WRECK THIS MESS > ARTICLES > TRENTEMØLLER

TRENTEMØLLER
chroniques du temps qui passe

Pratiquement un an jour après la parution de son premier album — The Last Resort, unanimement salué par la presse et le public — et en attendant le prochain qu'il commence juste à ébaucher, Trentemøller nous propose une sélection mixée de ses meilleurs titres. Intitulé The Chronicles, ce recueil est en outre agrémenté d'une collection de remixes conçus aussi bien pour Moby ou Röyksopp que Mathias Schaffhauser (Wäre)…

Émaillée de raretés et d'inédits, cette anthologie met en perspective l'évolution et les multiples directions du travail d'Anders Trentemøller sur les cinq dernières années. En quelque sorte, des "chroniques du temps qui passe"… Un carnet de bord qui oscille entre electronica parasitée, broken-beats synthétiques et "bleepiens" pour ensuite musarder sur des rythmes un peu plus soutenus ou "linéaires", si ce n'est clubby (vocaux à l'appui), et finir sur de l'elektro fleurant bon les années 80… Le tout avec, parfois, des incrustations expérimentales, pop ou acoustiques ! Les remixes proposés sur le 2e CD élargissant encore cette palette sonore avec des morceaux flirtant avec le hip hop (Robyn, Sharon Philipps, Tomboy) et même l'electro-world (Djuma Soundsystem) ! Faut-il préciser après cet inventaire que Trentemøller ne saurait être catalogué dans la catégorie techno minimale et dubby pour laquelle il avait été encensé par le passé (cf. "Evil dub") mais qui est trop réductrice au vu de l'ampleur de ses compositions. Tout juste auréolé d'un Ibiza DJ Award dans la catégorie électro, Anders Trentemøllerest désormais le chef de file de cette scène au Danemark, sa terre natale. Et un des artistes majeurs du label Poker Flat où figurent notamment des personnages comme Märtini Brös., Håkan Lidbo ou Jeff Samuelpar exemple. Pilotée par Steve Bug, cette structure se double d'une sous-division intitulée Audiomatique qui compte déjà de nombreux EPs et une compilation. The Chronicles en est la première grosse production. Tour d'horizon.

Comment es-tu venu à la musique électronique ?
J'ai commencé à jouer dans plusieurs groupes de rock indé lorsque j'étais jeune et puis, lentement, je me suis de plus en plus intéressé à la musique électronique. En particulier après avoir découvert Suicide, qui a vraiment commencé à mélanger des sonorités électroniques avec le rock. Ce sont toujours mes idoles ! :-) Et puis, lors d'un passage dans un club underground de Londres, il y a 12 ou 13 ans, j'ai découvert la jungle et la drum-n-bass. Et j'ai été complètement soufflé par l'énergie de cette musique. À la même période, j'ai également écouté le premier album de Massive Attack et celui de Portishead. Ils avaient ce qui manquait à la jungle : les mélodies. Bref, lorsque je suis rentré au Danemark, je me suis acheté un sampler, j'ai quitté mes groupes de rock et j'ai commencé à faire de la musique de mon côté.

Qu'est-ce que tu écoutes alors maintenant…?
J'écoute toujours beaucoup de rock indé, notamment des groupes comme The Cure et The Smiths. Mais j'écoute aussi le Velvet Underground ou Jesus And Mary Chain. Et l'une de mes plus importantes sources d'inspiration c'est Mazzy Star avec la belle Hope Sandoval. Je peux écouter ce groupe en boucle et cela sonne aussi bien, aussi frais. Je suis littéralement amoureux de la vibe mélancolique, de l'émotion stupéfiante qu'ils dégagent. Et toujours Suicide, comme je le disais plus haut, je suis un grand fan.

Pour autant, ton précédent et premier album, The Last Resort, avait une consonance très minimale et dubby, en tout cas moins "electronica" que The Chronicles
Non, pas du tout. Je ne pense pas que c'était minimal. C'était même complètement à l'opposé. Il y avait plein de détails, de couches superposées et le son était très dramatique, tout en puissance. Et puis, j'utilise des instruments acoustiques ainsi que des instruments électroniques… Pour moi, il n'y a pas de rupture, de marche, entre les deux. Qu'ils soient acoustiques ou pas, peu importe, j'aime bien utiliser des instruments pour exprimer ce que je ressens. Et je pense plus en termes d'atmosphères, d'émotions, que de styles musicaux.

Toujours à propos de cet album, The Last Resort, est-ce que tu t'attendais à un tel feedback ?

