WRECK THIS MESS > ARTICLES > TANTY RECORDS

TANTY RECORDS : des racines et des ailes

Avec son projet-phare The Dub Funk Association, Kelvin Richard, le label-manager de Tanty Records, joue les poids lourds au pays des bonnes vibrations (Sounds Of The Heavyweight). Son approche fusionnelle n'est pas sans rappeler celle des Dub Specialists. Tout en étant respectueux d'une certaine tradition, il incorpore en effet des breakbeats, des composantes funky et autres d'éléments empruntés aux musiques électroniques dans des dubs puissants et hypnotiques. Un album de remixes, Confrontation In Dub (avec Cabal, Mark B, Shotgun Rockers Spiral Head, Emperor Sly, etc.) et les compilations Roots Of Dub Funk où s'illustrent de nombreux artistes confirmés prolongent cette approche "néo-dub". Pourtant, les deux dernières productions de Tanty Records — Black City Dread et le troisième volume de Roots Of Dub Funk — accusent une tonalité nettement plus roots. Kelvin Richard nous explique ses choix et sa démarche.

À l'époque où la house était dominante, la devise de Tanty Records était : "essayez d'être différent". Il ne faut y voir aucune offense mais c'était une scène fermée et agglomérée autour d'un très petit groupe de personnes (Morales, Steve Hurley, Joey Negro et autres); un schéma que la drum-n-bass a reproduit quelques années plus tard… Bref, je voulais apporter un son qui mêle à la fois mes influences reggae dub-roots et funk / dance, de manière à produire quelque chose d'efficace. Tanty Records s'est donc constitué pour produire du dub décalé, qui repousse les frontières musicales. En espérant que l'acheteur lambda de reggae classique puisse s'intéresser aux productions dub actuelles et réaliser qu'il n'y a pas seulement King Tubby, Lee Perry ou Scientist ne sont pas les seuls à incarner le dub. C'est sur cette base que s'est constitué la Dub Funk Association, un projet qui me permet de proposer ma propre interprétation du dub.

Je voulais aussi un nom qui signifie l'implication de plusieurs personnes afin de créer une sorte de collectif, de consortium musical. Après quelques maxis, le premier album, Raise The Dub est sorti en 1994. Et j'ai commencé à recevoir des appels d'un peu partout dans le monde, mais surtout d'Allemagne, pour faire tourner le groupe alors que j'étais seul à ce moment ! Ce n'est qu'avec le 3e opus, Spirits Under Pressure, que j'ai réellement fait des efforts pour impliquer des gens tel Tony Corbin, critique musical du magazine Echoes et chanteur. En fait, il avait écrit le livret de Pendulum Version et a toujours apprécié les premières productions, en particulier le EP New Rockers Style. Au fil des ans, j'ai ainsi accumulé beaucoup de contacts et commencé à réaliser des choses avec de nombreux "dub masters", plus spécialement au travers de la série de compilation Roots Of Dub Funk.

Pour cette série, j'avais composé un morceau, "Dub of the sphinx" sous le pseudo de City Dread. C'était plus percutant et aussi avec une texture de son plus dense que ce que je faisais habituellement. En fait, cela sonnait comme la première parution de Tanty, Creation, c'est-à-dire avec un tempo dance/house. J'aime bien cette combinaison et je devrais continuer à faire d'autres choses dans ce ton là. À l'inverse, j'ai repris cet intitulé pour Black City Dread, un LP de Dub Funk Association initialement destiné à quelques DJs. Ce disque est franchement roots mais avec, malgré tout, un indéniable parfum de modernité. Un petit "plus" qui a toujours été la signature de Dub Funk Association. Ce vinyl est directement inspiré par un album très rare de Black Jade, Contempo Jade, plutôt brut de décoffrage (coarse), sans trop d'effets mais avec une "sub-basse" vraiment très profonde.

