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RECHENZENTRUM : Les nouveaux locataires
Grimés
comme des vieilles geishas, Christian Conrad (music, sound-design), Lillevan
(vidéo) et Marc Weisser (music, prog.) ressemblent au personnage
incarné par Polanski dans son film "Le Locataire"

Musicalement, leur nouvel album paru dans le cadre des prestigieuses "Peel 'Sessions"
induit la même ambiguïté. Vertige troublant où images
et sons interfèrent sur notre perception. Rechenzentrum affiche
sans complexe son désir de provoquer, de susciter une réaction
passionnelle, par opposition aux conventions qui commencent à gangrener
electronic-music
Précision utile : cette analogie cinématographique n'est pas une
simple métaphore. Rechenzentrum se positionne sur une dimension audio-visuelle
et non pas simplement musicale. On leur doit entre autres les clips de Tarwater
et de Rope
Et la vidéo qui proposée sur la partie Rom de
leur CD n'est pas un "bonus" mais fait partie intégrante du tracklisting :
#11 "Ibm TonFilm" (QuickTime movie Mac/PC).
Bloc
noir, stries blanches, marbrures colorées et figures fugitives: ce patchwork
visuel est, au sens strict, à l'image de leurs dé-compositions
musicales. Un étrange kaléidoscope qui entre en correspondance
avec une curieuse bande son. Cordes et bruits de bagnoles ouvrent cet album
mutant comme un générique de film d'auteur
Ensuite, des cliquetis numériques font leur entrée en scène,
perturbant par leurs sonorités aiguës des ambiances down-tempo aux
mélodies effacées. Sur fond de froissements métalliques,
crissements synthétiques et déstructurations rythmiques, nos trois
lascars s'inscrivent dans la mouvance de ceux qui pervertissent l'electronica,
entre abstract-groove et click-n-cuts.
Mais c'est précisément lorsque Rechenzentrum fait la synthèse
des deux que nous sommes le plus sensible à ces frétillements
ambient-electronic / minimal-techno. En particulier dans leurs versions dubisantes
: "Solaris", "Vertikal". Là, c'est du bonheur répétitif.
Hypnotique et robotique.
Comme d'autres formations uvrant pour une electronica cérébrale
par exemple, Pan Sonic et Column One pour citer ceux qu'ils ont remixés
Rechenzentrum se produit aussi dans des musées, galeries, etc.
Logique puisque leur art du recyclage musical et visuel (found-sounds
et found film footage), du détournement et des manipulations en
tout genre procède d'une une esthétique qui se réclame
autant du Lettrisme, du mouvement Dada et des Situationnistes que des techniques
du cut-up élaborées par William Burroughs et du nihilisme Punk.
Ce qui explique sans doute pourquoi l'honorable John Peel a été
sensible à leur démarche.
Laurent Diouf
article publié dans Coda magazine en Décembre 2001
Radio Libertaire, 145 rue Amelot, 75011 Paris. email Wreck This Mess