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SCANNER
un explorateur audio-visuel
Robin Rimbaud alias Scanner a commencé son travail
d'exploration sonore au début des années 90. Il
nous donnait à entendre, quasiment brut de
décoffrage, des conversations
téléphoniques piratées. Entre cut-up
et mise en scène de l'audio-surveillance qui nous frappe en
ces temps de communication nomade. Le tout sur fond de bleeps et
d'infra-basses…
De l'electronica radicale au circuit de l'art contemporain, Scanner a
élargi son terrain d'expérience. Son champ
d'activité s'étend désormais
à la danse contemporaine, à la
création radiophonique, au net-art, aux installations et
à des performances audio-visuelles. En marge de sa
collaboration avec Colin Newman, Malka Spielgel et Max Franken au sein
du projet Githead, Robin Rimbaud tourne également
avec TeZ. De son vrai nom Maurizio Martinucci, cet artiste italien
multimédia jongle avec la vidéo et
l'informatique. Ensemble, ils présentent Blindscape, une
pièce environnementale. Une allégorie urbaine,
écologique et technologique. Explications.
Dans quelles circonstances as-tu rencontré TeZ et sur
quelles bases avez-vous conçu Blindscape ?
Nous sommes amis depuis plus de vingt ans. Nous nous sommes
rencontrés via le circuit du mail-art et des cassettes dans
les années 80. Nous avons commencé à
travailler ensemble il y a environ 4 ans. TeZ a
développé des logiciels vidéos
vraiment très innovants auxquels je pouvais apporter du son.
Blindscape est une performance audio-visuelle environnementale pour
laquelle on reprend le principe d'écho-location,
utilisé en vol par les chauves-souris, pour explorer
l'idée de mouvement, les rapports entre la croissance
urbaine et l'imaginaire, l'interaction entre
l'éco-système et la ville, et la
manière dont s'opèrent les ajustements
biologiques face au développement industriel.
Tu as à ton actif d'autres performances de ce type,
notamment Sound Polaroids avec Tonne…
Sound Polaroids utilisait des images et des sons captés en
temps réel dans une ville [Londres, Milan, New York, Tokyo,
Montréal]. 52 Spaces était basé sur
des images du film d'Antonioni, L'Eclipse, pour en proposer une autre
vision projetée au ralenti. J'aime bien travailler sur des
projets qui offrent une image différente de la ville
à ses habitants et rendent les choses familières
presque étranges.
Et à propos de la "correspondance" image / son ?
Vaste question ! Il est pratiquement impossible de séparer
ces deux mondes. Nous en parlons d'ailleurs avec les mêmes
mots en de nombreuses occasions. Mais au coeur de mon travail, il y a
la capture de sons dans des endroits improbables, inaccessibles, pour
les exposer; que ce soit des conversations
téléphoniques privées prises dans des
espaces publics ou des enregistrements effectués dans des
lieux d'accès restreints où me conduisent mes
activités artistiques. Cela questionne les rapports entre le
son et l'espace architectural; le jeu entre information, lieu, histoire
et relation humaine que l'on doit compléter pour avoir le
tableau complet. La plupart du temps, cela est
représenté par le son, et d'autre fois par un
mélange d'éléments visuels et sonores.
Dans ce contexte, comment intègres-tu le principe des "found
sounds" ?
Conceptuellement cela s'inscrit dans un modèle artistique
qui existe depuis longtemps : faire du monde qui nous entoure une
influence, intégrer les objets en eux-mêmes dans
un travail. Je m'attache à ce que mes travaux soient dans
mon époque, mon environnement, pour créer des
pièces qui suscitent une émotion et racontent des
histoires au-delà de ce qui nous entoure au quotidien.
Tu es également impliqué dans le net-art ?
Cela fait près d'une décennie maintenant que j'ai
commencé à mettre en oeuvre des projets sur le
net. En ce moment, par exemple, il y a Night Haunts :
www.nighthaunts.org.uk Une série d'histoire sur les nuits
londoniennes écrites par un ami
écrivain, Sukhdev Sandhu, dont j'ai assuré le
design sonore. Il y a aussi, Night Jam. Un projet avec des SDF de
Londres et leurs visions de la nuit: www.nightjam.org.uk
Tu travailles aussi beaucoup pour la danse contemporaine…
La danse contemporaine est une expression qui m'a toujours
passionné. J'aime la relation physique entre le son, le
mouvement, le public… C'est l'interprétation
d'idées et de formes. J'ai travaillé avec Merce
Cunningham, Daniel Larrieu, Shobana Jeyasingh et, en ce moment, je suis
sur une grosse production française, à Lyon et
Paris, basée sur le film Kirikou. Ce projet est
dirigé par un ami, le chorégraphe Wayne McGregor et il sera présenté en septembre.
Tu as réalisé également des
pièces radiophoniques, notamment pour la BBC…
Cela m'intéresse de créer des choses qui soient
disponibles sur le plus de médias différents
possibles afin de faire passer des idées à un
large public au travers de nouvelles formes d'expressions. J'ai
travaillé sur beaucoup de bande sons, pour toutes sorte de
films le dernier en date étant Reverb, un film
d'horreur britannique à paraître en 2007 / 2008
et pour des pièces radiophoniques
commissionnées par la BBC que tu peux entendre [et
télécharger] sur: www.ubu.com/sound/scanner.html
Laurent Diouf
(article-interview publié dans MCD #41, juillet / août 2007)
Site: www.scannerdot.com
Laurent Diouf @ WTM-Paris