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TO ROCOCO
ROT
"La musique est un fantôme affamé" …
La faim
justifie les moyens : To Rococo Rot se nourrit d'éléments
disparates pour créer de petites pièces musicales singulières.
Ambiances lumineuses mais post-industrielles ("A number of things"). Electronica
erratique ("First"). Ronflements harmoniques ("Your secrets"). Esquisses mélodiques
("Pantone"). Craquements synthétiques ("Mazda in the mist"). Réminiscences
dubissantes ("The trance of travel"). Le dernier album de To Rococo Rot, "Music
Is A Hungry Ghost", est un peu comme un kaléidoscope sonore qui révèle
une nouvelle variation de formes et couleurs à chaque morceau. L'ensemble
compose un paysage musical au relief accidenté. A bien des égards,
comme Matmos et Pan Sonic, par exemple, To Rococo Rot bénéficie
du travail de sape effectué par Autechre et autres dynamiteurs de textures
soniques. Mais ce tableau en apparence disloqué et fugace n'est pas une
simple succession d'équations électroniques totalement déshumanisées.
Stefan Schneider, Robert & Ronald Lippock ont débauché I-Sound
formation évoluant habituellement dans des sphères plus
groove, voire hip-hop, qui co-signe de cet opus après une courte apparition
sur le précédent ("A little asphalt here and ther")
et le violoniste Alexander Balenescu qui apportent un peu de finesse dans ce
monde plutôt brut
Anti-thèse absolue de la trance, également
friande de mixage acoustique et digital, la musique de To Rococo Rot peu paraître
difficile mais se révèle, au final, riche de teintes et d'amplitudes
pour peu que l'on se laisse guider dans le labyrinthe de leurs compositions
en ayant au préalable abandonné toutes réticences et/ou
préjugés musicaux. Ce "glissement progressif du plaisir" polychrome
se manifeste parfois au détour de titres un peu plus enlevés que
la moyenne cf. "Moto" sur "Veiculo" et "This sandy piece" sur "The Amateur
View" qui nous indiquent les autres directions de leurs projets annexes;
à commencer par Tarwater et Mapstation. Entretien avec Robert Lippock
:
Comment
s'inscrit "Music Is A Hungry Ghost" par rapport à vos précédents
albums. Peut-on parler d'une évolution musicale ?
Oui, on peut dire ça. Une évolution et un voyage dans la musique.
Bien que l'agencement des sons et des structures rythmiques de "Music Is A Hungry
Ghost" soit plus proche de notre second album, "Veiculo", que du précédent,
"The Amateur View". Par comparaison, sur notre nouvel album, la combinaison
des différentes sources sonores est en soi plus importante que la ligne
mélodique ou la structure narrative des morceaux.
Breakbeats
vs electronica. Abstrakt-groove. Melodic-noises. Quelles classifications et/ou
duels qualificatifs conviennent le mieux à vos compositions ?
Bonne énumération, je me doutais bien que tu dirais quelque
chose comme ça. To Rococo Rot déforme, dénature la "dance-music"
en dispersant ses élèments, en proposant une sorte de pop-music
en construction permanente à laquelle auditeurs doivent aussi apporter
leur propre contribution.
Que diriez
vous aux personnes qui soutiennent que votre musique serait moins rude, moins
revêche avec un support visuel ?
Je dirais : Dieu merci, nous n'utilisons pas de visuels ! Le public
doit se faire son propre cinéma par rapport à notre musique. Et
c'est ce qui se passe d'ailleurs. D'autant que, trop souvent les visuels sont
conçus avec beaucoup moins d'attention que la musique. Et puis je trouve
cela plus perturbateur que créateur d'un environnement.
Sur ce
nouvel album écrit en collaboration avec I-Sound, vous avez fait appel
à Alexander Balanescu. Qu'est-ce qui préside à de telles
rencontres ?
