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RX:TX
la connexion slovène

L'electronic-music a pris son envol au moment de la chute du Mur et pourtant, plus d'une décennie après, nous ignorons toujours ce qu'il se passe musicalement à l'Est de l'Europe… C'est en partie pour fédérer et offrir une plus grande visibilité aux artistes des ex-républiques de l'URSS que le label slovène rx:tx a mis sur pied le festival Progress. La deuxième édition s'est tenue en novembre dernier. Une compilation éponyme rassemblant la plupart des artistes qui figuraient à l'affiche ces festivités vient de sortir. Inventaire.

RTS. En regardant d'un peu plus près le tracklisting de ce recueil qui oscille entre microscopic-music, click-n-cut, abstract-groove, drum-n-bass décharnée et electronica mid-tempo, on se rend compte que certains noms ne nous sont toutefois pas inconnus. Ainsi en est-il de Random Logic, formation-phare de la techno made in Slovénie. Et, derrière le projet Territerrortorium, on retrouve Felix Kubin en compagnie de Wojt3k Kucharczyk. D'autre part, sur le premier volume de ces compilations affiliées au festival Progress, des morceaux sont signés par EU — dont on a découvert l'electronica moite et downtempo sur le label Pause_2 — et Lazyfish, auteur d'un split-album aux rondeurs hypnotiques avec Mevark sur K20. Un peu plus loin figure une autre formation qui a également acquis une réputation internationale grâce notamment à ses faits d'armes sur Mego, Eskaton et Raster Noton : COh. On en vient à réviser notre jugement sur cette scène qui nous vient du froid… Nous en connaissons finalement les contours. Ces noms en appellent d'autres, même s'ils ne sont pas (encore ?) sous le giron de rx:tx… Comme Novel 23 qui, avec ses sonorités volontairement rétro, s'est fait une place au soleil, à Marseille, chez Bip Hop. SCSI-9 et sa techno minimale qui a su séduire les prestigieux labels allemands Kompakt, Force Track, Salo, Treibstoff, Trapez, etc. Et puis, le label anglais Lo Recording nous avait offert un panel assez large (2 volumes) et intéressant de cette mouvance avec Ru.electronic (feat. Alexandroid, Anton Kubikov, PCP(2), Solar X et autres artistes précités). Signalons aussi Electrosputnik.com, un site de vente en ligne dédié à l'electronic music from Russia & ex-Urss et curieusement basé à Bristol…

CTS. Néanmoins, cela reste des formations connues que d'une poignée initiés… Et rares sont ceux qui peuvent mentionner le nom de labels russes (Art-Tek Records, FullDozer), slovènes (Tehnika), ukrainiens (Nexsound), lettons ou estoniens (Kohvi Rec.)… Mais rassurez-vous, c'est pareil "en interne"… D'où l'idée d'un grand rendez-vous qui réunirait les activistes des pays de l'Est oeuvrant dans le milieu de la musique électronique expérimentale. Suite à un premier plateau spécifique, Go East, organisé dans le cadre du programme 2003 du festival Club Transmediale de Berlin, ces états généraux se sont donc tenus il y a quelques mois à Ljubljana, en Slovénie. Les premiers du genre dans ces contrées. Postulat : si tous les artistes de l'ex-empire soviétique n'offrent pas forcément une similitude sur le plan créatif, en revanche, ils rencontrent tous les mêmes problèmes en termes de situation, production, distribution, promotion, etc. On comprend dès lors toute l'importance de Progress. C'est un peu l'équivalent, toutes proportions gardées, des Rendez-Vous Electroniques, de Mutek ou du Sonar; si ce n'est du Midem… En d'autres termes, il y a des ateliers, des conférences et des rencontres avec les acteurs de l'industrie musicale (producteurs, journalistes, distributeurs, etc.) qui établissent le bilan et tracent les perspectives du marché indépendant de l'Europe de l'Est. Et bien sûr des lives-sets avec, en l'occurrence, pas mal de musiciens slovènes (Kleemar, Puna Syndicate, Octex, etc.) et d'autres, venus des "pays frères", comme Andrey Kiritchenko (Ukraine), Jamka (Slovaquie), Tigrics (Hongrie), le Belgradeyard Sound System (Serbie & Monténegro) ou Karaoke Mouse (République Tchèque), par exemple. Les compilations en question étant donc le prolongement direct de cette opération communautaire.