J'espérais avoir un bon retour parce que j'étais — et je suis toujours — très satisfait et content de cet album. Je pense que cela montre une facette plus personnelle de mon travail, comparé à mes réalisations purement techno. Mais, bien sûr, j'ai été surpris qu'il y ait autant de monde qui l'apprécie. :-) Et ça fait du bien de voir qu'un album instrumental, sans titre formaté pour la radio, puisse actuellement aussi faire des ventes. Je pense que le public est touché et peut se retrouver dans les ambiances, le feeling de cette musique. Parfois, c'est plus facile lorsqu'il n'y a pas de paroles pour nous "dicter" ce que l'on doit ressentir en écoutant la musique. Là, tu peux te faire ton propre cinéma…

Est-ce que tu travailles déjà sur un nouvel album et, auquel cas, sera-t-il dans la même veine ?
Je commence tranquillement à travailler dessus. Je sais juste que ce ne sera pas sur le même registre que The Last Resort mais pas encore exactement dans quelle direction cela va m'emmener. Pour le moment, j'expérimente, je fais juste des essais pour voir ce que cela donne. Je n'y pense pas trop. Je crois que si l'on y réfléchit trop, on perd l'âme de la musique.

En attendant, tu viens donc de sortir The Chronicles. Comment as-tu organisé la sélection de ce recueil ?
Pour que cela soit clair, je rappelle que The Chronicles est une compilation, et non pas un nouvel album. C'est l'occasion pour les fans de Trentemøller d'avoir des morceaux assez rares qui n'étaient sortis qu'en vinyl. Certains sont des faces-B de maxis édités à 300 ou 400 exemplaires. Ce sont des enregistrements qui vont de 2002 à 2007. Personnellement, je trouve que le premier CD est le plus intéressant. C'est un mix de raretés qui commence très downtempo. Il y a aussi deux tracks qui n'avaient jamais été publiés avant. Ainsi qu'une version live de "Snowflake" qui vire drum-n-bass à la fin. Et un "radio edit" de "Moan" en bonus-track. Le deuxième CD est une compilation de mes meilleurs remixes. Cela va de Röyksopp, Moby et The Knife à des choses plus rares comme Filur ["You And I (Trentemøller Free Dub Remix), NDR], Robyn et Tomboy.

Justement, dans quelles circonstances as-tu remixé Röyksopp et Moby mais aussi Mathias Schaffhauser du label Wäre ?
En fait, ils m'ont contacté. J'ai la chance de n'avoir pas eu besoin de demander, ce sont les artistes qui m'ont demandé de leur faire un remix. Et je leur suis, bien sûr, très reconnaissant d'apprécier mon travail, mon son. C'est une grande claque dans le dos. :-) Mathias Schaffhauser m'a également contacté après avoir écouté mes productions sur Audiomatique.

D'une manière générale, comment te livres-tu à cet exercice particulier qu'est le remix ?

C'est sympa de faire des remixes mais je préfère me concentrer sur mon propre travail. Faire un remix implique, bien évidemment, de s'investir à chaque fois dans le travail de quelqu'un d'autre, et c'est parfois très bien. Mais je suis très attentif à ne pas apparaître finalement comme un artiste de remixes justement. C'est au travers de ma propre musique que je m'exprime, pas dans les remixes.

Sur ce plan, est-ce que tu peux nous dire comment tu travailles en studio et lors de tes lives ?
Ce sont, bien sûr, deux choses différentes. Live, c'est plus comme un concert et non pas juste un DJ-set avec des beats qui cognent du début à la fin. Jouer avec un groupe est une expérience musicale plus forte. Il y a plus d'énergie, de sexe et de vibrations mélancoliques, d'ambiance rave… c'est difficile à expliquer. On essaie d'embarquer le public pour un long voyage. L'étape suivante était tout naturellement de mettre en route l'album : les gars qui jouent avec moi en live, jouent également sur The Last Resort. J'ai d'ailleurs composé une nouvelle version live de chaque morceau, de telle sorte que nous ne jouons pas les mêmes que celles de l'album. Et puis, être ainsi avec un groupe implique également beaucoup d'espace pour jouer, pour jammer. Donc, si tu espères un DJ-set, le mieux c'est de rester à la maison eh eh :-)

Tu collabores toujours avec DJ Tom ?
En fait, je ne joue plus du tout avec DJ Tom. Pendant 4 ans, nous avons fait de nombreux sets ensemble, autour du monde, et il était temps pour moi d'essayer quelque chose de différent. Désormais, je tourne avec un groupe complet, des visuels, etc. Cela donne cette énergie très intense que l'on a en jouant, live, avec un groupe. Et puis maintenant, je joue aussi en tant que DJ, et c'est très fun aussi.


Laurent Diouf (article-interview publié dans MCD #43, novembre / décembre 2007)

Trentemøller, The Trentemøller Chronicles (Audiomatique)
Photos: © Glene Glover
Label: www.audiomatique.com
Infos: www.myspace.com/trentemoeller

Playlist:
Mazzy Star, Into Dust (Rough Trade)
Hope Sandoval, Suzanne (Rough Trade)
Suicide, Ghost Rider (ROIR)
The Raveonettes, Expelled From Love (whitelabel, not out yet)
Sigur Ros, Svefn-G-Englar (Fat Cat Records)
Low, (That's How You Sing) Amazing Grace (Rough Trade)
M. Ward, Let's Dance (Matador Records)
The Cure, A Forest (Fiction Records)
Thom Yorke, Black Swan (XL Recordings)
The Raveonettes, Aly Walk With Me (whitelabel, not out yet)





Laurent Diouf @ WTM-Paris