Nous ne tenons pas à ce que notre musique soit remixée par
quelqu'un d'extérieur. Nous préférons un travail en commun
sous la forme d'une collaboration, ou plutôt, d'une vraie relation sociale
et non pas seulement juste le fait de faire de la musique ensemble. Nos collaborations
musicales découlent toujours d'une relation personnelle. Ronald [To Rococo
Rot] et Craig [I-Sound] se sont découvert des passions communes et sont
capables de parler des heures des Simpsons et Star Treck ! Avant de rencontrer
Alexander, nous n'avions jamais pensé utiliser de violons mais cela s'est
fait naturellement lorsqu'il s'est joint à nous.
Envisagez
vous d'autres collaborations ?
Un peu plus tard dans le courant de cette année, nous devrions travailler
avec Jérôme Minière qui est vraiment un des meilleurs artistes
du Canada.
Vous
avez remixé Wolgang Voigt. Qu'est-ce qui vous a poussé à
faire ce remix et, plus généralement, comment abordez vous ce
genre d'exercice ?
Le remix nous offre une chance de travailler avec des éléments
que nous n'utilisons pas habituellement. Nous avons fait ce remix dans le cadre
d'un Cd-promo pour Levis pendant que nous travaillions avec St Etienne. Nous
étions très content de faire quelque chose de carré, simple
et efficace, comparé aux compositions sweet et poppy de St Etienne. Le
morceau était une sorte de "dark speed metal". Nous avons dû remanier
le pied de la batterie et nous accommoder d'un jeu de guitare très marqué.
En fait, le morceau était si intense que nous avons juste cassé
les loops et rajouté quelques sonorités.
La scène
électronique allemande est toujours très productive et surtout
très inventive. Pouvez-vous nous en établir schématiquement
la cartographie ?
En fait, il n'y a pas une mais plusieurs scènes. Par exemple à
Cologne, il y a la mouvance minimal-techno. Par contre, à Munich il y
a traditionnellement une orientation vers le disco des années 70. Mais
le plus important, pour la scène underground en général,
c'est de trouver des endroits abordables, pas chers, où nous pouvons
nous rencontrer, faire des soirées, vendre nos disques, etc. Sur ce plan,
lorsque le Mur est tombé, Berlin était un vrai paradis avec toutes
ces usines et ces banques désaffectées ainsi que de nombreux immeubles
administratifs vides. De fait, la scène allemande a toujours été
en bonne santé.
Vous
avez, à des degrés divers, tous des projets parallèles
(Tarwater, une signature sur le prestigieux label Raster Noton, etc). Comment
ces projets s'articulent-ils musicalement par rapport à To Rococo Rot
? Est-ce que c'est une façon d'explorer d'autres univers musicaux ?
Pour ma part, j'aime vraiment bien travailler sur le son. Il m'arrive de
rester des jours entiers sur la construction d'une structure sonore, juste par
plaisir. De cette façon, parfois, je trouve des idées pour To
Rococo Rot. Mais toutes ces ébauches musicales n'ont pas forcément
de sens dans le contexte de To Rococo Rot. C'est aussi pour cela que l'on s'investit
dans des projets parallèles. Et puis cela nous permet de préciser,
d'affiner notre musique.
Et dans
l'immédiat, quels sont vos projets justement ?
Un nouveau maxi doit sortir en Septembre et nous allons faire une tournée
en Europe, cet automne. D'autre part, nous venons de finir l'illustration sonore
d'une manifestation sur l'architecture et nous sommes actuellement en train
de réaliser une vidéo.
Salut et
merci à Robert Lippok
Laurent Diouf
article publié dans Coda magazine en Juin 2001
Playlist
:
01. Matmos - Hot tub remix (Lucky Kitchen)
02. Solvent - Frozen food (City Center Offices)
03. Tarwater - Expected (Gusstaf Rec)
04. Delarosa And Asora (Schematic)
05. Dubtracktor - W30 (Fx Records)
06. Four Tet - Untangle (Domino)
07. Hrvatski - La cathedral (Lucky Kitchen)
08. I Sound - Fool (Lucky Kitchen)
09. Aluminiumgroup - Next time (Hefty)
10. Denzel & Huhn - Semi djovi (City Center Offices)
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