DTR. C'est d'ailleurs sur le mode collectif que s'est constitué rx:tx, en 2002, à l'initiative d'un groupe d'artistes conceptuels, d'architectes et d'informaticiens — Dominika Batista, Miha Klemencic, Marko Peljhan, Natasa Petresin, Tomaz Sustar et Gregor Zemljic — férus de musique électronique plutôt abstraite (i.e. beats, grooves, clicks, craks & infosphere noises…). Leur plateforme est directement rattachée au Projekt Atol Institute. Datant de 1994, cette structure à but non-lucratif soutien des créations qui mêlent domaine artistique et scientifique. En particulier, tout ce que l'on appelle le "space-art", les expériences avec des radars, satellites et autres performances en gravité-zéro dont on parle beaucoup en ce moment… Le Projekt Atol est, de ce fait, en étroit contact avec des organismes du type GCTC (Gagarin Cosmonaut Training Centre), le TsUP (le Centre de contrôle Korolev / ex-Kaliningrad), le State Rocket Centre (V.P. Makeyev) et des structures dévolues à ce genre démarches artistiques high-tech, comme l'Insular TechnologiesInitiative ou le Makrolab, étroitement lié à l'A.A.A. (l’Association des Astronautes Autonome). Présentée un peu partout en Europe (en France, à Paris lors de la Nuit Blanche), la performance Signal-Server! (signal nord) est assez significative de cette interaction entre techniques spatiales et innovations esthétiques. Il s'agit d'un dispositif captant les champs électro-magnétiques émis lors d'éruptions solaires. Evoluant dans l'ionosphère, ces signaux sont détournés pour générer des créations audio et vidéo. Cette installation interactive a présenté pour la première fois en 98 au festival multimédia Ars Electronica, à Linz en Autriche, avec des interventions de Carsten Nicolai (Alva Noto) et Frank Bretschneider.

DSR. En ce qui concerne le catalogue du label rx:tx, c'est aussi principalement une question d'ondes… Rx:Tx = émission / réception. La première réalisation porte le nom emblématique de Signal Territory. Une collaboration entre Pact Systems et Random Logic scellée à l'occasion d'une expo d'art contemporain diligentée par la prestigieuse Documenta X (de Kassel en Allemagne). Ce digipack blanc orné d'une fleur verte — un graphisme naturaliste à la Em:t qui caractérise aussi les autres réalisations du label — est une sorte de symphonie radiophonique, étrange et inquiétante. Cet aspect "tunes from the missing channel" est renforcé sur la 1ère piste par la lecture en allemand d'un texte du poète russe d'avant-garde Velimir Khlebnikov sur "le futur de la radio"… Les autres "secteurs" de ce Cd étant plus bruitistes, mélangeant collages et sonorités parasites. Les connaisseurs feront le rapprochement avec Opening Sweep d'OSCID (Ash Int.), Aileron de Rotor+ (K.O.G. Transmission / RTC-NZ) ou la "vraie-fausse" histoire des premières transmissions radio en Nouvelle-zélande et We'll Be Right Back, les archives radio de la seconde guerre mondiale compilées / réagencées par Don Joyce (Negativland) pour la série Mort Aux Vaches (Staalplaat). Ces travaux évoquent aussi les balayages de fréquences opérés par BJ Nilsen aka Hazard (Touch) et bien évidemment Scanner alias Robin Rimbaud que l'on n'est pas surpris de retrouver sur rx:tx. Prenant comme sujet d'inspiration un roman de Nicholson Baker (Double fold), il a conçu son album comme une allégorie de cette mémoire digitale qui prend l'ascendant sur la civilisation de papier… Le tout sur un tempo circulaire, calé sur 128 Bpm.

GND. La connexion avec Laurent Pernice & Jacques Barbéri est par contre complètement inattendue. Le premier, après avoir acquis ses lettres de noblesses dans l'indus (Permis De Construire, Nox, etc.) puis dans l'ambient-groove avec les albums Exit to the City et Sept autres créatures (Odd Size Record), s'est tourné vers le e-jazz (Infrajazz chez Organic). Un style qui ne pouvait convaincre que Jacques Barbéri, écrivain de science-fiction notoire (Kosmokrim, Narcose, Le crépuscule des chimères) et joueur de sax confirmé au sein de Palo Alto (avec Denis Frajerman). Ensemble, ils ont composé la 5éme référence de rx:tx, Drosophiles and doryphor. Une ballade électro-acoustique, byzantine et colorée… Dans cette veine "lo-fi post-digital jazz ", l'album d'Harlem Underground devrait prochainement étoffer ce catalogue. Parmi les opus également attendus courant 2005, mais dans le style "clicks & cuts", il y a celui d'Octex (acronyme d'Organic Crackle and Tone Experiments). Cela dit, le label se veut à l'intersection de l'expérimental et de la scène club; tout comme il peut l'être avec la science, l'art et le social. D'où son implication dans des évènements plus festifs, telles les soirées Relax où se sont produit, entre autres, Scanner, Jadviga (dans le genre "twisted electronica"…), Polar, Jan Jelinek, Kim Cascone, Marc Weisser (Rechenzentrum), Si.Cut.db, Manitoba (Leaf) ! Enfin, pour être conforme à cette philosophie, la dimension "multimédia" sera affirmée avec un Cd-rom de Volkono (Evgeniy Droomoff & Sound Mecano + DelRay) et un DVD de Puna Syndicate; en attendant la prochaine édition du festival Progress prévue en octobre.

Laurent Diouf
Article publié dans MCD #27, mars 2005

site: www.rx-tx.org
catalogue:
- jadviga, nonim
- laurent pernice / jacques barbéri, drosophiles and doryphor
- progress : the trieste - vladivostok ctm. 03 line (v/a, feat. eu, lazyfish, jacek sienkiewicz, coh, neurobot…)
- progress : the trieste - vladivostok ex.04 line (v/a, feat. kleemar, territerrortorium, octex, random logic…)
- scanner, double fold
- signal territory, signal territory 1





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