En ce qui concerne l'élaboration du tracklisting de Roots Of Dub Funk 3, après écoute d'environ 120 morceaux, le déclic s'est fait sur "Spirit world dub", un titre du groupe français Brain Damage, ici en compagnie de Tena Stelin. C'est d'ailleurs de la France que j'ai reçu le plus de propositions avec les États-Unis. Et, en dehors de Brain Damage, je suis ainsi rentré en contact avec Miniman, Munky Lee, Fata Dub, New Born Creation, High Tone, Pirate Dub, General Dub, etc. Il semble que la scène dub française soit actuellement une des plus forte au monde. Sa particularité étant de développer un style roots avec des guitares plutôt heavy et des accents techno. Par contre, aux États-Unis des labels comme WordSound, Guidance, Axiom et BSI proposent une fusion bien particulière, sur gamme assez large. Mais pour cette sélection, j'ai préféré choisir morceaux de Burning Babylon, Version City Rockers (avec King Django) et Ras Shaggaï sur une combinaison basse / batterie bien marquée.

Le deuxième déclic s'est opéré avec "Edutainment dub", un titre de DJ Perch [de Zion Train, ndLD] et Rudy Lee peut-être un peu trop "lyric" mais que je trouve exceptionnel de par la force de son message. DJ Perch est maintenant établi en Allemagne mais je dois avouer que je ne suis pas trop au courant de ce qui se passe là-bas. Cela dit, il était important pour cette compil de faire figurer des artistes anglais reconnus et c'est la raison pour laquelle j'étais content de recevoir des propositions de Teacha, Vibronics, Alpha & Omega et Jah Warrior qui prend de l'ampleur avec ses récentes collaborations avec Alton Ellis, Prince Alla et U Brown. Pour finir, le titre le plus "sound-system" est venu de Dub To Dub, "Zulu dub". Quant à "Babylon kingdom" de Dub Funk Association, c'est un titre qui a été diffusé pour la première fois sur BBC 2 pendant la guerre contre l'Iraq et qui résonne depuis comme un appel pour que les choses changent.

Que ce soient les titres que j'ai écrit seul, ou ceux que j'ai composé en collaboration avec The Technician, Russ (The Disciples), Part 2, The Interruptor et Transequence pour Sounds Of The Heavyweight, ces morceaux trouvent un peu de leur inspiration auprès les grands maîtres du passé. En particulier Errol T et King Tubby pour la prolongation des échos, Lee Perry pour le phasing et les drop outs assez abruptes, Glen Brown pour le côté one drop et massif. A cela s'ajoute, ce qu'ont pu apporter leurs successeurs dans les années suivantes. Je ne reviendrais pas sur toutes les définitions du dub qui ont été données mais je dirais juste que cette musique, aujourd'hui, est sans doute à une de ses périodes les plus riche depuis celle des années 70s où la technologie avait trouvé un point d'équilibre avec une certaine spiritualité. Désormais, un son plus organique reviens en force, et beaucoup de producteurs prêtent plus d'attention à leurs réalisations et suivent en cela habilement les traces de Mad Professor, Scientist et Adrian Sherwood.

Laurent Diouf
Article publié dans Coda en Septembre 2003

Roots Of Dub Funk 3, The Dub Aventure, feat. Dub 2 Dub, DJ Perch, Alpha & Omega, Vibronics, etc.
The Dub Funk Association, Black City Dread (LP)

contact: Tanty Records, P.O. BOX 557, Harrow, Middlesex HA2 8QE, Angleterre
e-mail: kelvin.r@tantyrecord.com
site: www.tantyrecord.com

playlist:
Royal Rasses “Kingston 11” (Neville King)
Johnny Clark “Roots Natty Congo version (Virgin)
Prince Jammy "Play Fool Get Wise Dub (Third World)
Prince Far I “Zion Call” (Morpheus)
DEB All Stars “Dunisha” (Morpheus)
Dub Funk Association “Just Bass version” (acetate)
Big Youth "6 Dead, 19 Gone to Jail" (Third World)
Jah Whoosh “Lick Him with the Dustbin (white)
Ras Ibuna/Jah Woosh “Diverse Doctrine” (Grove Music)
Prince Jazzbo "Natty Pass through Rome" (Upsetter)





Radio Libertaire, 145 rue Amelot, 75011 Paris. email Wreck This Mess