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SOURCE RECORDS : une décennie électronique
Le 10 et 11 Octobre dernier, le label Source Records a fêté en fanfare ses dix ans d'existence à Mannheim, en Allemagne. Deux soirées ponctuées par les lives de Sutekh, Safety Scissors, LoSoul + Malte et Benjamin Wild qui répondaient ainsi à l'appel des fondateurs de cette structure indépendante : David Moufang et Jonas Grossman, également connu sous le nom de Deep Space Network.

Discrète mais bénéficiant d'un fort coefficient de notoriété auprès d'un public averti, cette plate-forme s'est récemment illustrée en publiant OpenSource.Code. Une anthologie réunissant l'intelligentsia de la mouvance minimal-techno sous le haut-patronnage de l'éditeur de logiciels Ableton. Un tracklisting de rêve où apparaît notamment Akufen (Trapez, Perlon…), Monolake, Thomas Brinkmann, Smyglyssna ( Vertical Form, Plug Research) et Robbert Lippok (To Rococo Rot). Si Source Rec. semblait un peu effacé ces dernières années comparé au rythme de production élevé des officines de la mouvance clicks-n-grooves… Mais nul doute que cette production replace ce label au cœur de la machine… D'autant que cette réalisation fut suivie par la sortie de l'album de Johan Skugge, Objects And Buildings. Cet artiste suédois ayant Andreas Tilliander pour mentor devrait bientôt émarger chez Mitek, la structure de Mikaël Stravostrand… Dernière signature en date,  Adrien Capozzi aka Adrien75 apporte une touche pop-electronic abstraite à cette polique éditoriale.

Mais impossible de passer en revue toutes les références de Source Records. Nous nous contenterons donc de mentionner brièvement ro70, un projet diligenté par Roman Flugel (Acid Jesus, Alter Ego, Sensorama…). Lowtec ou la techno fluide de Jens Kuhn (System 360). Les digressions cérébrales et numériques de Reagenz qui réunit Jonah Sharp (Space Time Continuum) et David Moufang (alias Mouve D). L'electronica squelettique d'Eyephone qui était habituellement hébergé par le défunt label Hypnotism ou bien encore les variations rythmiques de Redagain P diligenté par Peter Weiderroth que le magazine Frontpage présentait en son temps comme le père de l'ambient-jungle ! Par convenance personnelle, sur les 32 albums et la vingtaine de maxis alignés par Source, nous avons demandé quelques infos complémentaires à Jonas Grossman concernant :

- Le recueil trancey 50th Anniversary Ov LSD : "C'était un LP, une édition limitée à 500 exemplaires. Ce vinyl a été conçu à l'occasion d'une soirée pour le 50ème anniversaire de la découverte du LSD qui se déroulait dans un club d'Heildelberg. Tous les artistes présents à cette soirée étaient originaires de cette ville. Cette anthologie fut supervisée par Dirk Mantei alias D Man (également à l'origine de deux autres recueils parus chez Source, Homeworks et Headshop). Albert Hoffmann l'apprécié et à même eu l'occasion d'en dédicacer quelques copies lorsqu'il est venue à Heidelberg pour donner une conférence dans une synagogue". Cette compil où figurent Kin-Sun, A.H., Thee Gaian Connection, Ray & G.O.D., Osmosis évoque en un sens Fifty Years Of Sunshine paru à la même période chez Silent Rec.

- Les étranges ambiances de Pita & General Magic : "L'album Live And Final Fridge a été enregistré lors du festival Interference qui s'est déroulé durant la Love Parade de 95. General Magic et Pita ont joué dans la nuit du Samedi jusqu'au petit matin, avec le lever du soleil. Leur set était vraiment excellent. Les morceaux étaient très différents de la version des EPs parus sur leur label Mego. David et moi sommes allé les voir après et nous leur avons demandé s'il était possible de sortir ce live. Ils étaient d'accord".

- Le maniérisme échevelé de Gramm : "En 99, Jan Jelinek (alias Farben) avait déjà sorti quelques maxis mais Personnal Rock était son premier album sous le pseudo de Gramm. C'est l'une des meilleurs démos que l'on a reçues par la poste. Il n'y avait rien de marqué dessus en dehors du mot "dekor". On avait vraiment aucune idée de la personne qui pouvait être derrière — et à l'époque on ne le connaissait pas — mais le son nous a immédiatement impressionné".

