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SUN ELECTRIC
retour vers le futur
Tous ceux qui ont assisté à la formidable
explosion des musiques électroniques se souviennent de Sun
Electric et de leur antienne tribal-ambient O'Locco. Un maxi fondateur
paru à l'époque sur Wau / Mr. Modo Records, label
diligenté par Alex Parterson et Youth.
C'était… il y a près de vingt ans !
Durant les années 90, soutenu par leur mentor Thomas
Fehlmann, Tom Thiel et Max Loderbauer, les deux protagonistes de Sun
Electric, poseront les bases de l'ambient sur R&S Records et sa
sous-division Apollo. Leur importance est telle que The Orb (période Jimmy Cauty) les considèrent
carrément comme les inventeurs de
l'ambient-house… Plus tard, ils prendront part à
l'élaboration de Pomme Frizt. Un opus assez abstrait qui
correspond aussi à l'orientation plus downtempo /
electronica prise de leur côté par Sun Electric.
C'est sur cette tonalité IDM que s'achève leur
aventure, en 1998, avec un ultime disque, Via Nostra.
Depuis, ils se sont investis dans d'autres projets. Notamment Chica And
The Folder avec Paula Schopf pour Max Loderbauer. Bus sur ~Scape avec
Daniel Meteo pour Tom Thiel. De plus, les deux lascars se croisent au
sein d'Ocean Club, ce "collège invisible" artistico-musical
mis en place par Gudrun Gut… Bref, rien ne permettait de
penser qu'ils réactiveraient Sun Electric. Et pourtant ! Le
hasard, cette chimère, a encore frappé lorsqu'ils
découvrent un vieux CD-R dans la maison d'un de leur ami,
aux Canaries, à Lanzarote, où ils avaient
séjourné en 2000.
Des archives inédites, donc, qu'ils
réécoutent avec bonheur et surprise : le son
reste d'actualité. Ils décident alors, profitant
de leur connexion avec le label Shitkatapult de sortir le CD quasiment
tel quel. Comme au bon vieux temps, ils font appel à Stefan
Betke (Pole) pour le mastering et leur graphiste historique Michael
C. Place (Designers Republic puis Build) signe la pochette de cette
anthologie intitulée Lost & Found (1998 - 2000).
Paru il y a quelques mois, ce disque se voit adjugé en ce
début 2008 un maxi, Toninas. Des remixes conçus
bien évidemment par Thomas Fehlmann + Daniel Meteo ainsi que
Ricardo Villalobos qui, fidèle à son habitude,
les gratifie d'une longue pièce hypnotique et
mélodique ! Quelques dates sont aussi annoncées.
La suite appartient au futur.
À la suite de l'édition de ces archives,
envisagez-vous un nouvel album de Sun Electric ?
Tom Thiel: On verra… Mais si c'était le cas, nous
ferions quelque chose de différent, de nouveau.
Max Loderbauer: Il n'y a rien de prévu pour le moment, en
dehors de quelques lives ici et là. Mais comme Tom vient de
le dire, "on verra"… Bien entendu, si cela devait
déboucher sur un nouvel album, cela sonnerait
différemment même si, à mon avis, la
tonalité générale restera celle de Sun
Electric et sera reconnaissable comme telle.
Comment voyez vous votre évolution musicale ?
Tom Thiel: Je pense qu'on a commencé plutôt
techno, puis nous avons évolué dans l'ambient
pour ensuite s'orienter vers des choses plus expérimentales.
Mais l'ambient a toujours été notre environnement
de base.
Max Loderbauer: L'évolution du matériel
les softs comme le hardware a aussi son
rôle dans ce processus. Il n'y a qu'à voir les
vieilles machines (Fairlight, 909) et les synthés
analogiques que nous utilisions sur notre premier album
comparé au traitement digital, via MAX/MSP notamment, mis en
œuvre sur le dernier, Via Nostra.
Parlez-nous un peu de la manière dont vous travaillez en
studio et en live…
Tom Thiel: Le studio est l'endroit où tout commence,
où tout arrive; avec toute la liberté que l'on
peut avoir. Ensuite, lorsque l'on transpose les morceaux en concert, on
recommence à les jouer à "jouer" avec
eux mais sur un plan différent. Comme s'il
s'agissait un peu d'un "remix live".
Max Loderbauer: A nos débuts, notre travail en studio et nos
lives n'étaient pas très différents;
nous composions directement en studio puis nous rejouions cela sur
scène. Ensuite, nos morceaux sont devenus plus construits,
plus complexes, et nous avons utilisé beaucoup plus de
traitements DSP en temps réel lors de nos "remixes" live,
tout en gérant des éléments
improvisés.
Quel est votre sentiment vis-à-vis de la scène
minimal-techno allemande ?
Tom Thiel: C'est vrai la techno minimale est dominante, mais le nombre
de personnes qui se lassent de cela est aussi en
augmentation…
Max Loderbauer: Aujourd'hui, on manque de diversité, Ableton
est trop présent (même si je n'ai rien contre ce
logiciel dans l'absolu)… Et il n'y a plus de
pièce dévolue au chil-out dans les
clubs…
Et le dub…?
Tom Thiel: Le mot "dub" ne veut plus dire grand chose non plus
aujourd'hui. C'est devenu un lieu commun. Il y a trop de productions
musicales qui s'autoproclament "dub". Du coup, cela n'a plus aucun sens
d'employer ce terme.
Max Loderbauer: C'est la même chose avec le mot "ambient". Il
n'est plus utilisé dans son sens originel. Tout ce qui
contient désormais beaucoup de delay est appelé
dub ;-)
Quel regard portez-vous sur la révolution musicale induite
par Internet (p2p, mp3, net-labels, etc.) ?
Tom Thiel: Cela a manifestement changé beaucoup de choses et
nous sommes loin d'en avoir fini. Il y a vraiment beaucoup aspects
différents à cette situation. L'un d'entre eux,
c'est bien sûr la désagrégation du CD
au profit du téléchargement. Un des autres
aspects, c'est la possibilité offerte à chacun de
proposer, de partager sa musique avec le monde entier…
À terme, ce processus se régulera sans doute de
lui-même; en souhaitant que l'engouement pour la
nouveauté musicale soit toujours une constante.
Laurent Diouf
(article-interview publié dans MCD #44, janvier / février 2008)
Sun Electric, Lost & Found (1998 - 2000) (Shitkatapult)
Sun Electric, Toninas Remixes (Strike 85, 12", Shitkatapult)
Infos: www.myspace.com/sunelectricberlin
Label: www.shitkatapult.com
Laurent Diouf @ WTM-Paris