddy Waters,etc...
Les remerciements montrent létendue de leur réseau : Mixmasters
Morris, The Rootsman, Drum Club, Spiral Tribe, Zuvuya, Anhrefn, Leftfield, Salt
Tank, Jah Observer, etc. Zion Train y rappelle ses engagements socio-politiques
mais aussi son sens de lhumour et de la dérision. Les pages de
ce livret sont parsemées de remarques absurdes, genre "Le saviez-vous
?". Une constante que lon retrouve sur la quasi-totalité des
albums et de leur communication (newsletter, etc.). Au dos, une dédicace
à Andy Barnes. Musicalement cet album fera date. Pour beaucoup, "Passage
To Indica" a été un des révélateur de cette
nouvelle scène dub tant adulée de nos jours... Cest un des
premiers disque qui séchappe du créneau dans lequel le dub
était enfermé depuis A. Sherwood et Mad Prof. (cf. Octopus n°3).
Zion Train débarque avec un dub simple et rapide, efficace et accrocheur
avec des stridences inattendues et inhabituelles. Désormais la voie est
libre, beaucoup suivront.
02
Mais
on ne fait pas du dub - même nouveau -impunément. Cest-à-dire
sans se référer à une histoire et à un passé.
Zion Train produit donc dans un deuxième temps lalbum dun
vétéran, Devon Russell, comme si le groupe cherchait à
se mettre en perspective, à senracinner plus profondement dans
le reggae. La carrière de Devon Russell a débuté en 1965
et il a fréquenté tout au long des années 70/80 les endroits
les plus prestigieux en la matière : Studio One, Coxsone, Tuff Gong...
Universal Egg aligne ici sa réalisation la plus "lyric", logiquement
intitulée "Devon Russell Sings Roots Classics". Dailleurs
même les versions sont classiques, y compris celle du titre "Drum
song" où figure pourtant Mafia et Fluxy. Comme pour enfoncer le
clou, une liste de 100 références reggae fait la part belle aux
dinosaures : Horace Andy, The Gladiators, The Twinkle Brothers, Johnny Osbourne,
Freddie McGregor, Gregory Isaacs, Israël Vibrations, The Viceroys, John
Holt, The Abyssinians, etc. Respect.
03
Délivré du péché originel, Zion Train repart vers
de nouvelles aventures. "Great Sporting Moments In Dub" renoue
avec le travail de leur premier album, en plus aboutit. Un dub nerveux et musclé.
Les thèmes sont déclinés en plusieurs versions. Un album
marathon où les morceaux senchaînent à un train denfer,
direction le mont Zion!
Tableau n°04 Regards dans le rétroviseur. "W.W.W.M., Archive Volume 1". A mi-chemin entre le bilan et les fonds de tiroirs, cet opus regroupe des morceaux qui témoignent du travail multidirectionnel de Zion Train. Un "work in progress" rétro-actif. Collectors pour les fidèles. On y trouve des démos, des premières prises, des mixes différents, des lives, les premières excursions vers la scène techno/dance. Vraiment des archives.
05
Retour vers les grands espaces. "Natural Wonders Of The World In Dub".
Chlorophylle et THC : un album aux multiples ramifications écologiques,
dédicacé aux sept derniers rhinocéros noirs du Zimbabwe.
Sinon, R.A.S. Même schéma : structures exponentielles pour des
versions dub livrées en deux ou trois exemplaires.
Rapport n°06 : un homme libre fait de lentrisme. Son nom : Dougie Wardrop. Cet ami de (Nick) Manasseh fonde avec Paul Davey un groupe : The Bush Chemists. Avec laide de deux autres personnes, il lance un label : Conscious Sounds. Ils développent, eux aussi, un compromis entre la technologie et lapproche "old school" mais au final cest un album dub un peu plus conventionnel que ceux de Zion Train. Néanmoins, avec "The Bush Chemists : Strictly Dubwise", cest une autre tribu - sound-system et label en bandoulière - qui rejoint léquipe de Zion Train. Universal Egg devient un village...
07
Dernière balise avant mutation. "Siren" est lalbum
le plus techno-dub-tribal-dancefloor de Zion Train réalisé sur
leur label, lultime avant leur émigration vers China Rec. Mais
David, Neil et Colin sont toujours au contrôle dUniversal Egg. Zion
Train nétant quun des pseudos masquant leur association.