Concernant le futur, nos regards se porte naturellement vers Deep Space Network qui reste dans nos mémoires un puissant vecteur d'ambiances numériques très éthérées. "Nous n'avons rien réalisé depuis longtemps, mais nous avons travaillé ensemble sur le projet Conjoint. D'autre part, j'ai réalisé quelques titres sous le pseudo de Btone. et David a signé quelques titres de Move D pour des compils. Il travaille aussi actuellement sur Studio Pankow avec Jamie Hodge et Kai Kroker aka Rawell (WMF Rec.). Le label nous prend du temps et nous avons aussi d'autre (pré)occupations. David est devenu père. J'ai repris mes études à Cologne et je travaille étant que designer en freelance. Bref, nous n'avons pas beaucoup de temps à passer en studio. Mais en 4/5 ans, nous avons quand même composé une poignée de morceaux que nous allons rassembler pour structurer un album qui sera probablement disponible dans le courant de cette année. Notre dernière réalisation remonte à notre rencontre avec Dave Wheels et Boby Bird (Deep Space Network meets H.I.A.). Ils nous avaient invité à jouer lors d'une soirée Oscillate à Birmingham et nous en avons profité pour enregistrer quelques tracks. Nous nous sommes retrouvés un an après, aux alentours de Worcester, dans une maison perdu au milieu de nulle part, constamment dans le brouillard ou sous la pluie. Le studio était la pièce la mieux chauffée, principalement grâce au matériel électronique. Nous nous sommes resté là pendant une bonne semaine et nous avons composé d'autres morceaux. Au final, le résultat était assez irréel mais cela correspondait bien à l'atmosphère".

Pour autant, Source Rec. ne se laisse pas inventorier si facilement, comme le souligne Jonas Grossman. "Nous produisons de la musique électronique et aussi quelques projets en marge. Par exemple Kobat qui propose des pièces pour piano préparé ou Sad Rockets qui a enregistré son album Plays sur un 4 pistes analogique, en utilisant des instruments (guitare, basse, claviers, batterie) et divers procédés qui lui sont propres. Notre projet Conjoint est une fusion de jazz électro-acoustique et d'électronica. Cette formation réunie des producteurs issus de la scène électronique (en l'occurrence Jamie Hodge, David et moi) avec des jazzmen dont le plus connu est le vibraphoniste Karl Berger qui a joué notamment avec Don Cherry, Lee Konitz et Ornette Coleman dans les années soixante… Nous ne voulons pas nous laisser enfermer dans un seul genre musical. Nous privilégions la bonne musique, c'est-à-dire une musique qui fait passer des émotions et qui n'a pas besoin d'explications, de contexte théorique pour être "comprise". Nous avons toujours fonctionné à deux, David et moi, durant ces dix dernières années. Et cela prouve qu'il est possible pour une petite structure d'exister professionnellement et durablement en vendant de la musique dite "non commerciale" tout en ayant un écho internationnal. En dix ans, nous avons construit un solide réseau de contacts et j'ai le sentiment que des pays qui n'avaient pas jusqu'à ici une forte présence — en particulier les Pays de l'Est — vont s'affirmer sur le devant de scène électronique; tant sur le plan de l'audience qu'artistique".

Laurent Diouf
Article publié dans Coda magazine en Janvier 2003

site: www.source-records.com

sélection discographique:
Adrian75, Coastal Acces
Deep Space Network, Big Rooms
Deep Space Network meets H.I.A.
Gramm, Personnal Rock
Johan Skugge, Objects And Buildings
Lowtec, Secret Corner
Move D, Kunststoff
OpenSource.Code(v/a)
Pita & General Magic, Live And Final Fridge
Redagain P, Electronic Congress
Redagain P, Gigantochelonia
ro70 (sans titre)
System 360, Actives Technologies
Vulva, Vulvic Yonifications
50th Anniversary Ov LSD : tribute to Albert Hoffman





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