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PRINCE CHARMING
de l'autre côté du miroir
La chose nous est parvenue sous pli discret. À
l'intérieur de l'enveloppe, postée du fin fond
des Etats-Unis, un CD-R "promettant" The Anatomy Of Prince
Charming… Et un mot : tu aimes les rythmes futuristes, bien
frappés, qui résonnent sur des ambiances dark,
exotiques, cinématographiques ou épiques avec une
coloration occulte ? Sachant que la pochette a
été dessinée suite à une
rencontre magique… Tentant, n'est-il pas ? Nous avons donc
succombé à cette tentation et enfourné
le disque dans notre platine; ou du moins ce qu'il en reste.
Voilà, c'est comme ça que cela a
commencé…
Avec deux / trois phrases énoncées par une voix
à la Burroughs nous avertissant que la musique qui allait
suivre était le résultat d'expériences
sensorielles. Ou quelque chose comme ça… Ensuite,
des breakbeats bien lourds installent une atmosphère
plombée. Sur cette trame, dont le tempo varie et s'amplifie
progressivement, se greffent des collages, des samples, des
mélodies bizarroïdes, des parfums venus d'Orient et
d'ailleurs, des rires sardoniques, des field-recordings, des riffs de
guitares, des zestes d'électro-acoustique et des
bidouillages électroniques, des harmonies du
passé et de sombres textures post-industrielles…
Ça y est, pas de doute, nous sommes repartis pour un "voyage
fantastique" au cœur du dub-hop et autres
déviances illbient cher au label WordSound. Musicalement
proche de Philosophy Major dont on parlait dans notre
précédente édition (mais le divorce
semble prononcé entre les deux lascars…), Joshua
Darlington aka Prince Charming vient, lui aussi, de re-signer avec Skiz
Fernando pour la nouvelle incarnation digitale de WordSound. Et
proposer ainsi un nouvel opus disponible, en fait, uniquement sur
Internet.
Un album-concept qui enchaîne 46 séquences, plus
trois en bonus sur MySpace (mais allez surtout faire un tour sur son
site, c'est un univers). Comment ? Pourquoi ? Par qui ? Dans quelle
étagère ? C'est évidemment le genre de
questions que nous avons posées à ce personnage
assez fantasque, sous l'emprise du mouvement Dada, d'un corvophraseur
de nouvelle génération et de voyages astraux.
Peut-être les esprits des pataphysiciens et de Lee Perry réunis ?
En dehors de la musique ? Disons que je suis assez doué pour
toutes les formes de distractions. Et je me réalise aussi
bien en pratiquant le luth, les échecs, la calligraphie, la
peinture, la fauconnerie, la chasse à la perdrix et le
football. Je sais aussi me servir de dix-huit armes dont la lance,
l'arc, la massue, le bâton, l'épée, la
hache et la hallebarde…
Mon style ? Celui d'une conscience sexuée : une inextricable
fusion de renonciation ascétique et de transgression
symbolique. Mon orientation musicale est en complète
opposition avec les enseignements du maître soufi, Hazrat
Inayat Khan…
Mon nouvel album ? Et bien lorsque Skiz a laissé tomber WordSound pour
aller à Bagdad se dorer au soleil, sous une
chaleur tropicale, bercé par la brise des voitures
piégées (ou quoi qu'il ait pu faire d'autre), je
me suis mis à faire des expériences de
miniaturisation. J'ai pu ainsi concentrer l'essence d'un
opéra en 20 secondes et réduire une
soirée entière à 20 / 40 secondes;
tout dépend du nombre de personnes
présentes… Cela dit, j'ai aussi
incorporé dans cet album des field-recordings
(captés à Zanzibar, dans une réserve
de primates en Ouganda, en Inde, à Angkor…), une
carte topographique d'Astral Pulse Island et diverses menaces de mort
transmuées en mélodies…
Comparé aux précédents ? Psychotropical
Heatwave était un mélange de
parfum et de TNT. Fantastic Voyage [avec Philosophy Major, ndlr]
était un combat de coq opposant Jules Verne et le Marquis de
Sade. The Anatomy Of Prince Charming est l'auto-portrait d'un
spéléologue chevronné remportant un
championnat de yoga (birkam) au centre gravitationnel de
l'univers…
Ma connexion avec WordSound et Skiz ? Lorsque j'ai sorti la
démo de Psychotropical Heatwave, des labels m'ont
appelé pour me signer. Dreamworks et WordSound étaient tous les deux intéressés.
Dreamworks avait Weezer. WordSound, Prince Paul et Bill Laswell.
J'ai décidé que WordSound était un meilleur
plan. Plus tard, j'ai découvert que Skiz était
aussi derrière Spectre, fondamentalement ce que tu pourrais
appeler un "bassiste terroriste" ["bass terrorist"].
La renaissance de WordSound ? Skiz m'a appelé du Sri Lanka
ou des Îles Caïmans, je ne sais plus, pour me
demander mes coordonnées bancaires. Il disait qu'il avait
besoin d'un million de roupies pour se cacher durant quelques mois.
Ça sonnait bien. Une chose en entraînant une
autre… Plus tard, il m'a promis de me rendre mon
identité si je lui offrais 5 nouveaux albums sous forme
miniature… Je remercie ma bonne étoile, j'ai
récemment miniaturisé environ 5
albums… Mon nouvel album est uniquement disponible en MP3.
Les CDs, comme les joueurs de piano et autres boîtes
à musiques sont des anachronismes risibles.
Mon site ? Et bien… J'étais dans un train de nuit
entre Paris et Barcelone et quelqu'un a ouvert mon
attaché-case pour me voler mon carnet de rêve et
deux manuscrits de nouvelles pornographiques sur lesquelles
j'étais en train de travailler. Six mois plus tard, je
reçois un email d'un collectif anarchiste de Chefchaouen.
Ils avaient édité mon travail, amputé
de quelques paragraphes. Ils disaient que c'était un
processus long et ennuyeux et que je devais leur faire à
chacun un massage des pieds. Je les ai invités dans ma
résidence d'été
à… C'était quoi la question,
déjà ?
Laurent Diouf
(article-interview publié dans MCD #40, mai / juin 2007)
Prince Charming, The Anatomy Of… (WordSound Digital)
Site: www.prince-charming.net
Label: www.wordsound.com/catalog/digital.html
Laurent Diouf @ WTM-Paris