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PHONEME : double peine
Transcendant les époques et les styles,
Frédéric Sourice aka Phonème est connu
pour ses sélections où il ose diffuser ce que les
puristes réprouvent publiquement mais écoutent
secrètement… Un art difficile qu'il exerce avec
talent sur Jet FM au travers de son émission
Phonématique ainsi qu'au Lieu Unique où il est
résident. Conjuguant d'improbables archives avec des
raretés avant-gardistes et des nouveautés
underground, il élabore des playlists bicéphales
selon la dominante et le sentiment exprimé… Mais
inutile d'en dire plus. Lisez et écoutez la
différence !
Quelques mots sur ton parcours et tes activités, hors radio.
Après avoir passé une enfance contemplative et
une adolescente plaintive, je décidais de me lancer dans des
études diverses et variées où
l’image et le son étaient mon leitmotiv (cursus
littéraire et plastique, Beaux Arts…). En 1999,
avant l’apocalypse annoncée, j'ai
été choisi pour m’occuper de
l’environnement sonore du Lieu Unique (scène
nationale de Nantes). Je suis par la force des choses devenu
Phonème, un homme multifonction (DJ/sélecteur,
programmateur, graphiste…). En parallèle, j'ai
développe mes projets solo, des collaborations multiples
avec des plasticiens, comédiens, danseurs,
vidéastes… Mais le projet le plus attachant est
celui de mon groupe "rétro-futuro avant-gardiste" La Kuizineavec lequel je fais des concerts-performances depuis plus
d’une douzaine d’années.
Quelle est la "philosophie" de Phonématique ?
Phonématique est un lieu d’étude
expérimentale sur le comportement (le mien et celui des
auditeurs) par rapport aux musiques dites ergotropiques (stimulantes)
et trophotropiques (relaxantes). C’est mon laboratoire
auditif où je teste la réaction des musiques
entres elles (enchaînement, superposition…) et sur
l’auditeur (condition de diffusion, volume,
durée…). La sélection n'a pas de
limite, elle s'étend de la folk apocalyptique au
métal mielleux, en passant par des chansonnettes
engagées à du sérialisme laconique
(…) Les musiques "vaporeuses" sont composées, par
exemple, d’ambient, de folk, de comptines, de minimalisme, de
chansons douces… Et les musiques "fébriles"
d’électro, de chansons dynamiques, de rock, de
techno, d’attentats sonores… J’ai pris
pour habitude de venir à la radio avec un tas de disques
pris au hasard pour le mélanger goulûment en
improvisant à la volée. Ensuite, j'ai
créé des playlists thématiques autour
d’un mot clef. Et pour m’amuser, j'ai aussi
construis des playlists avec des mots ou des messages cachés
dans la succession des titres…
Et tes programmations / mixes au bar du Lieu Unique…
En ce qui concerne les programmations diffusées pendant la
journée au bar du Lieu Unique (sorte de radio interne au
lieu), j’essaye de suivre le rythme des heures en
commençant par des sélections calmes et faciles
d’accès puis de plus en plus
diversifiées, rythmées et étrangement
décalées. J’ondule selon
l’heure, la demande et mes envies plus ou moins assouvies.
Certains types de musiques ne sont pas adaptées au lieu
(système son) et/ou aux gens (public spécifique
incompatible). La radio me permet un plus grand panel dans mes choix
musicaux, une plus grande liberté et une autre
qualité de diffusion. Il n’y a pas
d’éléments qui brouillent la perception
tels que le bruit du public, la résonance du
lieu… On a une bien meilleure finesse
d’écoute donc on peut apprécier le
silence dans ou entre les morceaux; et qui ne sait écouter
le silence ne peut entendre la musique ! C’est un
tête à tête d’une heure entre
une entité invisible (les auditeurs) et moi (ma proposition
sonore). Le seul moyen de réaction est d’allumer
ou d’éteindre leur radio, de
téléphoner ou bien communiquer sur le forum de
Jet Fm. Il y règne un certain calme, une
sérénité, un stress technique parfois
mais le fait d'être seul, derrière des machines
nous procure un bien être, une relaxation. Au bar/club du
Lieu Unique, le public est physiquement là pendant des
heures pour réagir directement au son, on peut donc
établir un travail de modelage d’ambiance avec les
pics et les creux que comporte l’improvisation du mix. La
dynamique est forte, stressante et c’est parfois jouissif
d’observer les réactions fébriles des
spectateurs, danseurs.
Les contacts / connexions éventuelles que tu peux avoir avec
d'autres "radio-activistes"…
Nombreux sont les contacts que j’ai avec des musiciens,
labels… qui possèdent aussi leur propre
émission de radio. Et ces passionnés ont tous une
source inépuisable de raretés, de
nouveautés, de trésors cachés que
l’on prend plaisir à se partager par le biais des
playlists, blogs, mails… Lorsque je lance à la
mer numérique (par mail et sur le forum de la radio) mes
propres playlists, je suis très heureux quand elles
suscitent des réactions en retour. C’est un
plaisir sans fin de pouvoir proposer des agencements, des connections,
des mutations entre des musiques piochées aux quatre coins
du monde, dans le passé, présent et le devenir.
Mais aussi de s’amuser avec la charge poétique des
titres des chansons, des noms des musiciens sur une playlist. Diffuser
de la musique, c’est adresser à
l’auditeur une posologie possible pour son âme (en
bien ou en mal). À travers une playlist pouvons nous faire
un diagnostic sur l'état de la personne qui diffuse et/ou de
la personne qui écoute !
Laurent Diouf
(article publié dans MCD #36, sept. / oct. 2006)
Phonème: Jet FM, 91.2 sur Nantes, le lundi de 18h à 19h
E-mail: phoneme@lelieuunique.com
Infos: www.jetfm.asso.fr/phonematique.html
Playlist:
Ich Bin, Danger (2001)
Jean Michel Caradec, Les oiseaux volaient à l'envers (1974)
Yabancilar, Agit (1967)
Coil, Cold cell (2005)
Vitalic, You are my sun (2006)
Biosphere, Path leading to the high grass (2002)
Voigt & Voigt, Mittendrin (2004)
Damia, Le vent m'a dit une chanson (1939)
Neung Phak (Mono Pause), Tui tui tui (2005)
La Kuizine, Kolkoz barbie (200?)
Kristen Nogues, Feunteun wenn (1999)
Meredith Monk, Doctor/Patient (2002)
Rondo Veneziano, Magico incontro (1981)
Robert Fripp, 1987 (1981)
Guillaume De Machaut, Ma fin est mon commencement (XIVe)
Laurent Diouf @ WTM-Paris