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SUTEKH
question de contexte
Double actualité pour Sutekh. En parallèle à Born
Again une anthologie publiée chez Leaf qui regroupe les
remixes qu'il a conçu pour des artistes comme Stewart Walker, Auch,
Black Faction (alias Seven Sages Of Mesopotamia), Geoff White, Alva Noto ou
encore Swayzak un cd-mix intitulé Context Unravelled
vient de paraître sur Context, sa propre structure. Deux productions
"post-Mille Plateaux" qui se caractérisent par leur forte consonance
"clicks & cuts", intelligent-techno et abstract-groove.
Mais on en restera là pour la terminologie musicale car lorsque l'on
interroge Seth Horvitz aka Sutekh sur son style, il répond,
presque lapidaire : baroque et minimal. Il tient surtout à préciser
qui n'a jamais aimé le terme "techno-laptop". Même l'expression
"electronic music" me semble trop spécifique. Ce que fais est souvent
entre deux genres, hors styles. À la base, je suis pianiste et j'espère
pouvoir, un jour, faire de la musique sans avoir recours à l'électronique.
Des racines musicales et une préoccupation qui sont bien reflétées
par sa playlist perso où voisinent l'album blanc des Beatles et
Mingus, du dancehall au féminin (Studio One Women) et
Erik Satie, Chopin et quelques références du label
Leaf…
En 1991, Sutekh a dix-huit ans et il s'inscrit à la fameuse l'université
de Berkeley, en Californie, pour suivre des cours en science cognitive.
Ses oreilles s'ouvrent à une multitude d'univers sonores : la noise
expérimentale, la musique indonésienne, les percussions africaines
et les compositeurs d'avant-garde comme Stockhausen, Xenakis, Glass, Reich…
C'est à cette époque qu'il découvre la scène rave.
Et le dub : l'idée principale que j'ai retenu du dub, c'est l'utilisation
des techniques d'enregistrements (mixage, effets) comme instruments. Jouer
d'un instrument devant un micro ou composer une mélodie sur un synthé
n'est que le premier pas. À partir de là, il y a une variété
infinie de techniques qui permettent de modifier les sons de manière
radicalement nouvelle.
Très récemment, Sutekh est revenu à la source de la musique
occidentale : j'ai trouvé pas mal d'inspiration dans la musique classique,
de Bach à Debussy, mais aussi, pour la première
fois, dans le jazz qui est vraiment un monde à part; tout aussi important
pour l'histoire de la musique occidentale que le classique ! On comprend qu'il
ait intitulé, non sans humour, les deux titres d'un maxi "fracturé",
avec des rythmiques inextricables et des mélodies dézinguées
: "Rhapsody on a theme by Paganini, Variation 17" / "Rhapsody pathetique in
D minor"…
Paru il y a un an, ce maxi est la 16e référence de Context
/ Free Media. Une plateforme d'ouverture sur le monde et non pas uniquement
un outil de production discographique : j'ai toujours pensé qu'il
était important de ne pas vivre dans une bulle. Lorsque l'on fait de
la musique, c'est assez facile de se couper du monde et de seulement naviguer
cette mouvance… J'essaie d'encourager les gens à être actif
et conscient du monde qui les entoure. Une démarche citoyenne,
dirons-nous, qui se traduit par le relais d'informations et de prises de positions
contre la guerre en Irak, par exemple. Et des liens, sur son site, vers médias
indépendants et des évènements militants.
Reste que ce label monté en 1999, à San Francisco, lieu de résidence
de Sutekh, a pour vocation première la promotion de sa musique et celle
de ses amis. Mais d'ailleurs, est-ce que cette mégapole abrite une
scène électronique active ? Réponse : il y a pas mal
d'artistes mais pas vraiment de "scène". Cela devient même de
plus en plus dur de trouver des clubs et des gens qui dansent passé
1 heure du matin… Mais ce n'est pas un problème pour moi car
j'apprécie les autres aspects de cette ville et j'ai souvent l'occasion
d'être impliqué dans des évènements plus significatifs
lorsque je tourne à l'étranger. En fait, cette situation me
permet de me concentrer sur mon travail.
Les amis de Sutekh ont pour nom Safety Scissors, Portable, Murcof ainsi
que Kit Clayton, Ben Neville et Wang Inc. Ils sont réunis
sur le cd-mix, Context Unravelled. Une sélection rugueuse et
désaxée entièrement basée sur le back-catalogue
de Context. Deux maxis éponymes, mais non mixés, étant
sortis précédemment sous cet index. Parmi les gens avec qui
Sutekh a également collaboré, on note O.Lamm de l'écurie
Active Suspension. L'album Deadpan Escapement: Reconstructed,
conjointement réalisé avec Twerk fut aussi l'occasion
d'être confronté à Matmos, Phonecia, Jake Mandell et
Mick Harris. Question de remixes…
Bien que Sutekh déplore l'étiquette de "techno expérimentale"
que l'on colle à ses productions, il est difficile de ne pas rattacher
sa musique groovy mais heurtée, séquencée en "périodes
qui font sens" pour paraphraser le titre de son album paru en 2000 chez Force
Inc. Music Works., à ce courant qui érige les bleeps, clicks,
glitchs en modulateur de rythmes, en réhausseur de textures…
Difficile aussi, compte tenu de sa proximité avec certains musiciens
et labels, de ne pas rapprocher ses réalisations avec la vague minimale
allemande.
À cela, il y a une raison historique : avec des amis, on a commencé
à écouter des choses comme les premières productions
de Basic Channel / Chain Reaction. Et puis on a fini par organiser
une soirée avec Scion, Substance et Pole.
C'était leur premier passage à San Francisco ! Cela a permis
à Kit Clayton de réaliser son premier disque sur
~Scape. Après cela, d'autres labels allemands ont commencé
à nous approcher. C'est comme cela que Force Inc. / Mille Plateaux
m'ont contacté. Cela a été une époque excitante
et très importante dans le développement de mon travail musical.
Mais à la fin, je me suis sentis déconnecté de leurs
productions…
Laurent Diouf
Article publié
dans Coda #119, février 2006
photo: © Kari Orvik
Context Unravelled, mixed by Sutekh (Context / Kompakt)
Sutekh, Born Again : collected remixes 1999-2005 (Leaf Label /
Pias)
Site: www.context.fm