Nos trois lascars continuent de prendre en charge - y compris musicalement et
parfois en se cachant derrière - de nouvelles formations quils
placent progressivement en orbite sur Universal Egg.
08 ou la démonstration. "Lead With The Bass" est la première compilation dUniversal Egg. Un album entièrement dédié aux sound-systems, qui essaie den restituer lesprit. Pochette sombre et atmosphère moite : hardcore dub. A tout seigneur, tout honneur : Jah Shaka grand consommateur de dubplates est représenté par The Disciples. The Bush Chemists et The Israelites constituent la délégation de Conscious Sounds tout en assurant la liason avec Jah Trinity, Abashanti et Armigideon. Laile dure est symbolisée par Iration Steppers, alias Mark Iration qui travaille également pour le Zion Train Sound (system). Enfin, la première mouture de Power Steppers est esquissée par David, Neil et Colin.
09
Bis. Une autre compil qui essaie cette fois de rendre compte dune ouverture
musicale. "Sound Information Volume One" est assez ambient
avec quelques tempos trip-hop mais le climat reste dub. La preuve par neuf puisque
lon y détecte la reprise de thèmes de Zion Train, notamment
par Zephyrus, au détour des huit titres composés également
par Verdi, Path, Spacehead, Space et Extremadura.
Scène 10 Acte deux pour Conscious Sounds. Cette fois ci cest Centry, soit Dougie Wardrop, Nigel Lake et Chris Peter par ailleurs fondateurs de cet autre label, qui bénéficient de la production de Zion Train. Percussions, vocaux, mélodica, trombone et saxophone, on retrouve tous les ingrédients propre à une sélection dubwise. "Centry In Dub : Thunder Mountain" est conforme à cette optique.
Level 11 "The Tassilli Players : The Wonderful World Of Weed In Dub" est un album à fumer, dont les titres sont en vente libre à Amsterdam! Un disque qui est censé avoir été conçu par un certain D. Hake mais dont le son et les riddims sont trop proches de ceux de Zion Train pour que lon ne soupçonne pas notre trio dy être pour plus que la simple assistance technique.
Compte rendu
n°12 Lénigme : "Bob Charlesworth : Music For
The Third Ear". Un album qui a été "herbasonically"
enregistré par Robert C. et qui est destiné à la méditation,
voir aux expériences médiuminiques ! Certes, mais pas le moindre
résidu de dub, les vibrations sont à rechercher ailleurs que dans
la basse. Un comble! Piano, voix et nappes synthétiques à écouter
à température ambiante. Un disque qui aurait pu figurer chez Fax
(Peter Namlook).
Prélèvement n°13 : nada! Bientôt le XXIème siècle mais, comme chacun le sait, "lOccident retrouve son Afrique intérieure"... Il ny a donc pas dabonné à ce numéro!
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ou lâge de raison. Universal Egg se bonifie. "Sounds From
The Ground : Kin" ou lalliance entre des sonorités aériennes
et chtoniennes (qui viennent de la terre). Après une première
apparition sur une des fameuses compil "Ambient Dub", Eliot Morgan
Jones et Nick Woolfson concoctent grâce à Zion Train un premier
album très riche et tout en finesse, rond et éthéré.
Ils sinscrivent dans la lignée de leur homologue dHigher
Intelligence Agency (Oscillate pour la version sound-system) et ce nest
sans doute pas un hasard si tous ceux - ou presque - qui sont passés
chez Beyond Rec. soriente dans cette voie. Cf. The Insanity Sect.
Argument n°15 Power Steppers est maintenant sur pied. Zion Train a confié à G. Sturgeon le soin de maîtriser la puissance de ce projet. "Power Steppers : Bass Enforcement", cest des basses comme si il en pleuvait et des rythmiques assez speed qui garantissent lappelation hardcore dub. Un visa pour les sound-systems. Dub puissance dix. Bass in your face!
16 ou le syndrome de Christophe Colomb. "All The World In An Egg" est une compil-découverte pour tous ceux qui ne connaissent pas encore le nouveau monde dUniversal Egg.
17
"Lead With The Bass II", le retour : avec Power Steppers Iration
Steppers, The Disciples et... Fin provisoire de lanalyse.
Merci à
Alistair & Dave.
Laurent Diouf
article publié dans Octopus n°? en 199?
contact: Wreck This Mess